« Il n'y a que toi, il n'y a toujours eu que toi. »

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 Night and Day.

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Étoile Destinée
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MessageSujet: Night and Day.   Mar 17 Mai - 20:06

The night is long that never finds the day.
Torrent de Foudre & Etoile Destinée





Oui, elle a attendu que le jour se lève, elle a invité, prié, supplié le soleil d'apparaître, et lorsque sa douce lumière s'est glissée au seuil de sa tanière comme une vague ça a été comme une délivrance. Le soulagement s'est déversé en elle, apaisant les battements effrénés de son cœur et déliant ses muscles noués par l'angoisse. Pas de cauchemar cette nuit, oh non, elle a à peine fermé l’œil ; quels tourments son inconscient pourrait-il inventer qui ne la hantent pas déjà lorsqu'elle est éveillée ? Les démons qui peuplaient jadis ses songes sont devenus réels et aucune frontière onirique ne la protège plus. Elle est seule et ils sont cent : cent ennemis sans visage, sans âme, sans remord, portant tous le parfum de son frère. Un frère dont elle n'a jamais suspecté l'existence, un frère dont elle n'a jamais voulu.

Elle aurait aimé avoir une sœur, une sœur comme Belle de Jour qui même après sa mort continuait à veiller sur sa jumelle et à partager avec elle un peu de son éternité.
Elle aurait aimé avoir une fratrie, un Torrent de Foudre pour la protéger, une Éclipse Solaire pour la conseiller, un Nuage Agité sur lequel veiller.
Elle aurait aimé avoir une famille.

Puis avec une pointe d'amertume elle se demande, n'ai-je pas renoncé à ma seule chance d'en avoir une ? Son enfant, son unique enfant, abandonné sans un regard en arrière, c'était son choix et elle ne le regrette pas. Quelle place aurait eu un fils de l'Ombre comme lui au sein de son clan ? Mais malgré toutes ses résolutions elle sait qu'elle se leurre car leur sang est le même, leur histoire diffère à peine. Elle-même n'a aucun droit de naissance sur le Clan de la Lune, pas plus que Jeu Macabre qui pourtant vit parmi eux. Peut-être cela fait-il d'eux des étrangers aussi ; peut-être devrait-elle partir, retrouver ses racines qui semblent l'ancrer si profondément à l'Ombre, y retrouver aussi un fils et qui sait, peut-être d'autres frères … Encore maintenant elle se cherche une famille, mais la lune n'est-elle pas leur mère à tous, elle dont chaque nuit le ventre s'arrondit et les bras s'allongent pour les bercer ?
Je ne suis pas Lune, pense-t-elle, je ne suis plus Ombre non plus. Je suis Étoile.

Alors elle se lève et sort de son antre d'une démarche trahissant sa lassitude. Toutes ces pensées ne la mènent à rien et ne font que remuer un passé qu'elle tient pour immuable autant que son futur. Des devoirs l'attendent, car le clan s'est éveillé avec le soleil et quelques guerriers sortent déjà de leur tanière en plissant des yeux. Elle les salue d'un signe de tête, adresse parfois quelques mots mais ses sourires sont rares et manquent de chaleur, comme si elle avait oublié comment sourire. Elle regarde ses compagnons se diriger vers la réserve de gibier sans les accompagner toutefois, car son estomac est noué et la faim l'a désertée depuis qu'elle s'est forcée à manger quelque chose la veille. La réserve est maigre de toute façon, et il faut nourrir les reines et les apprentis en priorité. Le Clan avant tout.

Presque inconsciemment elle se met à distribuer des ordres à ses guerriers rassemblés, comme si la routine constituait un refuge à ses peurs, une façon peut-être de se détacher d'elle-même pour trouver un sens aux yeux des autres. Pour eux, elle est une meneuse, une guide ; tout ce qu'elle aspire à être un jour ; alors pour eux elle le sera. Pour cela elle se nourrit de chaque regard dans lequel elle lit respect et bienveillance, se réchauffe au contact de chaque fourrure qui vient la frôler dans un geste fraternel, inspire chaque bouffée d'air qui a déjà été inspirée par d'autres ; et ainsi elle vit à travers eux.
Mais un regard l'arrête, un regard qui la glace et l'électrise tout à la fois, si bien que pendant un instant elle se sent entraînée par deux courants contraires comme amour et haine. Torrent de Foudre est seul à se tenir encore devant elle tandis que les autres félins partent accomplir les tâches qu'elle leur a données ; il ne reste bientôt plus qu'eux deux à se faire face. Il est calme et pourtant elle croit distinguer par moments la tempête qui fait rage au creux de ses iris. Comment un regard peut-il exprimer deux extrêmes avec autant de force ?

« Aujourd'hui nous partons ensemble. » dit-elle simplement d'une voix qui oscille entre ordre et invitation ; elle-même n'est pas certaine de ce qu'elle veut exprimer, et cela s'apparente plus à une constatation, la reconnaissance d'un acte inévitable. C'est la première fois qu'ils se trouvent en compagnie l'un de l'autre depuis la cérémonie qui lui a donné son nom de guerrier, sans qu'elle parvienne à savoir qui évitait qui. Le poids des remords qui pèse sur ses jeunes épaules était jusqu'ici insupportable pour elle, sans doute parce qu'il lui rappelait sa propre culpabilité et qu'elle n'était pas sûre de pouvoir soutenir son regard en proie à des tourments si familiers. Mais aujourd'hui est différent, elle sait qu'une conversation doit avoir lieu, que des explications doivent être données, sans quoi Torrent de Foudre ne parviendra jamais à se pardonner cette faute qu'il pense avoir commise.  

« Il est temps que tu fasses la paix avec toi-même. »

Et dans ses yeux à elle brille le reflet d'une compassion maternelle envers le fils qu'elle n'a jamais eu, le fils qu'elle aurait aimé avoir.

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Jeu 19 Mai - 1:23

Day and Night
Encore.
Une nuit dépourvue de songes ou de repos, une nuit sans sommeil et sans espoir. Une nuit pourtant remplie à sa façon capricieuse de soupirs inconnus, de silences anxieux et immobiles et surtout de pensées contradictoires. Puis ce choix, encore et toujours. Une tentation presque irrésistible pour un esprit ne connaissant plus la paix, une nouvelle allée possible et tout naturellement décrite pour celui vivant la plus amère des déceptions, de celles dont on ne se relève pas toujours. Torrent de Foudre vit le deuil de lui-même. Entouré de ses égaux, le guerrier aspire au passé, à ce temps révolu pourtant lui qui rêvait jadis de l’avenir lui étant destiné. Orgueilleux, dissimulé derrière une épaisse carapace de suffisance, il avançait autrefois droit, ses aspirations toutes alignées pour lui avec une netteté tranchante. Convictions erronées, maintenant dispersées aux quatre vents. Hécatombe de son être s’effritant un peu plus chaque jour dans sa propre confusion. Sans direction, le jeune chat stagne, s’enfonce un peu plus dans l’assombrissement de ses valeurs les plus profondes pourtant, dans l’abrutissement de ses connaissances et de toutes ses redoutables qualités qui firent un jour sa renommée. Les acclamations se sont tues, les jalousies soufflées aussi, celles qui encore jusqu’à ce jour le rassuraient de sa propre valeur. Sous le rayon lunaire oblique, il paraît terne, sans vie, il frissonne en s’échappant à l’orée de la tanière, tache solitaire parmi tout un Clan endormi. La présence d’une sœur enfermée à la pouponnière, d’un frère confiné à la vie d’apprenti, lui manquent.

