« Il n'y a que toi, il n'y a toujours eu que toi. »

Masque de Rosée
 
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 Rage.

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Valse des Étoiles
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MessageSujet: Rage.    Sam 23 Avr - 18:50


VALSE DES ETOILES
« Car, voyez vous, c'est la haine qui nous donne une raison de vivre. »


T'es vraiment le meilleur des 2000 Ambrouchoubidou, merci infiniment. ♥

Tout en elle n'était que fureur. La belle femelle au visage habituellement doux et parsemé de tristesse s'était effacée pour laisser place à un monstre fou, aux pupilles enflammées par la vengeance. A la recherche d'une injuste justice, à la poursuite désespérée d'idéaux qui n'existaient plus, elle ne pouvait s'empêcher d'y croire, encore et encore. De s'y accrocher encore et encore. Car au fond, elle n'était plus que ça : haine et souffrance. De cette alchimie était née le brasier qui la maintenait en vie. Et tout comme une vestale, elle se devait de l'alimenter chaque jour, chaque seconde. C'était son devoir, sa mission. C'était tout ce qu'il restait de cette reine qu'elle avait éperdument aimée, tout ce qu'il restait de cette époque qu'elle n'arrivait pas à oublier. Les dernières étincelles des ses chimères qu'elle ne parvenait pas à libérer.

Mon coeur est en miette. je ne peux m'empêcher de revoir son visage vaguement désolé, emplit d'une pitié putride qui me donne la nausée. Ses mots résonnent dans mon crâne, me perforant un peu plus la poitrine à chaque fois. Elle ressemblait à ces guerriers qui regardent les petits qui viennent de perdre leur mère avec une fausse empathie. Je pensais pourtant qu'elle partageait ma peine, qu'elle était mon alliée, mon compagnon de peine. Je me suis ouverte à elle avec si peu de retenue, nous avions toutes deux oubliée notre pudeur et laissé notre masque au sol, j'étais persuadée que Naïade était mon amie. Jamais plus je ne ferrai cette erreur, jamais plus je n'aimerai. S'attacher à quelqu'un lui donne la possibilité de nous détruire, de nous écraser en nous enterrant six pieds sous terre. Et j'ai déjà été brisée bien trop de fois.
Tant de fois que je ne les compte plus.

Au fond je sais qu'elle incarne la vérité même et que ce que je m'apprête à faire est stupide. Au fond, j'aimerais bien que quelqu'un ait la force de m'arrêter. Mais c'est plus fort que moi. Une hargne désespérée me pousse à aller plus loin, quand bien même tout mon être est tétanisé par la peur. Je pensais avoir trouvé la paix en quittant les Hautes Pierres. Mes démons enfermés dans une boîte, je m'étais crûe libre et délivrée de ces monstres qui me hantaient. Mais le soir même les cauchemars étaient revenus. Ses pupilles étaient réapparues comme pour me reprocher de l'avoir oubliée. Pour me hanter, elles étaient là à chaque fois que je fermais les yeux et je voyais les siens fous et voilés posés sur moi. Et alors je savais que ce crime ne pouvait pas rester impuni.

Et me voilà plongée à corps perdue dans la haine et la folie.

N'étais-je pas Valse de l'Amour ?
Ne m'étais-je pas promis d'être une mère aimante comme l'était Perle de Neige ?
Mais aujourd'hui je ne suis plus que colère et rancoeur. La rage s'écoule de mon coeur percé, glissant dans mes veines. Tout autour de moi brûlait, le sang battait bruyamment à mes tempes et un rugissement puissant hurlait dans mon crâne. J'ai essayé tu sais, Perle de Neige. J'ai mis toute mon âme dans ce Clan que tu aimais tant, dans ces chats qui avaient besoin de moi. J'ai tenté d'être celle que tu voulais que je sois. Mais j'ai tellement oscillé, tellement titubé qu'il fallait bien qu'un jour je m'écroule. Et quand on a rajouté le poids du doute sur mes épaules j'ai perdu l'équilibre.
Et me voilà au sol.
Je l'entends, le gong de la justice. Si personne ne veux le faire je le ferai moi même. Je reprendrai au Clan du Tonnerre toutes les vies qu'ils nous a volé. Pour Perle de Neige. Pour Etoile de Menthe. Pour moi. Le ciel est noir, plein de nuages menaçants qui font écho aux sombres pensées de mon coeur. L'air est électrique et tend chaque parcelle de mon corps. Le pelage hérissé, l'air furibond, chaque pensée que j'ai me rends un peu plus folle. Je hais Naïade d'être aussi sage. Je hais Songe de Brume d'être aussi sûre d'elle. Je hais Perle de Neige d'être morte. Je hais Etoile de Menthe d'avoir fait de moi le monstre que je suis aujourd'hui. Je les hais tous si fort, un souffle de rage soulève mon coeur. Je ne suis plus que ça à présent. Une Valse de Haine.

La rivière gronde. Reflet de ma folie écumante, elle bout des mêmes sentiments que moi. J'y vois là un signe, un encouragement venu de je ne sais quel ange qui oserait encore veiller sur moi. Le Vent féroce mord mes épaules alors que peu à peu, l'Ombre m'enveloppe. Tous sont avec moi. Tous sont contre le Tonnerre.

Et je me jette à coeur ouvert dans la Rivière.

J'en ressors lavée de tous mes doutes. Le visage déformé par la colère je franchis sans ciller la frontière sacrée et pénètre avec assurance sur ces terres interdites. Cela faisait longtemps que je n'avais pas ressentie cette adrénaline qui survient quand on franchit un marquage ennemi. Ennemi, c'est bien le mot. D'une détente puissante je bondis souplement sur un rocher et m'ébroue. Les bourrasques auront tôt fait de sécher mon pelage. Progressant de pierre en pierre, je finis par me stopper au milieu du champ de marbre, sur une roche plate et assez grande pour me permettre d'y faire les cents pas. La rage me donnant une prestance nouvelle, une majesté que je n'avais encore jamais eu, j'attends impatiemment qu'on me découvre. Du coin de l'oeil je les vois, ces idiots apeurés. Ils m'ont vu mais sachant qui je suis et apercevant sans mal l'air de mon visage, ils décampent sans demander leur reste. Sans doute pensent-ils que je ne suis pas seule. Que je viens les envahir. La réalité est bien plus belle que ça mes petits écureuils. Je viens récupérer ce qui m'appartient. Je viens récupérer l'honneur et la dignité que vous m'avez pris quand votre apocalypse m'a roulée dans la poussière, attendant patiemment que je me redresse pour m'écraser à nouveau pour que jamais mon genoux ne se relève de terre. Alors mes pauvres guerriers venez à plusieurs, rameutez votre Clan tout entier et allez prévenir Etoile Sombre. C'est lui que je veux voir. C'est lui qui a entre les pattes les clés de mon âme.