Ses mouvements hésitent, son corps pivote dans le plus lugubre des silences. Son corps désaxée se pliant pour trouver dans l’obscurité la fourrure élégante qu’il n’ose qu’effleurer d’un museau hésitant. Sa gorge lourde, encore trop, alors qu’en lui s’agite chaque fibre. Reine des Fées, sa souveraine ou du moins celle de son cœur, de ses sentiments, sa seule lueur d’espoir dans un océan d’échec et de désillusions, de remords et de rage. Avec une certaine candeur, il inspire doucement, récupérant contre ses poils blancs quelques effluves rassurants. Son instinct lui intime brusquement de se rapprocher, de la cueillir de sa carcasse maladroite et fébrile, de l’entourer de sa grandeur imposante, enrouler sa queue fournie autour d’elle afin de brimer les spectres croulants de l’atteindre ou de s’approprier sa naïveté insouciante. Sous le rayon argenté de lune, elle paraît princière, pourvue d’une beauté inespérée qui dépasse aux yeux du guerrier la simple caractéristique esthétique. Son regard se voile de désespoir alors qu’encore une fois, la solution à ses remords insoutenables s’offre à lui. Tout quitter. Ne serait-elle pas en sécurité, lui loin sur les routes poussiéreuses de l’oubli? Il se détourne, plus lourd encore, incapable de se lever aux premières lueurs du jour qui viennent déserter une à une les présences silencieuses de la tanière.

Une silhouette. Dépourvue de grâce, pourtant élégante drapée de son pelage indomptable zébré d’éclairs, tempêtant d’orage au moindre mouvement de muscles bien construits, durables malgré son jeune âge. Une tête forte, un regard qui bien qu’absent vous transperce de son pouvoir analytique, de ses paramètres froids et distants. Un guerrier à n’en plus douter autre que lui-même qui parmi les siens qui s’activent, doute encore. Son visage se tourne vers la pouponnière où il espère à contrecœur jeter un nouveau coup d’œil à ses neveux et nièces, à suivre la progression de deux sœurs qui semblent se déloger un peu plus de lui pour poursuivre sans lui. Sans lui. Il se sent tellement épuisé, il cherche sans la voir sa mère pour y puiser des ordres pour assouvir le poids de sa souffrance, pour se briser sur les rochers abruptes des responsabilités plutôt que d’affronter l’abîme, l’abîme de dessinant en lui un peu plus chaque jour. Nulle tête ne paraît à l’entrée du cocon de l’enfance, ce qui fut autrefois sa prison et aujourd’hui sa perte. Il aimerait seulement… Seulement revoir dans les yeux de sa jumelle une once d’amour là où elle s’obstine à lui faire comprendre. Funambule. Celui qui s’évertue encore de croire que son filet de sécurité a disparu, qu’un rien le précipitera dans le vide. Pourtant, il s’y trouve toujours, tout comme Éclipse Solaire, elle et tous les autres, encore là pour l’accueillir, le réconforter et croire en sa pourtant triste personne.

Torrent de Foudre leur échappe. Insatiable, obstiné dans sa souffrance. Il scrute à présent la clairière solitaire, son regard se butant à elle. Et il la regarde, perdu, tellement, tellement confus. Un chaton égaré là où il ne le fut jamais. Dans ses yeux peut-être lit-elle, devine-t-elle, ces mots qu’il n’ose pas prononcer. Je veux partir. Loin, si loin que je ne pourrai jamais rebrousser chemin. Si loin que j’oublierai. Le mot résonne en lui alors qu’Étoile Destinée le prononce, comme un écho à ses pensées. Lui reste pris dans la gorge. Mais le mot «paix» l’achève. Il se retourne vers elle, pour la considérer, pour la jalouser, pour l’espérer aussi comme il l’espérait étant petit. Il aimerait encore qu’elle soit fière de lui, il aimerait être à ses yeux l’expression de sa vanité froissée, un héros déchu ou fils, une inspiration ou un pilier, il aimerait simplement exister aux yeux des autres là où personne ne s’est décidé de l’ignorer. Il a simplement décidé de ne plus porter attention. Il se tend tel un arc, un rictus mauvais étire son visage méconnaissable.

«Tu perds ton temps. Mais soit, puisqu’il doit en être ainsi.»

Là où la meneuse oscille entre ordre et invitation, sa proposition comme une tentative compatissante de lui venir en aide, il trébuche quelque part entre fermeture et insolence, s’évertuant d’avancer vers cette destination inconnue proposée par l’aînée. Quelle importance d’où leurs pas les mènent après tout. Torrent de Foudre se raidit déjà de cette tentative d’intervention auprès de lui. Blessé, encore confus quant à ses ressentiments envers la Chef ayant choisi de défendre celui qu’il a pourtant accusé à tort, le jeune guerrier se dirige vers la sortie du camp sans y être invité.

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Lun 13 Juin - 17:55


Un torrent.
Il lui échappe, glisse entre ses pattes comme l'eau d'une rivière, avec la fougue insolente d'une jeunesse que trahit son corps vigoureux malgré son regard éteint. Il est aussi impossible à saisir ; elle aura beau se débattre, le courant l'entraînera toujours et elle craint de se noyer dans le bleu si féroce de ses yeux. Un instant elle chavire, puis retrouve son équilibre : pour lui, elle doit être forte. Car dans son regard, elle lit aussi une supplication. Aide-moi ou Laisse-moi partir, là encore deux contraires s'opposent dans un conflit qui semble avoir creusé les traits de son visage. Alors elle aimerait lui tendre la patte, le rattraper, l'étreindre peut-être, le sentir vivant à nouveau et éblouissant  comme un astre duquel elle tirerait toute son énergie.
Mais il la fuit.
Son corps, qui autrefois était synonyme de sécurité et de stabilité, apparaît désormais comme une vulgaire coquille peinant à contenir les sentiments qui l'agite. La foudre se déchaîne dans son être, elle peut sentir l'électricité circuler autour d'eux. L'air crépite comme avant un orage. Les paroles du guerrier sont dures, inattendues ; naïvement sûrement, elle s'était imaginé qu'il lui obéirait sans broncher, déjà reconnaissant. Mais c'est alors qu'elle l'aperçoit : sa rage, envers lui-même, envers elle aussi lui semble-t-il. Son sourire sonne faux et elle se crispe instinctivement.

« C'est à moi de décider de mon temps, tu ne crois pas ? Et qu'importe, il y a bien plus précieux » répond-elle d'une voix encore douce.

Elle accepte cette rage. Plus encore, elle pense mériter ces ressentiments. A y bien réfléchir, elle les préfère à une absence totale d'émotion ou à une obéissance passive : sa révolte est un premier pas, un premier pas hors de lui-même et de la léthargie dans laquelle il s'enferme depuis des jours. Et si le fait de déplacer sa colère sur elle peut l'aider, elle est prête à endurer les coups.
Mais déjà il s'éloigne, lui échappe à nouveau ; vive comme l'éclair elle le rattrape et s'interpose entre lui et la sortie. Tentative dérisoire si l'on considère la différence de taille entre eux deux : un coup d'épaule de sa part suffirait sans peine à la mettre hors de son chemin. Ce qui ne l'empêche pas de le toiser de son regard d'acier, le menton relevé, tout dans son attitude rappelant immanquablement une autre différence de taille, invisible celle-ci et pourtant cruciale : lorsqu'elle se tient ainsi, elle est chef et il est apprenti.

« Non, pas comme ça, je te l'ai dit. Ensemble, rappelle-t-elle en ponctuant ce mot d'un regard perçant. Suis-moi. » A son tour de prendre le chemin de la sortie, certaine d'être obéie par le grand guerrier, plus anxieuse cependant concernant la suite de leur sortie. Fébrilement, elle s'interroge sur ce qu'il convient de faire, de dire.

Il est trop tard pour être celle dont il a rêvé. Trop tard pour jouer les héroïnes.
Elle n'est pas brave et elle est loin d'être sage. Elle n'est ni sainte ni légende. Jamais elle n'a été à la hauteur de l'admiration qu'il semblait lui vouer, et jamais elle ne s'est reconnue comme étant celle qui faisait briller ses yeux jadis. Et maintenant qu'il a grandi, que l'enfant a perdu sa naïveté, il n'a plus besoin de ces illusions dont on berce habituellement les nouveaux nés afin de masquer la cruauté du monde.
Elle n'a de toute façon jamais été mère.

Alors tout en marchant à travers le tunnel d'ajoncs elle se compose une attitude terriblement neutre, de sorte que lorsque la lumière vient à nouveau éclairer ses traits, son visage n'affiche plus qu'une cruelle indifférence teintée d'agacement. Mais par ses mots, lancés comme des flèches en plein cœur, elle espère l'atteindre, où qu'il soit.

« Dis-moi d'abord, Torrent de Foudre, quand cesseras-tu de t'apitoyer sur ton sort ? Quand ta tête se relèvera-t-elle enfin, dis-moi, quand tes yeux se lasseront-ils de contempler le vide ? »

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Dim 3 Juil - 0:11

Day and Night
Précieux. Ce qui l’était pour lui autrefois lui paraît si lointain désormais, inaccessible et immatériel. Ses pas se calquaient alors sur eux, sur cette poignée de noms qui enjolivaient son existence et qu’il croit avoir perdu à jamais. Torrent de Foudre se dérobe, se refoule, s’échappe à l’heureuse emprise d’une famille aimante qui ne peut qu’assister, impuissante, à la perdition d’un être cher. Il n’est plus qu’une muraille ébréchée, qu’un jeu de fumée où gisent encore les braises ardentes d’une erreur à ses yeux irrécupérable. Aucune instance à présent ne pourrait lui faire entendre raison, pourtant Étoile Destinée est celle qui de ses mains nues tente tout de même de gravir le mur, une pierre à la fois, à s’en délier les muscles et échocher les griffes. Comme un grand coup de patte donné au vent. Il se cambre déjà derrière ses frontières, incapable de gérer le flot tumultueux de ses émotions négatives. L’une prime encore, règne sur son esprit flouté. Impératrice, la haine l’aveugle, plus encore que celle l’ayant mené à la gorge de Jeu Macabre, plus encore que celle ayant blessé sa sœur. Sa haine envers lui-même, véritable trou noir le consummant, sa famille les astres de sa galaxie, une à une gobées elles aussi, dans l’étendue de sa culpabilité. Et leur meneuse, elle aussi, comme dans l’attente de subir le même sort, là où encore son respect pour elle la rattachait au ciel étoilé. Le regard qu’il lui offre n’est plus que l’écho d’un passé aimant, dur et fragile tout à la fois.

Ensemble. Il ricane à cette idée. Jadis, un tête-à-tête avec la meneuse de ses admirations infantiles l’aurait comblé d’une joie puérile et orgueilleuse, n’est plus désormais qu’une source d’irritation et de confusion. Malgré ses efforts pour se préserver d’elle, le geste vient tout de même le toucher, au-delà de ses remparts, plus encore que la portée de ses paroles. Il a encore besoin d’y croire quelque part, sous le soleil noir de ses jours, qu’on l’aime toujours. Il étouffe derrière ses propres murs, bien malgré lui, se brime lui-même de l’affection de ses proches là où il en aurait pourtant besoin. Et les voix. En lui, elles ne cessent jamais de murmurer. L’éloignant un chuchotement à la fois de tout ce qu’il a pu un jour aimer. Ensemble dit-elle? Comment s’accompagner de ce qui n’est plus? Absent, il laisse Étoile Destinée calquer ses pas aux siens, comme pour s’assurer ou se rassurer qu’il ne lui échappera pas, sans se douter de l’inévitable, de ses pensées sinistres le portant loin de ce Clan l’ayant vu naître. Docile, il se contente d’errer à ses côtés, ne réalisant pas même sa fébrilité sous ses airs assurés. Ses paroles, néanmoins, provoquent en lui l’effet immédiat d’une étincelle léchant une traînée de poudre.

À la fois si juste et pourtant totalement erronée, la description émise par la meneuse braque d’autant plus le jeune guerrier dont l’échine s’hérisse d’une colère qui prend source dans sa haine souveraine contre lui-même. Déjà son regard la fuit, tout son corps l’oriente loin d’elle, ses épaules cambrées comme pour le retenir de céder à son instinct, celui de l’horizon. Ses mots, il ne les calcule plus, il les crache d’un venin désespéré, blessé, d’une voix écorchée comme celui qui intérieurement ne cesse d’hurler.

«Tu n’as rien compris.»

Il respire. Du moins il tente. Trébuche dans le nœud au fond de sa gorge.

«Je ne sais pas à qui tu penses t’adresser, au novice qui autrefois te rendait fière. Peut-être est-il encore ce que vous voyez tous, celui que je ne suis plus pourtant. Vous osez croire qu’il ne s’agit que de moi, comment… Ne voyez-vous pas, tous, ce qui pourtant n’est plus qu’évidence, que simple formule logique? Étoile Destinée, j’ai blessé une guerrière de notre Clan. Si celle-ci n’était pas ma sœur, j’ignore si j’aurais su m’arrêter. Il y cette… chose en moi…»

Le mur s’effrite, sous son masque d’impassibilité colérique, on peut entrapercevoir un cœur fané.

«Ne vois-tu pas ce que je suis?»

Les mots l’étranglent, chaque sillable difficile à prononcer.

«Un monstre

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Dim 7 Aoû - 16:58

Il marche à ses côtés sans être là. Elle le sent bien, que son esprit est ailleurs, qu'il emprunte un chemin bien différent du sien et sur lequel elle craint de ne jamais pouvoir le rattraper. La perspective de perdre Torrent de Foudre à tout jamais est terrifiante, un peu comme celle de voir l'un des quatre chênes s'effondrer. Le guerrier a leur puissance, pourtant ; ses épaules pourraient sans peine soutenir le poids du ciel et il se tient tout aussi droit sur ses pattes puissamment enracinées dans la terre qui l'a vu naître. Il se remettrait sans peine d'une blessure physique ; mais voilà, ce n'est pas son corps mais son âme qui est touchée, là où tous les guérisseurs du monde seraient bien impuissants. Quant à elle, elle prie pour qu'il ne soit pas encore trop tard.