Un sourire aigre sur le visage je m'assois et attends paisiblement. Je n'ai pas peur. Si je dois y laisser mes neufs vies je le ferai. Plus rien ne me retient à présent, plus rien ne m'empêche d'accomplir cette vengeance qui m'enchaîne depuis si longtemps. Et alors je serais enfin libre. Alors dépêche toi Etoile Sombre, ne fais pas attendre quelqu'un qui a tant de choses à te dire.

Oh viens mon cher.
Je t'attends.

_________________















Merci à tous pour vos si belles créations, je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. ♥


Dernière édition par Valse des Étoiles le Ven 27 Mai - 16:13, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Rage.    Sam 14 Mai - 17:03

RAGE
Il erre. Ses pensées insolubles ne parviennent plus à se dissiper afin de lui offrir une paix à laquelle il aspire inlassablement. Son corps tapi parmi les ténèbres, victime de son esprit achalandé, il erre. Dans un demi-sommeil, les paupières closes alourdies de trop nombreuses nuits sans repos mais ses neurones activées des douleurs inlassables qui le tiraillent. Parfois il reprend conscience dans un souffle rauque, son cœur battant dans une chamade effrénée et ses pattes raidies de peur avant de s’écrouler à nouveau contre sa couche, vaincu de fatigue et de l’amertume de réaliser que ses cauchemars ne s’amenuisent pas aux premières lueurs du jour. Éveillé ou terré dans ses songes, Étoile Sombre est condamné des murmures d’un ennemi invisible prenant lentement possession de ses maigres moyens. Chef il n’est plus pour un Clan qu’il a pourtant juré de protéger au détriment de ses propres rêves et envies. Franchie la ligne depuis longtemps, celle qui délimitait son acceptation personnelle vis-à-vis ses responsabilités qui aujourd’hui l’écrasent plus que jamais. Il s’éveille une fois de plus comme on émerge d’une noyade, une douleur terrible lui déchirant les tempes, mais personne ici pour l’entendre haleter et gémir. Son corps s’est brisé de larmes qui refusent de s’écouler. Il appelle silencieusement d’une aide qui refuse de se manifester. Jamais au monde il ne s’est senti aussi profondément perdu, déchiré entre tant d’idées et de sentiments qu’il en perd sa santé mentale pour laquelle il s’est pourtant dédié d’un optimisme rare. Sans leur lumière, quel espoir reste-t-il à un Clan qu’il a jeté dans une guerre impossible?

Dans les ténèbres, recouvert de sa peine comme un manteau étouffant, Étoile Sombre prononce leurs noms interdits. Petite Romance. Petit Saule. Petite Flèche. Sa voix trébuche, Masque de Rosée. Encore et toujours, il tente de se souvenir sans véritable succès de leur odeur, celle du lait et de la nouveauté, de se souvenir de leurs petits gestes maladroits et de leurs cris affamés de vie. Il tente encore de se convaincre d’éviter, éviter de penser à cet avenir parallèle qu’il vivra par rapport à sa famille. Tiraillé aussi par les remords, vaincu par les secrets qui n’en peuvent plus de l’alourdir. Il aimerait hurler, juste une fois, une seule, à s’en déchirer la gorge, il aimerait se fâcher et détruire, il aimerait la détester elle qui lui a tout pris même son âme, même son cœur, sa chair, ses espoirs et ses rêves, sa vie entière qu’il lui a dédié, mais il n’y parvient pas. Parce qu’il se souvient que c’est elle, elle son âme, son cœur, sa chair, ses espoirs et ses rêves. Elle et eux désormais, le fruit de leur amour. Étoile Sombre peste, sa rage l’étreignant douloureusement en pensant à ses barrières invisibles qui encore et toujours liguent les Clans les uns contre les autres plutôt qu’exposer l’évidence. Oui, car ils sont encore et toujours des chats. Des chats qui vivent et aiment, peu importe leur appartenance. Injustice.

Son esprit s’apaise, la fatigue le rattrape comme une vague alors que l’aube envahi sa tanière. Mais jamais il ne cesse de penser. Ses pensées s’égarent à l’ouest, au-delà de la rivière, vers ceux qui sont consumés par la haine et les ressentiments inutiles. Étoile Sombre s’attarde à leur souffrance, se questionne à leur sujet. Se demande si un jour il vivra la paix, celle à laquelle il aspire égoïstement peut-être. Si la Rivière se jure de détruire le Tonnerre, si les ombres consument lentement les plus agiles des esprits, le meneur se trouve général entre deux fronts, incapable d’esquisser le moindre mouvement. Et son second, aux dehors, déjà en train de distribuer les tâches quotidiennes, ce cousin en qui il a parfaitement confiance… Abandonné par le matou au pelage sombre et malgré tout d’une force indélébile, inébranlable. Étoile Sombre fut celui qui jadis se tenait fièrement dans les périodes les plus désespérées. Où est-il passé? La question le taraude alors qu’une voix vient troubler ses doutes, timide et hésitante telle une question, Nuage du Hérisson qui comme beaucoup d’autres n’osent plus même un geste vers celui qui fut peut-être un jour un père pour lui.

«Étoile Sombre, c’est… Valse des Étoiles… Elle est venue pour toi, aux Rochers du Soleil. Elle refuse de partir.»

Le meneur émerge, sa stature fragilisée par les trop longues nuits sans repos, par son appétit vacillant ainsi que les migraines terribles qui ternissent son regard. Ses pattes frôlent l’obscurité avec hésitation et maladresse, bientôt son fils vient comme un soutien auprès de son géniteur, le regard inquiet et le souffle court de voir un héros sombrer. Aux premiers soubresauts d’orgueil du matou, le novice se rassure, constate que malgré les épreuves le Chef parvient toujours à conserver sa dignité, prenant de l’assurance dans ses pas en se dirigeant vers la sortie. L’apprenti lui emboîte le pas avec espoir, troublé malgré tout par la maigreur saillante de l’aîné alors que le soleil vient faire briller son pelage. Étoile Sombre s’arrête pour considérer la plaine en contre-bas, où une assemblée de guerriers s’est formée, pleine de murmures incertains. Où est-ce simplement ceux qui le hantent constamment qu’il entend là?
Nous ne t’oublions pas Étoile Sombre. Partout où tu iras, tu nous appartiens.