La réaction à ses paroles ne tarde pas et elle voit le guerrier se cabrer comme sous l'effet d'une morsure. Elle s'attend presque à ce qu'il se jette sur elle et ne peut retenir un mouvement de recul pour l'éviter. Surprenant son geste en plein milieu, étonnée elle-même par l'élan de peur qu'elle a ressenti, elle s'immobilise pour braquer sur lui un regard presque coupable. Non, pourtant, elle n'a pas peur de lui. Comment le pourrait-elle ? Elle l'a vu naître et grandir, s'épanouir sous la lumière de la lune. Elle l'a aimé et l'aime encore sans qu'il s'agisse de son fils. Avec un pincement au cœur, elle songe à tout ce qu'elle ne lui a jamais dit, tout ce qu'elle ne lui dira probablement jamais.

Elle ignore ce dont il a besoin, ce qu'il attend, inconsciemment peut-être. Elle ignore comment le consoler des cauchemars qui hantent sûrement encore ses nuits troublées. Elle ignore comment ramener son regard à elle, pas celui qu'il arbore à présent, plein de hargne et de douleur, non, celui que peuplaient jadis des milliers d'étoiles et dans lequel elle aimait y puiser son courage. Les mots lui échappent, ces mots qui soignent et apaisent, elle ne les a jamais su. Et elle s'en veut de ne les avoir jamais appris.

Sa détresse la bouleverse. Elle transperce de sa voix à chacun de ses mots ; son visage même en est l'image à présent, déformé, défiguré comme si quelque chose tentait d'en sortir. Tout son discours sonne faux, il est insupportable à entendre, elle aimerait le faire taire. Et pourtant, elle attend, fébrile, que son cœur s'ouvre enfin. Puis lorsque le mot final tombe, lourd comme le monde, elle comprend enfin. Son dégoût de soi, sa rage, son impuissance. Elle saisit tout cela l'espace d'un instant, un instant vibrant qui lui coupe le souffle. Elle aimerait se rapprocher de lui ; mais comment l'étreindre alors même que tout son corps la fuit ?

« Veux-tu savoir ce que je vois ? » demande-t-elle enfin.

Elle cherche son regard sans le trouver. Ce qui ne l'empêche pas de continuer, et sa voix qui au début n'était qu'un murmure se fait de plus en plus assurée, presque fervente.

« Je vois la peine d'un enfant, oui. Un enfant qui ne peut se pardonner d'avoir blessé sa sœur par erreur. Je le vois rongé par la culpabilité issue de son amour pour elle.
Je vois la honte d'un adulte qui a commis une faute. Je le vois rongé par la culpabilité d'avoir failli aux valeurs qu'il chérit tant.
Je vois la fragilité d'un guerrier qui jadis se croyait invincible et qui désespère de se sentir faire partie de son clan à nouveau. Je le vois rongé par la culpabilité issu de son amour pour lui.
Je vois une fêlure ... »


Les mots se bloquent dans sa gorge comme un sanglot. Il y a tant à dire ; pendant un instant fiévreux, un instant de folie, elle se demande si une confession de sa part pourrait aider Torrent de Foudre. Doit-elle lui dire que le monstre, c'est elle ? Pas son frère, non, mais bien elle, qui a abandonné son fils et menti, manipulé, pour obtenir ce qu'elle désirait ? Tu m'as admirée parce que j'étais une étoile sans savoir ce que j'ai dû sacrifier de mon humanité pour m'élever. Mais même maintenant elle ne supporterait pas l'idée de perdre son estime. Elle a besoin de lui, besoin de son amour pour les siens, qui guidait jusque là ses pas, et que trahit encore aujourd'hui son attitude de rejet. Il s'exile de peur de leur faire du mal à nouveau, sans pour autant pouvoir les quitter. Elle le comprend désormais. Comment voir en lui autre chose qu'un saint alors même que c'est l'affection, la fidélité, l'altruisme qui transparaissent à chacun de ses gestes ?

« Mais pas de monstre. Pas dans ces yeux-là. »

J'ai foi en toi.


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MessageSujet: Re: Night and Day.   Mar 9 Aoû - 0:55

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Ses pas le mènent inconsciemment vers le berceau de son enfance. Les falaises se dressent dans un lointain horizon, accessibles tout de même au regard troublé du cadet. Torrent de Foudre revoit les jeux naïfs et les poursuites dangereuses avec Nuage Féérique, à une époque maintenant révolue. Et le mot lui reste pris au-travers la gorge. Monstre. Si approprié qu’il parvient à peine à respirer. Sans plus un regard pour l’élue des Étoiles, il accélère la cadence dans l’espoir de se soustraire à ses dires. Elle monologue à sa suite, fervente, croyant toujours en son apprenti vedette, une perspective qui l’écoeure tout autant que lui-même. Autrefois, il a recherché l’éclat passionné dans sa voix, la moindre mention de son nom prononcé de sa gueule blanchie du pouvoir divin. L’âge adulte et les différents événements ayant ponctué sa vie aujourd’hui lui ouvrent les yeux sur une toute autre réalité. À présent, Étoile Destinée n’est plus qu’une chatte méritant certes sont respect et sa dévotion, mais il parvient à douter de ses paroles, plus encore aujourd’hui alors qu’elle le défend d’une douceur maternelle. D’une part, ses mots touchent juste, culpabilité, fragilité, enfant et adulte, autant de descriptions qui s’accumulent sans parvenir à dresser un portrait assez complexe pour étayer sa triste situation. Encore une fois, il lui échappe, s’écoulant dans sa propre perspective, dans une obstination caractéristique de sa personnalité houleuse qui malgré les changements opérés chez lui, ne se tairont jamais véritablement. Chez lui résonne encore une terrible détermination, cette fois tournée dans l’objectif macabre de s’auto-détruire.
 
Malgré la justesse émanant des paroles sages de la chatte bicolore, Torrent de Foudre se refuse d’y croire. En lui résonne une toute autre vision, bien plus sombre et complexe que le portrait rapidement dressé de la meneuse. Les confidences lui échappent, chaque mot prononcé avec lenteur et fermeté, chaque mot parfaitement assumé.
 
«Sais-tu ce que je vois, moi? L’expression d’une faiblesse. Là où j’ai cru être fort par le passé, le plus fort d’entre tous.»
 
Il se revoit, chaque pas dessiné pour la gloire. Le frémissement d’une jeunesse indomptable, le feu de ses prunelles, la façon assidue dont il répondait de chaque ordre de sa mère et mentor dans l’espoir d’atteindre rien de moins qu’une parfaite perfection. Un portrait impossible, une utopie à attraper de doigts fébriles. Puis brisée d’un coup sec par un événement venant brutalement détruire toute ambition chez l’ambition même.
 
«Je vois les ombres, elles sont partout. Je les sens, elles me murmurent de tuer, inlassablement, même là tout de suite elles se lamentent, elles te veulent et je suis leur arme. Eclipse Solaire n’était que la toute première de mes victimes.»
 
Les voix s’accentuent comme pour confirmer ses dires, insaisissables dans l’air frais d’une matinée immobile, comme toutes les autres. Elles s’excitent et enflent à la perspective de tenir la meneuse aussi vulnérable, elles connaissent l’affection maternelle ressentie par la vétéran envers son cadet troublé. Si les Étoiles jetaient leur pantin contre elle saurait-elle même s’en défendre?
 
«Je me vois manipulable entre leurs griffes. Je me sais dangereux, mortel. Je suis précis, le plus grand chat du Clan, je suis fort même s’il me reste encore bien à apprendre. J’ai passé un temps inimaginable à calculer les faiblesses de tous mes proches, de chaque membre de cette tribu, analytique et froid, pour me pratiquer à la véritable guerre. Et cette rage, Étoile Destinée, plus encore que n’importe quelle arme, fait de moi un véritable assassin, vient altérer mon jugement, la rage est le pouvoir qu’ils ont sur moi. Comprends-tu pourquoi je me retire? Peux-tu imaginer à quel point je suis terrorisé de moi-même? Que je n’ai qu’un désir, disparaître et éviter de me voir causer du tort à nouveau?»

Partir.

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Jeu 11 Aoû - 0:59

Elle attend une réponse, rien qu'un signe, l'ombre d'une réaction qui pourrait être celle du Nuage de Foudre qu'elle a connu autrefois. Dans ses prunelles elle cherche un semblant d'émotion provoquée par ses paroles, peut-être pas encore un début de rédemption mais du moins la reconnaissance de cette main tendue qu'elle lui offre. Elle aimerait qu'il sache qu'elle est là, à ses côtés, qu'elle veut l'aider. Pourtant elle en vient à se demander s'il veut seulement de son aide. Et s'il était trop tard ? Elle refuse d'y croire. Alors elle continuera de chercher un signe, dans la glace de ses yeux, dans le marbre de son visage, juste une étincelle d'espoir ou la preuve que son cœur s'est remis à battre pour ceux qui lui sont chers et qui l'attendent encore.

Il lui semble … mais non, il lui échappe à nouveau. Continue sur la route qu'il semble s'être choisie, et qui le conduit tout droit vers les falaises, vers la chute ... Borné. Ce qu'elle admirait autrefois de la détermination de Torrent de Foudre, elle le voit aujourd'hui sous le signe d'une obstination irrationnelle qui parvient encore, malgré la situation, à l'agacer. L'écoute-t-il seulement ? De là où il se trouve, là où il a fuit loin des siens, où que ce soit, peut-il encore l'entendre ? Elle l'ignore, cela l'effraie. Car seul le Clan des Étoiles sait où il se est – et encore, peut-être pas, peut-être que dans la noirceur de ses tourments, d'autres étoiles ont pris la place. La meneuse se sent frissonner, ce qui ne l'empêche pas d'accélérer le pas pour tenir la cadence imposée par son cadet. A présent, elle le ressent sans oser se l'avouer, c'est lui qui mène la danse.

Enfin sa bouche s'ouvre, sa parole se libère. Le venin agressif a quitté sa voix mais là où elle aurait admis une juste colère ou une tentative pour masquer sa peine, la curieuse absence d'émotion y transparaissant l'inquiète plus que le reste. Sa voix est dénuée de chaleur, comme dénuée de vie même. Sa voix ne lui appartient pas. Alertée, Étoile Destinée pourtant ne s'arrête pas, elle chemine toujours aux côtés du guerrier qui lui expose froidement sa dangerosité, elle continue parce qu'elle croit encore pouvoir l'aider. Elle pense que c'est en écoutant l'expression de ses tourments et en les comprenant qu'elle parviendra à alléger ce poids qui pèse sur ses épaules. Étrangement fascinée, elle est prise dans l'étau de ses mots, attirée par ce gouffre sombre qu'il dessine sous ses pattes et trop tard s'aperçoit-elle qu'il est sans fond et que c'est elle qui se dirige vers sa chute.

Les ombres sont là, oui. Dans sa voix, dans son regard, et déjà autour d'eux, qui peuplent la lande et se perchent sur les pics rocheux. Son ombre à elle ne l'a jamais quittée, présente toute les nuits, elle est la face cachée de la lune. Son jumeau, Jeu d'Ombres – elle croit voir l'éclat meurtrier de ses yeux ambrés dans ceux, pourtant si bleus, de son guerrier. Son guerrier … l'est-il encore ? Ou bien n'est-il plus, comme il le prétend, qu'une machine de guerre, plus qu'un corps fait pour combattre, des griffes, des crocs, et un esprit pour viser les points faibles ? Elle sait de quoi les Étoiles Noires sont capables, Jeu Macabre lui a avoué que son propre frère l'avait poussé au meurtre, alors qu'est-ce qui empêcherait le sien de se servir de Torrent de Foudre pour l'atteindre ?

Et puis, elle songe qu'il a déjà trouvé son point faible puisqu'ils sont là tous les deux, le coupable auto-désigné et elle, et que malgré la proximité du gouffre, malgré les battements effrénés de son cœur en réaction aux paroles de Torrent de Foudre ... malgré tout cela elle lui fait encore confiance. Elle se sait en danger, plus vulnérable que jamais ; elle reconnaît la justesse dans l'exposé de la supériorité physique de son cadet, et l'aveu du tranchant de son intelligence la fait frémir d'horreur. Mais elle ne recule pas ; au contraire, elle se rapproche de lui, plus près qu'elle ne l'a jamais été. Prend une inspiration, affronte le vertige, côtoie le vide.

« Combats cette rage. » Sa voix n'est plus qu'un murmure pressant. « Sois aussi fort que tu le dis, ne laisse pas les ombres t'atteindre, ne les laisse pas te faire encore du mal. Tu n'étais pas toi-même lorsque tu as blessé Éclipse Solaire, tu n'es pas toi-même maintenant, ils se nourrissent de la haine, de la peur, ils rongent ton cœur, ne les laisse pas faire ! »

Elle-même sent la terreur la gagner peu à peu. Elle le sent lui derrière son épaule, triomphant, étendant déjà les longs doigts glacés de la mort le long de son dos, cette mort qu'ils n'ont pas partagée alors qu'ils ont vu le jour ensemble. Il ne lui a jamais pardonné. Et maintenant, elle n'a plus rien à quoi se raccrocher, plus rien à part cet être en face d'elle qui lui échappe inexorablement et qu'elle persiste pourtant à appeler, chercher, implorer.

« Je t'en prie, Nuage de Foudre, combats-les. »

Sa voix se brise, misérable alors que l'espoir la quitte. Une larme perle aux coins de ses yeux et son cœur se serre en attendant la fin.

« Protège-moi ... »

Suppliante.

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Sam 13 Aoû - 19:57

Day and Night
Les noms, leur arme intemporelle sur le commun des tristes mortels de la forêt. Quelques paroles soufflées suffisant à l’animation de leur puissance cachée, ancienne et sinistre. Venant puiser chez le jeune guerrier la perspective de leur existence. Il n’est plus entre leur main que le canal leur permettant de passer d’une vie à une autre, l’objet de leur torture, l’arme d’eux, bourreaux. Sous leur influence sournoise, il grimpe ces mêmes marches de pierre, autrefois podium à ses rêveries d’enfance, aujourd’hui escalier funeste le menant toujours plus loin, un pas à la fois, vers l’insanité. Et elle, fragile malgré le masque, depuis longtemps tente-t-elle encore de se convaincre de sa force tout en se sachant au bord du gouffre. Longtemps persécutée entre leurs griffes glaciales, leur manifestation auprès d’elle plus subtile, plus insidieuse, brisant lentement, un à un, les fils la rattachant à sa santé mentale. Ensemble aujourd’hui, condamnés, juchés telles deux ombres sur les falaises effritées de leur terre natale. Condamnés au vent mordant qui se lamente contre leurs pelages. Condamnés à leurs desseins hypocrites. À leurs machinations spectrales. Leurs jeux, leurs illusions. Chacun de leurs mouvements calculés, apprivoisés, attendus. La gorge brûlante, Torrent de Foudre lève les yeux vers sa meneuse, dépourvu de lui-même, si lointain qu’il se refuse d’espérer la délivrance. Le vide l’étreint, là où il aurait dû vivre la honte, le ressentiment, la peur. Il se tait là où il aurait dû hurler, se défaire de l’étau s’enserrant contre sa poitrine un peu plus à chaque heure qui passe pour l’enfermer dans les ténèbres.