«J’y vais.»

«Je t’accompagne.»

«Non. Ni toi, Nuage du Hérisson, ni personne. J’y vais, seul. Celui qui tentera de me suivre en subira d’amères conséquences.»


Ainsi il part, ne laissant derrière lui que le poids de sa menace et de profondes confusions. Ses pas lents, mesurés, sous un soleil filtré par la forêt qui se referme contre lui comme pour l’étreindre de ses bras rassurants. Le chat solitaire lui échappe un peu plus chaque jour, chaque arbre et chaque fougère de plus en plus étrangère. Ou peut-être est-ce lui l’inconnu au cœur lourd. Étoile Sombre se dirige sans même ouvrir les yeux, sans trébucher malgré son évidente faiblesse, sa souffrance le suivant pas à pas tout comme les murmures qui inlassablement lui rappellent leur sinistre présence. Aujourd’hui l’ennemi se concrétise, aux portes de son territoire sous la forme d’une femelle dont la silhouette se dessine au loin. Son regard rivé contre le sien, un regard de glace et de flammes, un regard pour le détruire. Lui la considère dans un silence contemplatif. Sans être indifférent, sa haine ne parvient pas à le troubler. Il s’est épuisé à chercher l’approbation et l’affection d’une seule personne et malgré la lourdeur de ses insécurités primaires, il se contente aujourd’hui de la rage, la rage profonde de Valse des Étoiles. Il la regarde en se disant qu’ainsi, impératrice à la dérive contre son rocher ensoleillé, elle est certainement brutalement belle. Destructrice. Comme les langues indomptables d’un feu de forêt, sa colère la fumée qui lui pique la gorge alors qu’il s’avance vers elle.

Étoile Sombre ne s’assoit pas. Il reste ainsi, à quelques longueurs de queue de l’intruse dans son calme engourdi, la considérant sans jugement ou sans reproche malgré toute l’amertume qui se dégage d’elle, malgré le désaccord qui subsiste entre eux. Le meneur s’épuise une fois de plus de ces vieilles frustrations émanant d’une souffrance véritable. Il aimerait s’excuser pour un crime qu’il n’a pas commis, réparer les erreurs passées et rétablir les vies qu’on a piétinées. Il aimerait l’étreindre et lui promettre de l’aider, de la soutenir dans les périodes les plus troubles, il lui offrirait même son amitié. Les mots restent prisonniers de sa gorge, il est si fatigué. Plus encore, il sait. Sait qu’elle doit tout détruire avant qu’ils aspirent reconstruire. Aujourd’hui tout un chapitre se termine dans un grand suspens. Malgré la peine et les doutes, le mâle au pelage d’ébène se surprend d’espérer, espérer que lui, que elle, pourront renaître des cendres laissées de cet échange.

«Je t’écoute.»

Sa voix douce et rauque tout à la fois, une invitation touchante à ce qui pourrait bien causer sa perte. Comment lui en vouloir? N’est-elle pas comme lui qu’un être au cœur souffrant?

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MessageSujet: Re: Rage.    Dim 14 Aoû - 16:11

Il ne se fait pas attendre. J'ai à peine le temps de réfléchir à ce que je vais lui dire que les sous-bois se mettent à frémir. Telle une ombre, une silhouette noire se faufile et vient se planter derrière moi. Dans son regard nulle agressivité, simplement une simple lassitude. Quand il parle, sa voix est plate. On pourrait presque le croire amical, vu de loin. Je ne sais pourquoi mais cela me rend folle. Il devrait être furieux, crier, m'attaquer avec toute sa force ! Je le dévisage et me lève, me mettant à marcher en cercle autour de lui. D'une voix sarcastique je lance : « Oh mon cher Etoile Sombre, j'étais justement venue te chercher. Le hasard fait bien les choses tu ne trouves pas ? »

Et elle danse une danse macabre, une danse funèbre autant pour lui que pour elle. Car si il y en a bien un des deux qui est à l'agonie en ce moment, c'est elle.

« Je me demandais si tu savais tout le mal que toi et les tiens avez-vous fait à mon Clan. » Je penche la tête d'un côté, l'air interrogateur. « Te souviens-tu de cette inondation qui nous a chassés de chez nous ? Nous y avons perdu une reine, notre lieutenante et moi-même avons été grièvement blessées et tout le Clan a subi un traumatisme violent, que les lunes commencent à peine à effacer. » Mon regard se perd dans le vide comme si je revoyais ces heures interminables que j'ai vécue, comme si je revivais la panique qui avait secoué tous ces chats habituellement si fiers, si forts. Je reprends d'une voix calme, bien trop calme. « Sais-tu ce que ça fait Etoile Sombre, de ne plus avoir de maison ? Sais-tu ce que ça fait de se sentir étranger partout où l'on va ? Sais-tu à quel point c'est humiliant d'être pris de pitié par tout un Clan et d'être dévisagé comme des proies apeurées à chaque instant ? Oh mais pire que tout, sais-tu ce que ça fait, après des lunes passées à se reconstruire, d'être chassé comme des rats au moment où tu es le plus faible, le matin même où ta meneuse, ton étoile vient de disparaître ? Crois-tu que nous méritions d'endosser tout cela ? Ne crois-tu pas que nous avions déjà assez souffert ? »

Si je dis nous, je pense surtout à moi en cet instant. Si Etoile Sombre est intelligent, il lira je derrière chacun des mots que j'utilise. Je souffre trop, bien trop pour penser aux autres en ce moment. La douleur me ravage le crâne et je ne demande qu'à crier grâce. Mes pattes tremblent de plus en plus violemment mais l'éclat de haine dans mon regard n'en demeure que plus fort, plus destructeur, comme s'il se nourrissait de mon désespoir.

« As-tu déjà hanté par des fantômes que tu n'arrives pas à fuir ? Tu sais, ceux qui sont toujours collés à tes talons, peu importe la vitesse à laquelle tu cours. Pendant des nuits entières je les ai combattus. Mais c'était le genre de monstre qui s'imprègne un peu plus dans tes os à chaque mouvement que tu fais. Assis là, devant toi, il te regarde souffrir avec cet air suffisant sur le visage et tu comprends alors que tout ce que tu as vécu avant n'était rien comparé à cette douleur qui hurle dans tout ton crâne et ricoche contre chaque recoin de ton corps. A chaque fois que je fermais les yeux, je voyais ce corps blanc étalé sur le sol, immobile, je voyais ces prunelles d'absinthe bestiales, folles. Partout, ils me suivaient, ils me collaient à la peau. Mais tu sais le pire, le plus cruel dans toutes cette histoire ? »

Je m'arrête face à lui, mes prunelles d'émeraude plongées dans les siennes. Il semble si triste lui aussi, si perdu. Il n'a rien de la superbe qu'il dégage actuellement. Lui aussi n'est qu'un spectre, une coquille vide. Mais si la douleur le rend misérable, la haine md rend rayonnante, sauvagement belle et primitive. Je lui décoche un regard assassin avant de reprendre une voix acerbe : « Le pire c'est que cette apocalypse, c'est vous qui l'avez déclenché ! Que ce soit la faute de Fragments Etoilés, de toi ou de n'importe lequel de tes guerriers je n'en ai cure, c'est votre Clan tout entier qui en est responsable. Vous pouvez maintenant prôner la paix et passer pour les sages de la forêt, jamais je n'oublierai ce que vous avez engendré, la douleur que vous avez fait naître au sein de chaque Clan ! Jamais le Clan de la Rivière ne courbera l'échine ! C'est vous, c'est toi qui avait fait naître la colère du Clan des Etoiles et je ne comprends pas que seul Etoile de Menthe ait eu le courage de le clamer haut et fort. Vous jouez les puissants, les défenseurs de nos âmes mais qui t'as dit que nous voulions de vous, alors que tout, absolument tout est de votre faute ! » Des larmes violentes se mettent à couleur le long de mes joues à un rythme effréné. Pleurs de haine, pleurs de souffrance, pleurs d'agonie allez savoir. Ma voix se mue en un cri saturé de toutes ces émotions, révélant honteusement le désespoir qui se cache sous ma haine ardente : « C'est à cause de ton Clan que Perle de Neige est morte ! C'est à cause d'elle qu'elle n'est plus là, qu'elle ne le sera plus jamais. Vous avez coupé la vie sous ses pattes alors qu'elle était promis à un destin glorieux, alors qu'elle avait encore tant de choses à faire ! As-tu simplement idée d'à quel point ça fait mal de voir cette petite lueur d'espoir qui venait juste de naître être étouffée dans l'oeuf ? S'il n'y avait pas eu ces catastrophe, Etoile de Menthe ne serait pas devenue folle, elle ne serait pas devenue l'animal égaré aux yeux mourants qu'elle était avant de s'enfuir en m'enchaînant à sa place ! » Et voilà, les murs s'écroulent et tout se révèlent. Ma vulnérabilité, ma faiblesse, ma blessure. Voilà que je lui crache tout cela au visage. C'est idiot, totalement idiot. Je le sais. Mais plus je parle plus je sens grandir en moi le sentiment libérateur qu'est la rage. Aussi douloureux est mon discours pour moi, il me permet de sentir ce feu si familier me consumer et anesthésier mon cerveau comme une drogue auquel j'aurais pris goût. Ne plus penser, ne plus sentir, c'est ne plus souffrir. Et, enfant égaré que je suis, c'est ce que je cherche depuis si longtemps.

Brutalement mon regard s'assombrit et mes crocs se dévoilent. Quelque chose de bouillant et sournois prend possession de mon esprit. Oh comme c'est agréable de ne plus rien diriger de simplement suivre les ordres, sans réfléchir. Se tapissant sur moi-même, mes muscles se tendent à se rompre et je grogne sourdement. « Ce que je viens chercher Etoile Sombre ici, c'est les vies si chères que tu m'as prise ! Et je vais te les arracher avec le même plaisir que vous avez eu avec moi ! » Au moment où je lui saute à la gorge je comprends que je ne suis plus moi. Je ne suis pas Valse des Etoiles, je suis l'incarnation de mes démons. Après tant de temps, ils sont parvenus à contrôler chaque fibre de mon être. Laissant délicieusement les dernières miettes de conscience m'échapper je fonds sur mon chemin de rédemption, le seul encore possible à mes yeux.

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MessageSujet: Re: Rage.    Dim 14 Aoû - 20:07

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Et le discours fond sur lui, la pluie battante d’une âme perdue. À force de se débattre contre soi-même, on se décroche de soi, on s’abandonne après une trop longue lutte. Une autre bataille perdue d’avance, elle qui, terrible, le toise d’une amertume foisonnante, représente peut-être son sinistre avenir. N’y a-t-il plus que cette issue? Celle ayant précédemment emporté sa prédécesseur, avant de la voir sombrer à son tour. Valse des Étoiles. Loin de se douter qu’à peine quelques pas les séparent, sur cette pente humide menant à la perdition. Sitôt l’averse débute qu’il devine la haine derrière chaque sonorité, une flamme impure brillant de ses prunelles braquées sur lui, lames mortelles frôlant sa jugulaire. Elle, comme pour se jouer de lui, sa motion circulaire l’entraînant à ses côtés, son sarcasme tel un rempart. Inatteignable. En d’autres circonstances, il aurait voulu voir chez elle le respect, la fraternité même, l’amour ou le désir. L’opinion d’autrui lui importe, plus encore celle d’un Chef ennemi lui vouant toutes les mauvaises intentions possibles, accusatrice et impérieuse. Impersonnelle. Malgré ce cœur retourné de tant de haine, Étoile Sombre possède assez de présence d’esprit pour réaliser n’être que la victime d’un trop-plein lourdement accumulé. Les rancunes de la reine tricolore se devaient de trouver visage, visage aujourd’hui impassible si ce n’est qu’une d’une lueur de tristesse qu’il ne parvient pas à réprimer. Au pied de la rivière, deux âmes brisées de leurs démons respectifs.

Il écoute. Le récit d’une vie intolérable à laquelle il a toujours été sensible. Le tissu de ses cauchemars. Il se souvient de l’inondation, elle lui paraît si lointaine, un souvenir usé parmi tant d’autres. Il se souvient de l’horreur ressentie à la vue de la rivière sortie de son lit ne laissant derrière elle que deuil et destruction. Impuissant, incapable de venir en aide à ces trop nombreux innocents. Il se souvient de la rancœur de tout un groupe, ayant par la suite embrasé les chats de la lande, deux groupuscules anéantis et trouvant les derniers relents de leur force brisée dans la haine. Énergie ayant empoisonné leur existence dès lors. Il se souvient de sa consécration en tant que meneur, la menace planant sur le Clan du Tonnerre, cette guerre promise qui jamais ne vit le jour. Il se surprend maintenant de souhaiter qu’elle eut lieu, peut-être aurait-elle permis à la Rivière de faire taire la douleur. À présent, elle hante chacun de ses membres, mais plus encore Valse des Étoiles qui, tout comme lui, a dû reprendre le flambeau fatigué d’un Clan en cendres. Si Étoile Sombre n’a pas vécu la misère décrite par sa semblable, la douleur décrite, émanant de son vécu, lui semble si familière qu’il en sourit presque. Les démons lancés à sa poursuite, les nuits cauchemardesque et la fatigue… la fatigue qu’il devine dans chaque fibre de son interlocutrice. Il aimerait la prendre contre lui. Quelque part, ses dires lui permettent de se sentir un peu moins seul. Des tous les chats de la forêt, les autres meneurs ont ce pouvoir, celui de le comprendre. Il aimerait lui raconter, lui dire qu’il connaît son fardeau, qu’il pourrait l’épauler, l’en décharger.