Tu t’es cru si fort, Torrent de Foudre. Au fond tu as toujours connu ta propre insignifiance. Ni aujourd’hui, ni jamais, elle ne te remarquera.

Il ferme les yeux. Se brouille des tentatives inutiles d’Étoile Destinée. Eux, comme enracinés à chaque parcelle de lui-même. Il n’est plus que brume, il aimerait lui tendre la patte, s’autoriser les pleurs terrorisés de l’enfance qu’il ne s’est jamais permis, il aimerait se blottir contre elle et la supplier de ne plus les laisser le torturer ainsi, de le guérir de lui-même. Quelque part en lui, le désespoir gagne du terrain, contaminant chaque espérance, chaque désir, chaque caractéristique de celui qu’il fut jadis. Il s’efface, il sombre, il n’écoute plus le discours de sa supérieure. Dans le vent foudroyant s’étant levé sur les falaises, il oscille, entre terre et vide. Les voix, elles s’accentuent, formant un chœur de lamentations déchirantes qui mêlées des cris stridents des bourrasques, l’entraînent dans une surdité résignée. Le regard qu’il lève vers la Chef, aveugle, ne réalise que trop tard la conséquence de leur escalade désarticulée.

Vide. Vide. Vide. Il ne te reste plus que le vide. Tu sais que tu seras incapable de les rendre heureux. Que tu les tueras, un à un, que tu nous appartiens. Tu es des nôtres, Torrent de Foudre, lorsque tu mourras, nous nous pencherons sur toi pour cueillir ton âme.

«Non!»

Il crie. Enfin. Se débat comme lui aura lui soufflé la femelle. Il peut les sentir, passer en trombe près de lui, ces filaments de ténèbres aux rires sinistres. Elles se moquent, les ombres, elles se moquent de leur misère. Et lorsque l’appel retentit, il passe tout près de le manquer. Un frisson près de lui, il réalise qu’Étoile Destinée ne l’a pas quittée. Mais tout autour d’elle, l’aura malsain de son geôlier l’abîme, à une longueur de griffes ou deux du vide.

Le vide. Le vide. Il ne reste plus rien que le vide.

«Étoile Destinée? Destinée? Reviens… reviens…»

Il titube, chaque pas plus lourd que le dernier, elle lui paraît si loin, si loin.

Il est trop tard. Trop tard.

«Je serai meilleur, s’il te plaît… reviens…»

Sa voix n’est plus qu’un rauque murmure, la voix brisée d’un chaton effrayé. Il rampe jusqu’à elle, se redresse, se précipite auprès d’elle.

«Étoile Destinée?»

Il est parvenu à elle. Sous leur poids combiné, la paroi cède. Ils tombent.

Le vide…

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Jeu 8 Sep - 17:16

Ils tombent.
Pendant un instant, un seul et poignant instant, elle y a cru. Elle a vu Torrent de Foudre la rejoindre, enfin, elle a entendu sa voix qui l'appelait. Malgré son ton implorant, malgré ses tremblements, c'était bien lui. Vivant. Il était vivant. Son Nuage de Foudre. L'ombre d'un sourire s'est dessiné sur ses lèvres sèches avant que le craquement se fasse entendre. Alors seulement a-t-elle compris que non, le pas qu'il venait de franchir vers elle n'était pas une victoire mais un pas de plus vers sa perte, qu'elle l'entraînerait inévitablement dans sa chute, qu'il était déjà trop tard. Les spectres avaient déjà gagné à partir du moment où elle avait posé la patte hors du camp, le reste était déjà écrit. Il fallait qu'elle meure. Aujourd'hui. Maintenant. Mais qu'elle se rassure, elle ne serait pas seule, puisque son protégé était condamné avec elle.

Ils tombent.
Sur son visage, la résignation a remplacé l'espoir. Elle sait ce qui les attend toux les deux ; le vide, qui les attire depuis toujours à lui ; la chute, infinie et définitive ; et enfin, l'impact. Les rochers les attendent déjà, formant une mâchoire aux crocs fatals prête à se refermer sur eux. La reine ferme les yeux, mais l'image du corps désarticulé de Torrent de Foudre au pelage maculé de sang la poursuit impitoyablement, encore plus absurde dans la mort qu'il ne l'est lorsqu'il se meut. Un corps à priori invincible mais qui ne résistera pas à la morsure de la roche. Les étoiles noires le savent bien, sinon à quoi bon ? Elles ont tout prévu, tout calculé. Il lui semble que le moindre de ses pas, la moindre de ses actions l'ont conduite ici, au sommet d'une falaise qui verra terminer ses jours. Elle est destinée à perdre une vie aux côtés d'un compagnon qui, lui, perdra la seule qu'il possède. Une fin cruelle et sans appel.
Mais elle, Étoile Destinée, refuse.

Elle tombe.
Le sol se dérobe sous ses pattes, la pierre se brise en mille morceaux qui entaillent sa peau. Elle n'a qu'une fraction de seconde pour agir : d'un mouvement désespéré, elle pousse le guerrier le plus loin possible d'elle, en direction de la paroi où une corniche en contrebas accueillera son corps, elle l'espère, moins meurtri que s'il rencontrait le sol bien plus bas. C'est au final la seule chose qu'elle puisse faire pour lui, son ultime tentative pour le sauver. Un cadeau d'adieu. Elle aurait sacrifié sa vie pour lui de toute façon. Cette certitude lui apporte une once de réconfort, un semblant de paix pour son âme coupable. Elle a fait tout ce qu'elle pouvait pour lui.

Quant à elle, il n'y a plus d'espoir, plus d'échappatoire, elle est finalement seule. Elle a déjà côtoyé la mort, elle reconnaît le bruit de ses pas et la touche glaciale de son souffle sur sa nuque. Elle sait, oh oui elle sait, ce qui n'empêche pas sa chute de s'étendre interminablement, d'égrainer chacune des secondes qu'il lui reste encore à vivre. Elle sait que c'est la fin. Déjà la mort s'annonce au son effréné des battements de son cœur. Et la douleur, oh la douleur s'invite elle aussi, lui arrachant une plainte chaque fois que son corps s'abîme sur un pic rocheux hérissant la paroi. La fin approche, le dernier impact lui coupe le souffle, qu'elle sait être le dernier.

Alors elle expire. Lentement.
La lueur au creux de ses iris s'éteint. Son corps n'est plus qu'une carcasse vide, lui qui abritait autrefois la lumière d'un astre destiné à briller. Mais elle n'a plus rien de céleste.
L'étoile n'est plus qu'une boule de gaz incandescent.