Mais entre eux se dresse encore une idée erronée d’une responsabilité. Étoile Sombre ignore l’auteur d’une pareille cruauté, se sait néanmoins innocent aux accusations de sa vis-à-vis. Encore une fois, il réalise n’être que la matérialisation d’une souffrance indomptable, qui se manifeste en pleurs déchirants. Le matou esquisse un geste vers elle, sait qu’il serait malvenu, se ravise tout en offrant à la femelle un regard doux, triste et compatissant. Il aimerait la soulager du poids de son deuil, celui des responsabilités, lui racheter tout ce qu’elle a perdu. Il dompterait marées et rivières pour lui apporter la paix. Sa gorge se noue d’empathie alors qu’il tente de s’imaginer toujours aussi seul, à devoir vivre avec la perte de sa famille. Ou de son Clan. Il sait que quelque part, elle se sent coupable elle aussi. Désemparée. Impuissante. Tous deux ont eu la naïveté de se croire invincibles, inatteignables, tous deux ont chuté. Valse des Étoiles saute brusquement à sa gorge, venant surprendre le matou qui pourtant ne se débat pas. Il se contente de la regarder, sans jugement, une patte tendue dans un silence obligé. Les mots seraient futiles.

Je me demande si aujourd’hui je dois mourir.

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MessageSujet: Re: Rage.    Dim 4 Sep - 6:21

Peut-être si j’avais été en pleine possession de mes moyens j’aurais remarqué qu’Etoile Sombre n’avait rien dit. Qu’il ne s’était pas défendu, ni lui ni les siens. Peut-être que j’aurais remarqué que tout dans son attitude témoignait la compassion et le soutien et non pas la pitié comme ma rage me l’a soufflé. Peut-être que je me serais rendue compte avant de le plaquer au sol qu’il était venu seul car sans doute il attendait mieux de moi. Peut-être encore que, si la douleur cuisante et la rage ne m’avaient pas usée jusqu’au dernier morceau, j’aurais été capable de m’arrêter de moi-même, de me rendre compte de la stupidité de mon acte. Seulement voilà, quand le mal s’enfonce si profondément en vous comme un épieu, il finit par ne faire plus qu’un avec vos fibres, vos muscles, vos os. La seule manière de l’exorciser devient alors de le laisser gagner. Cesser de chercher à étouffer l’incendie et lui jeter de l’essence pour qu’il devienne incandescent et que, après son ravage, renaissent de ses cendres des sentiments nouveaux et purifiés. Seulement voilà, pour moi il était désormais trop tard. Et mes poils s’hérissent d’horreur quand je comprends que rien ne peux plus me sauver.

Le plaquer au sol est d’une facilité déconcertante. L’espace d’un instant je le dévisage, les yeux écarquillés de surprise. Pourquoi ne bouge-t-il pas ? J’ai vaguement conscience que ma hargne augmente la puissance et la rapidité de mes coups mais Etoile Sombre est un meneur aguerri et si l’on ne considère que la force brute, il possède un avantage évident.  Mais il est là, cloué sous mes pattes, le regard voilé, comme s’il fixait mes crocs découverts sans les voir. On dirait qu’il ne veut pas me faire du mal, qu’il se résigne à mourir. Non, ce n’est pas comme ça que j’avais imaginé la chose ! Nous devions nous battre héroïquement et rouler dans la poussière. Ma vengeance, l’idéal d’Etoile de Menthe ne devraient pas être atteints aussi facilement. Quelque chose dans ma tête se détraque et, si je ne m’étais pas abandonnée à la colère, j’aurais paniqué. Mais les chimères qui me contrôlent enragent de ne pas pouvoir jouir de leur combat libérateur. Je hurle : « Pourquoi tu ne te bats pas Etoile Sombre ? Pourquoi tu ne te défends pas ? Pourquoi ne m’attaques-tu pas ? » Mon rugissement a fini par se transformer en gémissement plaintif. Dans un bref instant de faiblesse je murmure : « Pourquoi est-ce que tu ne me détestes pas ? » Dans ma tête c’est une cacophonie dissonante. Son état de quasi soumission me donne envie de me replier. Je ne parviens pas à comprendre cette réaction. Je m’étais préparée à l’explosion de fureur, au mépris et même aux supplications. Tout  sauf ça. Et le brouillard qui enveloppe mon cerveau m’empêche de réfléchir. Une petite voix dans ma tête me souffle d’arrêter. Que si je continue je vais le regretter. Est-ce seulement ma voix ? Elle ressemble étrangement à celle de Perle de Neige. Enfin je crois. A quoi ressemble-t-elle déjà ? Je ne sais plus. Elle n’était pas assez mélodieuse il me semble. Et comment pourrais-je regretter cet acte médité depuis des dizaines de lunes ? Mon feu intérieur hurle de déchainement et de fureur n’attendant que l’assouvissement de ses fantasmes. J’entends le timbre d’Etoile de Menthe quand elle nous parlait du Clan du Tonnerre lors de nos sorties avec Naïade. J’entends la mélodie de Perle de Neige qui me suppliait de pardonner. Il y a son corps blanc dans les fleurs. Il y a ses yeux d’absinthe débordant de folie. Il y a cette douleur qui me déchire le cœur. Ce feu qui me brûle le corps. Il y a Etoile Sombre qui me dévisage.

« ASSEZ ! »

Le tonnerre résonne en écho à ma voix rugissante et désespérée alors que ma patte vient s’abattre avec puissance sur sa gorge. Et puis il y a du sang et un craquement affreux. Je vois ses yeux devenir vitreux. Je sens un liquide chaud et poisseux m’éclabousser les pattes, le visage. Soudain je n’ai plus mal. Soudain le feu s’étouffe et je vois clair à nouveau. Les yeux agrandis d’horreur je recule précipitamment, trébuchant et tombant en arrière. Une pluie froide commence à tomber autour de nous alors que, brusquement vidée je murmure « Non… non… ». Qu’ai-je fait ? Les dernières secondes défilent à nouveau dans mon esprit et l’horreur se développe en moi. Une bile amère remonte dans ma gorge et je me mets à vomir. Mon estomac est vide si bien que je ne crache qu’un peu de salive mais lui et ma gorge me brûlent. Je reste accroupie longtemps, prise de convulsions. Des larmes amères coulent sur mon visage, se mêlant aux gouttes de la pluie devenue battante. Je lève les yeux vers le ciel déchainé et hurle : « Tu as vu Etoile de Menthe ? Tu as vu le monstre que tu as fait de moi ? En es-tu fière ? » Je m’écroule au sol, ne sachant plus à qui vouer ma colère. A lui de ne pas s’être défendu ? A elle de m’avoir pourrie jusqu’aux os ? A moi d’avoir été si faible ? Fallait-il vraiment en arriver là ? Avais-je besoin d’une telle catharsis pour me libérer ? Toute trace de haine a disparu en moi, remplacée par un profond sentiment de honte. Et je me sens vide. Mes pleurs redoublent ; retrouver la raison est douloureux. Naïade avait raison. Perle de Neige avait raison. Conteur Céleste avait raison. D’une voix brisée je crie « Pourquoi est-ce donc toujours moi qui ait tort ? » L’ampleur de cette vérité me cloue au sol. Je me rends compte à quel point ma douleur m’a détourné de qui j’étais, de qui je voulais être. Cherchant désespérément une allégorie de ma souffrance, je me suis lancé dans une guerre qui n’était pas la mienne. Ai-je gagné ? Je ne sais pas.  Aux apparences oui, sans doute. Mais peut-on vraiment gagner contre un adversaire qui refuse de se battre ? Je me souviens de cette phrase débile que me répétait mon mentor alors que je n’avais que six lunes. Je ne l’écoutais que d’une oreille distraite à l’époque. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Que doit penser le Clan des Etoiles de sa cheffe ? Que doit penser Perle de Neige de sa protégée ? Tu es forte Valse des Etoiles, tu es infiniment forte, disait-elle. Un rire amer me secoue douloureusement. Levant le visage vers le Ciel noir, j’offre mon visage à la pluie, priant silencieusement pour qu’elle me lave de mes si nombreuses erreurs.

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MessageSujet: Re: Rage.    Jeu 15 Sep - 16:10

RAGE
Couché contre le sol. Vaincu. Brisé. Abattu. Aux yeux de son bourreau aux prunelles absentes du moins. Des siens, une perspective toute autre. Abandonné. Lorsque son souffle se penche contre le sien, il devine sa mort imminente, se tend à la perspective d’une violence inutile, à celle de la souffrance aussi. Le temps entre deux corps affligés s’est figé. Le froid incandescent animant celui du perdant, perdant sur toute une ligne et pourtant moins souffrant encore que celle penchée à sa suite, ses larmes et sa haine. Étoile Sombre, de cette position privilégiée, peut presque en ressentir la pulsation inégale, le cœur battant dans un affolement critique, la terreur inspirée par ce monde chez la meneuse ennemie. Ainsi il conserve le silence, sachant les paroles futiles, sa destinée scellée depuis probablement de nombreuses lunes. Victime collatérale de circonstances échappant à son pouvoir, malgré ses efforts innombrables pour prouver à l’autre sa bonne foi, sa candeur, son amitié. Plus aucun mot ne saurait apaiser un cœur trempé des eaux sombres de la rancœur. Envenimé d’une doctrine perpétrée avant même sa montée au pouvoir trop rapide, celle lui ayant brûlé les ailes. Icare, elle chute encore, il est sa fin, son abysse, le dernier coup qui les tuera tous les deux. Son regard s’humidifie en sentant le souffle pourpre de la mort palper son visage. Il pense à tous ceux qu’il aimés, tout ce pour quoi il se laisse aller à la violence inutile d’une chatte aveuglée par la haine. Obstination de son côté, celle de l’innocence qu’il plaide de tous ses silences. Commettant l’ultime sacrifice.

Il ferme les yeux. Préservation. Refuse que la dernière image de sa vie terrestre ne soit qu’un rictus de confusion et de rage. Se plaît à calquer, sous le couvert de ses rêveries, le corps chaleureux de Masque de Rosée. Ses sourires. Ses caresses. Et à sa suite, leurs enfants, mesurant leurs habiletés de jeux éparses, sous l’œil attentif de Silence du Hérisson et de Matin Embrasé. Il entend le rire de ses cousins, leur mère en retrait comme toujours, et Griffe de Lierre qui anime la discussion en jetant de nombreux regards discrets à Féérie des Lucioles. Rêve de Tanuki et sa famille, près de lui réunis. Et finalement Rose Sauvage, sa fourrure blottie contre la sienne comme dès les premiers moments. Sa jumelle pour l’accompagner en pensée dans ce triste voyage qu’il devra entreprendre. Au loin, lui parviennent les cris décharnés de Valse des Étoiles dont il a déjà entrepris le deuil. Le temps file de nouveau. Le monde près de lui teinté d’angoisse. Puis ce cri, qui lui fait rouvrir les yeux. Juste à temps pour voir s’abattre le coup. Déchirant sa gorge. Brisant ses os. Le rocher sous lui. Rouge. Il s’étouffe. Il souffre. Il attend dans un bruit d’étouffement sinistre. Jusqu’à ce le souffle s’éteigne.

Elle tue. Patte Sombre. L’enfant, la candeur, la bonté, la paresse, l’animation, la curiosité. Nuage Sombre. L’apprenti prometteur, l’amour, les ambitions, la gloire. Sombre Nuit. La fidélité, l’engagement, les rires, le charisme, la légèreté, le guerrier, le mentor, le vétéran. Étoile Sombre. La sagesse, la droiture, les sacrifices, la traitrise, le père, le meneur, les déceptions, les cauchemars, la flamme, la bravoure, le sacrifice. Elle tue. Chaque part de lui-même qui vole en éclats et s’effrite en poussière. En ne laissant plus que le vide. Il est mort. Son corps contre le rocher disloqué, inutile, une enveloppe déjà refroidie d’où s’écoule encore son sang. Il paraît plus petit ainsi, et parfaitement banal. Loin du Chef aguerri ayant trôné face à elle quelques instants plus tôt. Et au-dessus de cette carcasse, sa meurtrière en proie de réalisations plus troublantes encore. Le temps, immobile de nouveau.