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Ven 9 Sep - 0:33

Day and Night
Il a failli. À l’instant même où il franchissait le cercle reclus formant le campement l’ayant vu naître, il commettait déjà une horrible trahison orchestrée par les ombres sinistres jouant de ses intentions. Dès leur premier contact lors d’une nuit sans lune, bien des mois auparavant, cherchaient-ils cette fin? La destruction sournoise d’une meneuse fragilisée par ses propres démons et le poids d’une peur portée à contre-sens de longues années durant, aujourd’hui accentuée en des proportions impossibles. De par les murmures langoureux de présences obscures, le susurrement cruel de leurs cauchemars parfaitement préparés dans l’optique d’effriter les raisons les plus acharnées. Comme celle du guerrier, dont les pattes effritent un roc fragilisé du poids combiné de deux atteints qui naïvement cherchaient à se défaire de leurs souffrances mutuelles. Pendant quelques instants futiles, il se débat contre l’attraction innocente du gouffre se formant à ses pieds. Il n’entend plus que le cri déchirant s’échappant de sa propre gorge, venant rompre le silence immobile qui vient engourdir la scène se déroulant dans un troublant ralenti. Et ce corps lourd qui l’entraîne le premier, dans une course en sourdine. Ses griffes tendues vers le ciel trompeur parcouru de grisaille. Il n’est plus qu’un corps sujet aux lois impératrices de la gravité. Elle pour l’accompagner dans une chute sans lendemain. Il sait, il sent, qu’il va mourir. Là où il l’a tant souhaité sous le couvert de la douleur, se raccroche désormais à une poignée de regrets qui se désagrègent sous un regard voilé de larmes qu’il n’aura plus l’occasion de laisser couler.

Puis le choc. Son épaule d’abord, dans un craquement écoeurant, son dos puis son crâne qui se fracasse contre le roc. La force de l’impact qui se propulse aux confins de la corniche là où il s’écorche le flanc et le visage. Le sang macule la pierre, son sang qu’il crache dans un sursaut inespéré, ses poumons rétractés refusant la dilatation nécessaire à sa respiration. Et lorsqu’enfin l’air pénètre contre sa gorge, elle ne laisse à sa suite qu’une douleur plus grande encore, qui se réverbère en lui. Il n’est plus que sursauts saccadés, un corps brisé contre son rocher, une patte disloquée sous son poids et un point rouge qui s’étale sans s’arrêter. Il tente de reprendre un souffle impossible, chaque respiration plus douloureuse. Ses prunelles s’ouvrent sur un jardin de pics. Il constate l’abysse sous lui, sa tête abandonnée au vide. Le sang bientôt lui voile la vue, ou peut-être est-ce les larmes. Il a entre-aperçu entre les branches placides de pierre un corps éteint, un regard voilé. Il sait. Il sait. Dans sa faiblesse, il tente de ramper, sa patte refusant de se mouvoir selon sa volonté. Il n’a plus la force de prononcer son nom. Ne lui échappe qu’un grondement désarticulé alors qu’il traîne sa carcasse contre la corniche. Elle l’a sauvé.

Et lorsque sa patte valide parvient à dégager son œil assez pour s’attarder de nouveau sur le cadavre en contre-bas, le hurlement lui parvient. Profond. Sinistre. Brisé. Suivi d’un silence abrupt, violent. Il se cambre de sanglots étranglés, tout son être dans une douleur insupportable. Son épaule disloqué, son flanc déchiré, la moitié de son visage éraflé, son œil tuméfié, son dos brisé par la souffrance. Et pourtant aucune pour égaler celle de son esprit déchanté. À la culpabilité qui telle une lame vient de tracer contre son âme des traces qui ne cicatriseront jamais. Il hurle encore, à s’en décrocher la gorge, dans l’espoir vain de la ramener à lui. Et il rampe, rampe si près du gouffre qu’il pourrait lui aussi y tomber, mais une lueur pour percer les nuages, un filament d’espérance, se pose comme un tendre baiser contre le visage de la meneuse déchue. Torrent de Foudre ne peut que rester à ses côtés en retenant ce souffle maudit, avec comme seul repère sa foi.

S’il te plaît, reviens à moi.
Ou laisse-moi mourir en paix.

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Mar 20 Sep - 19:31



- suite de Moon and Shadow -

Le cri de Torrent de Foudre l'éveille, quelque part, où qu'elle soit. Est-ce sa détresse, son tourment ou son affection pour elle transparaissant dans sa voix qui a eu cet effet-là ? Elle ne saurait le dire. Elle est de toute façon incapable de dire quoi que ce soit. Perdue dans un néant d'étoiles, elle trouve pourtant sa voix.
Et s'y accroche. Avec désespoir.
Alors les étoiles la trouvent et la libèrent.


La lumière se fait dans son esprit en même temps que dans son cœur. La lumière est partout, jaillissante, rassurante après l'obscurité et, lui semble-t-il, emplie d'une tendresse et d'une douceur infinies pour elle. Alors elle se laisse porter par cette lumière et par le soulagement qu'elle sent envahir chaque fibre de son être. Elle est sauvée. Rien ne peut plus lui arriver désormais, la douleur est partie et la peur aussi ; elle se répète ces mots que l'on dirait prononcés par une mère aimante. Et la vérité est qu'elle est bien là, qu'elle s'occupe déjà de panser ses plaies, mais qu’Étoile Destinée ne perçoit pas sa présence. Encore trop faible pour se rappeler de quoi que ce soit, elle se laisse seulement dériver sans s'inquiéter de où cela la mènera.
Elle est fatiguée de s'inquiéter. Elle veut seulement dormir, car on ne ressent rien quand on dort.
Dormir une lune entière … dormir et ne plus se réveiller.

« Tout va bien maintenant, tu peux ouvrir les yeux. »

Mais elle ne veut pas. Et si la douleur revenait ? Elle ne veut plus souffrir comme ça, plus jamais. Et puis, elle a peur de ce qu'elle verra en se réveillant. Et s'il était encore là ?

« Destinée, tu m'entends ? Je suis là, tu m'as trouvé, je suis là, près de toi. »

Elle gémit. Elle ne veut pas, elle a peur. Mais l'autre insiste, sa voix ne disparaît pas.

« Allons nous entraîner, Destinée, je veux que tu m'emmènes sur la colline étoilée comme autrefois. Tu te souviens ? »


Sa voix est douce, tellement douce. Elle a un soupçon d'innocence qu'elle n'a pas rencontrée depuis longtemps. Elle porte en elle une jeunesse qu'elle avait oubliée. Mais Destinée Mystique se souvient, et elle ouvre les yeux. Nuage Neigeux est là, au-dessus d'elle, tel un ange gardien. Nuage Neigeux, son premier apprenti, sa première blessure. Il est là et lui sourit ; alors son cœur bondit de le voir ainsi heureux et lumineux. La douleur de l'avoir perdu est toujours là, mais elle comprend que c'était là son sort et qu'elle n'aurait rien pu y faire. Le pardon est offert si purement et simplement qu'elle l'accepte sans un mot, les yeux embués. Il est l'un de ceux qu'elle n'a pas pu sauver mais pour une vie perdue, elle sait qu'elle sacrifiera deux des siennes pour venir en aide à ceux qui lui sont chers ...