Puis d’entre le couvert houleux des nuages, une cassure. L’éclat d’un rayon désespéré, frôlant le corps sans vie du défunt. La forêt, la rivière, silencieux. Attentifs. Le cou disloqué du meneur reprenant forme, la plaie béante se refermant peu à peu. Le miracle du fervent. Et au-dessus du cadavre, une silhouette aimante se forme, l’étoile de ses nuits. Son pelage fauve strié de noir couvert d’argent alors qu’il se penche, immatériel, contre son fils. Venant poser contre son front un tendre baiser.

«Pas tout de suite.»

Il émerge. Dans un souffle brutal brisé de terreur, il se redresse sur quatre pattes qui cèdent sous son poids. Contre la pierre, il se tient allongé, chaque sensation décuplée. Le ciel pourtant ennuagé trop clair, le brouhaha de son environnement lui écorchant les oreilles. Et la douleur contre sa blessure, insoutenable. Il se tient là, incapable d’esquisser un geste, le regard rivé vers son assassin, le bleu-gris de ses prunelles teinté d’humidité. On n’entend plus que les gémissement rauques de sa respiration saccadée, et toujours son silence plus terrible encore que tous les autres. Vertigineuse, la perspective de sa mort, maintenant retournée, changée. Il pleure désormais, quelques larmes amères contre le roc, de tout ce qu’il a cru perdre, de tout ce qu’il a perdu encore. Sous la protection divine des Étoiles, Étoile Sombre a abandonné une part de lui-même, de son humanité. Touché par le baiser surnaturel de ses ancêtres, il appartient à une autre catégorie, de ceux devant vivre sans la possibilité de la fin. Quelle saveur peut porter une vie sans le jeu indistinct de la mort? Et maintenant?

«Tu sais maintenant. Ce qu’il fait de… de tuer tes ennemis. Quel goût fait-il, Valse des Étoiles? As-tu simplement entendu raison? Puis-je oser parler désormais sans l’obstination imbécile de ta haine?»

Il se redresse. Il se sent si âgé. Si faible. Pourtant en lui gronde l’injustice, qui émerge en lui sous forme de larmes discrètes.

«Devant toi se tient un ami. Il en a toujours été ainsi. Es-tu prête maintenant au dialogue qui aurait dû avoir lieu bien des lunes auparavant? Ou comptes-tu détruire chacune de mes vies jusqu’à ce qu’il ne reste de toi qu’une cassure amère?»

Malgré son calme subsiste dans sa voix quelques relents d’animosité. Loin de lui la perspective de relancer les hostilités. Ou même de blesser d’avantage celle portant déjà le poids de nombreuses erreurs. Néanmoins, il souffre à son tour. Encore abasourdi par la haine et la violence déployée par certains. Et par l’envie incurable enflant en lui de lui venir en aide. Il soupire avant de franchir un pas en sa direction, posant contre son épaule une queue compatissante, son visage tourné vers la rivière qui s’écrase contre les rochers à leurs pieds. Il est bien une chose qu’il ne parviendra jamais à tuer. L’espérance.

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MessageSujet: Re: Rage.    Lun 7 Nov - 6:56

Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi allongée sous la pluie maintenant battante. Le regard perdu dans les nuages menaçants, je n’ai même plus la force de frissonner quand un froid glacial s’empare de mon corps. Je suis contrainte, par une force qui me cloue au sol, à subir les assauts incessants des gouttes qui s’écrasent sur mon visage sans jamais faiblir. Je ne parviens même plus à savoir si des larmes s’échappent encore de mes yeux bien lourds. Je me sens vide tout à coup. Comme s’il n’y avait plus rien en moi, à part ce cœur qui bat trop fort, créant un vacarme assourdissant dans mon crâne. Comme si tout ce pour quoi j’ai toujours combattu n’avait plus de sens. N’en avait jamais eu. Pourquoi n’ai-je pas su m’arrêter ? Pourquoi ai-je laissé ma douleur me dominer, me posséder, pour faire de moi ce monstre que je suis à présent ? N’était-ce pas ce que je voulais ? Tout ce qui me paraissait évident il y a quelques instants à peine, me semble maintenant ridicule. Je me croyais forte à aller ainsi livrer bataille mais il est désormais clair que s’il y avait une faible dans l’histoire, c’était moi. Etoile de Menthe a eu la force de fuir avant de s’enflammer. Songe de Brume a eu la force de se reconstruire après s’être effondrée. Il y a Naïade qui a eu la force de pardonner. Et au milieu d’eux il y avait moi, moi qui au final, ne me suis toujours battue que contre moi-même, m’écroulant à chaque fois plus bas que la précédente. Moi m’isolant, me débattant contre des ombres en ne faisant pourtant que m’empêtrer un peu plus. Et au fond, je le savais, que cette haine n’était qu’une excuse, un responsable factice des barrières que j’avais moi-même construites. C’était facile au fond, de les détester. Tellement plus facile que de se dire que c’était la faute à pas de chance et que, si les malheurs s’acharnaient sur moi, et bien c’était parce que c’était comme ça. « Oh Valse l’Amour, je murmure, où t’en es-tu allée ? »

J’ai l’impression de voir clair tout d’un coup, comme si ce monde qui pendant si longtemps avait perdu tout son sens, s’est brutalement remis à l’endroit. J’ai l’impression de me voir du point de vu d’un spectateur de la scène. J’ai dû avoir l’air d’une furie, un être possédé par ses fantômes. Qui respecterait quelqu’un de ce genre ? Je dois bien l’avouer, si je m’étais vraiment vue, je ne serais pas suivie moi-même. La honte, la culpabilité sont écrasantes. Je me sens incomplète et soudain j’ai peur. Peur que ce gouffre, ce nouveau trou béant dans ma poitrine ne m’engloutisse. J’ai imaginé l’apogée de ma vengeance des centaines de fois, aussi morbide que cela puisse paraître. Mais jamais je n’ai envisagé l’après. Quel but, quels idéaux suivre maintenant que tout a volé en éclat ? Mon futur m’apparaît sombre et noir, sans aucune lueur pour me guider. J’aurais dû savoir qu’à force de trop m’approcher le brasier de ma haine, j’allais m’y brûler les ailes et devenir aveugle. Pourquoi donc fallait-il que les choses finissent ainsi ? Le regard toujours levé vers le ciel, je foudroie les étoiles du regard. Moi qui ai toujours tellement cru en elles, pourquoi m’avoir infligé cela ? Je me rends subitement compte que je ne cherche qu’un autre responsable, une nouvelle égérie à ma haine agonisante. Et je n’ai pas de mot pout exprimer la douleur qui me déchire le cœur à cet instant.