« Comme Torrent de Foudre ou Nuage Agité, finit-il pour elle. Tu protèges et veilles sur les apprentis de ton clan telle une véritable étoile ... Je le savais déjà lorsque je t'ai donné la bienveillance. Je l'ai toujours su. »

Ses paroles plus que le reste parviennent à soigner ses dernières blessures. Elle se sent apaisée maintenant que la lumière a fait reculer ses ténèbres, maintenant qu'elle a cet ange auprès d'elle et la certitude qu'il suivra ses pas encore longtemps. Sachant les mots insuffisants, elle lui offre un sourire, encore pâle et obscurci par la faiblesse qu'elle sent dans tout son corps et son âme, mais un sourire sincère. Ses pattes tremblent mais elle se lève, son dos proteste mais elle se redresse. Il y aura des séquelles, semblent la prévenir les yeux de Nuage Neigeux, mais elle accepte sans un mot. Elle est prête à retourner d'où elle vient, prête à retrouver les siens.

***

Le soleil est haut dans le ciel lorsqu'elle ouvre à nouveau les yeux. Pendant un instant, ses yeux gris fixent le ciel de la même couleur comme pour y chercher une explication. La lumière qui l'avait touchée comme la grâce s'éloigne peu à peu, délaissant son corps froid et meurtri pour la chaleur d'autres étoiles. Destinée se lève à nouveau, mais cette fois son corps est bien physique et la réalité s'impose à elle dans toute sa rudesse : il lui faut une énergie considérable pour se mouvoir et ses membres protestent à chaque pas. Mais, résolue, elle avance, une patte après l'autre comme si elle réapprenait à marcher.

Elle n'a pas oublié pourtant. Ni son cri, ni l'image de son corps désarticulé qu'elle avait entraperçue tel un avertissement et qui doit désormais s'apparenter à la réalité avec une cruelle ressemblance. Torrent de Foudre est là, quelque part, blessé et impuissant. Elle doit le retrouver ; cette nécessité-là est la seule pensée claire dans son esprit embrumé. Alors elle marche, elle escalade, elle grimpe cette falaise qui semble la narguer de toute sa hauteur, mais Destinée n'a plus peur, oh non, elle n'a plus peur de la chute ni du vide pour s'y être plongée dedans tête la première. L'effort met ses membres à l'agonie et épuise son souffle mais elle est trop heureuse de respirer à nouveau pour s'arrêter sur ces douleurs. Elle continue de s'élever vers le sommet.

Quand enfin elle parvient sur la corniche, elle craint un instant qu'il soit trop tard et la panique l'envahit immédiatement. Le cœur battant, elle accourt aussi vite qu'elle peut vers le corps de son compagnon d'infortune et son regard parcourt avec angoisse les stries dessinées par ses blessures. Elle frémit à la vue de tout ce sang perdu, de ces membres tordus, de ce corps … si fragile. Si fragile.
Mais il respire. Son flanc se lève et s'abaisse à un rythme aussi régulier que la marée, apaisé comme s'il dormait. Il respire et il est vivant.

« J'ai entendu ta voix, et je suis revenue. » murmure-t-elle à son oreille, sans savoir s'il l'entendra.

Alors sans attendre, elle se met à lécher ses blessures avec l'application d'une guérisseuse et la tendresse d'une mère, patiemment et délicatement. Approchant son pelage du sien, elle lui donne volontiers un peu de sa chaleur pour compenser celle que la roche sous son corps lui a prise. Elle a la certitude tranquille qu'elle parviendra à le sauver, que tout ira bien tant qu'elle sera à ses côtés. Et elle est prête à le veiller aussi longtemps qu'il le faudra avant qu'une patrouille vienne les trouver, elle est prête à attendre le temps qu'il faudra pour que la nuit trouve enfin le jour.

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MessageSujet: Re: Night and Day.   Jeu 22 Sep - 2:12

Day and Night
Il pleut. Sous son esprit embué, le ciel se déchiquète de couleurs et de formes. Il n’entend plus que le grondement lointain d’un torrent acharné, celui battant à ses tempes de façon inégale. Lentement, la vie lui échappe dans un filet sanguin éclaboussant la roche, il peine à respirer sous l’étau insoutenable comprimant sa poitrine. On l’entend siffler dans le silence pesant régnant sur la falaise là où il s’est brisé. Le vide. Il ne ressent plus rien de la douleur terrible qui devrait accompagner ses blessures, oscille entre deux états de conscience. L’abysse l’invite, son corps attiré là où sa meneuse aura succombé. Il la voit encore entre les larmes et les points dansant ses paupières entrouvertes. Sa gorge s’assèche du poids de la culpabilité. N’est-il pas celui l’y ayant précipitée? Devant l’immobilité obstiné du corps bicolore d’Étoile Destinée, Torrent de Foudre abandonne la sienne, accueillant l’engourdissement d’un sommeil sans réveil le ventre noué de remords et de regrets. Jadis, il s’est permis de rêver l’utopie d’un guerrier juste, droit, apprécié et craint. Plus tard, la perspective de protéger les êtres aimés lui a suffi. Et maintenant il doit mourir. Trop jeune, encore plein de promesses qu’il s’est complu à écarter et briser. À attendre la salvation qui ne pouvait véritablement venir que de lui. Une larme lui échappe à la pensée de tous ceux laissés derrière sans un au revoir. Sans un je t’aime.

Il frissonne. Combien il a failli à ses proches. Sa sœur surtout, qu’il a abandonné à son sort à la mort de deux de ses petits. Étranger aux deux survivants. Une ombre fantomatique errant parmi l’existence de sa famille, un frère, un oncle, un fils froid, éteint de ses propres désillusions. D’un souffle rauque il combat l’endormissement de ses membres, gémit de la douleur dans son épaule qui l’engouffre de nouveau dans l’inconscience. Puis l’éveil. Brutal. Dans la douleur, son corps brisé sur le roc, et une ombre au-dessus de sa carcasse. L’ange venu le récupérer lors de son ascension? Il repère entre les formes l’aveuglant le dessin familier de l’acier. Tendre, animé d’un soulagement qui résonne en lui. Elle est là, elle est revenue à lui alors qu’il a cru l’avoir perdu. Il entend sa voix sans en repérer les mots ou le sens, lui importe peu ses discours. Elle l’a retrouvé. Et lui, il pleure. Il pleure tel l’enfant qu’il ne s’est jamais autorisé à être, sous le regard de sa protectrice étoilée. Il pleure tel il aurait dû le faire bien des lunes auparavant lorsqu’il aura perdu pied. La douleur et l’amertume reviennent mais il remercie les Étoiles de chaque seconde de la vie d’Étoile Destinée.

«Je suis désolé… Je suis désolé…»

Sa voix paraît si frêle, elle est celle de l’apprenti, celui qui s’autorisait encore la peur sous l’orgueil et la prétention. Celui qui maintenant tremble de froid et de terreur contre la pierre. Elle, elle se couche à ses côtés pour lui offrir sa chaleur retrouvée. Il tente de parler de nouveau, mais il ne parvient plus à articuler quelque syllabe. Alors il se terre dans le silence, la tête reposant contre la poitrine d’Étoile Destinée envers laquelle il ne s’excusera jamais assez. Ses sanglots seuls percent la quiétude des falaises et l’écho de leurs respirations soulagées. Et auprès d’elle il s’endort, raccroché, fragile mais stable, sous l’œil bienveillant des étoiles.

_________________
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