Soudain je l’entends. Rien qu’un souffle, une inspiration rapide d’un cœur qui repart. L’aspiration hâtive d’une goulée d’air dont on a désespérément besoin. Le son rauque d’un soupir. Il vit. Je l’entends se lever et venir à moi. Refusant de le regarder dans les yeux, de contempler l’étendue de mes erreurs incarnées par une seule et même personne, je continue de fixer le ciel sombre à la recherche d’un rayon de soleil qui ferait écho à celui venant de naître dans mon poitrail. Y aurait-il donc un espoir quelque part ? Si, faute d’effacer mes erreurs, je pouvais trouver un moyen de les dissimuler, pourrais-je regagner un peu d’estime pour moi et aux yeux des autres ? Pourrais-je rassembler les éclats dispersés de celle que j’étais autrefois ? Tout oublier, tout recommencer. Je secoue piteusement la tête, sachant pertinemment qu’il n’y a plus rien à reconstruire.

Je le sens, son regard accusateur sur ma peau. Il me brûle, m’enflamme et j’ai envie de crier grâce. J’ai assez donné aux flammes. Au lieu de quoi, je reste impassible, incapable de me débattre contre cette nouvelle nausée qui me submerge. Je ne me sens pas le courage de l’affronter. Mais lui ne me laissera pas fuir éternellement, je le sais. « Tu sais maintenant. Ce qu’il fait de… de tuer tes ennemis. Quel goût fait-il, Valse des Étoiles? As-tu simplement entendu raison? Puis-je oser parler désormais sans l’obstination imbécile de ta haine? » Quelque chose, je ne saurais nommer quoi, attire irrémédiablement mon regard dans le sien. Je peux y lire sa colère pourtant si différente de la mienne. Elle est bien plus douce, bien plus honnête et teintée de déception. Et pire que tout j’y lis de la compassion. « Devant toi se tient un ami. Il en a toujours été ainsi. Es-tu prête maintenant au dialogue qui aurait dû avoir lieu bien des lunes auparavant? Ou comptes-tu détruire chacune de mes vies jusqu’à ce qu’il ne reste de toi qu’une cassure amère? » Quelques bribes de fierté se réveillent et refusent soudain de s’agenouiller devant lui alors que sa queue effleure mon épaule. Ma bêtise est sans limite mais je n’ai plus la force me battre contre qui que ce soit, même pas contre moi-même. Lentement, péniblement je me relève et me dérobe, le poids de ses paroles pesant lourd sur mes épaules. Et, alors que mes prunelles retrouvent les siennes, scintillantes d’émotions sincères, une dernière chaîne se brise et un nouveau flot me submerge, cassant mes derniers remparts. « L’obstination imbécile de ma haine ? La mort de mes guerriers, de mes frères ;  la mort de Perle de Neige étaient-elles imbéciles Etoile Sombre ? La démence d’Etoile de Menthe l’était-elle aussi ? Je m’avance à grands pas vers lui, les larmes jaillissant à nouveau de mes yeux. Tu n’as aucune idée de l’enfer que j’ai enduré, alors ne me dis pas ce qui est imbécile ou pas ! »
Je me tiens à quelques centimètres de son visage à peine, mes mots brisés résonnant autour de nous, le reste du monde étouffé par la pluie. Pour la première fois je me rends compte des perles qui roulent silencieusement sur ses joues. Quel triste spectacle nous offrons, la pluie souillant nos pelages pour révéler nos corps écharnés, désarticulés. Nos visages ravagés par des larmes et une souffrance que nous n’aurions jamais dû connaître. Mes prunelles chargées de douleurs rivées dans les siennes, je murmure comme une supplique : « Tu te dis ami, mais où étiez-vous quand nous n’étions que des vagabonds ? Où étais-tu quand la nuit où elle s’est enfuie sous mes yeux, après m’avoir enchaînée à sa place ? Où étais-tu quand je me réveillais en hurlant, seule sur le promontoire parce que son odeur emplissait encore cette foutue tanière ? Ma voix se casse, un frisson d’horreur me parcourant lorsque je prononce les derniers mots. Où étais-tu quand j’ai dû porter le cadavre de celle à qui je tenais le plus pendant des heures pour l’enterrer dans une terre qui n’était pas la sienne ? ». Je le laisse apercevoir des moments de ma vie que je n’ai jamais partagés avec personne. J’abats des portes que je n’avais jamais ouvertes. Peut-être parce qu’au fond, nous sommes semblables, bien plus que je ne l’avouerai jamais. Je ne cherche plus rien, sinon soulager cette plaie qui saigne sans jamais s’arrêter. Au diable les derniers élans de dignité. « Tu sais, cela fait longtemps qu’il n’y a en moi plus rien à casser. » Je me détourne, les épaules basses. Quand je reprends ma voix est lasse. « Je pense que nous avons les deux été pris malgré nous dans un conflit dont nous étions étrangers. Je suis… je regrette que les choses aient dû aller aussi loin pour finalement s’arrêter. » Je pousse un profond soupir. Mon cœur est si lourd que j’en ai du mal à respirer. Mes yeux se perdent à nouveau dans les nuages pour qu’il ne voit pas comme je suis perdue, déboussolée. Sans réfléchir, je murmure d’une voix à peine audible : « Dis-moi, Etoile Sombre, comment fait-on pour vivre avec ses démons ? »

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MessageSujet: Re: Rage.    Ven 11 Nov - 16:36

RAGE
Les reproches ne servent plus qu’à évacuer la rancœur. Étoile Sombre se décompose de désespoir. Se demande à quoi rime cette lutte entre deux entités si semblables. Encore maintenant, il mesure sa peine. Comprend le traumatisme l’ayant jetée dans les ténèbres. Et malgré tout, une part de lui s’insurge de se savoir privé d’une part de lui-même, du don ultime d’une Étoile. Une seule. Il aurait pu en être bien pire, et la blessure qui zèbre son cou l’élance encore d’une douleur profonde qu’il devra voir apaisée par un guérisseur expérimenté. Combien de haine doit encore couler à leurs pattes avant que le conflit de ne s’amenuise? Le meneur se sent lassé, bouleversé par tant de rage, tant de rage futile. Il aimerait y mettre fin. Lui-même n’en est plus qu’à ses dernières ressources, pataugeant parmi son impuissance. Dans son sacrifice ultime, il n’aura pas su convaincre Valse de Étoiles de ses bonnes intentions, elle qui crache encore ses accusations à son visage. Et alors que le matou s’apprête à répondre avec la même rancœur blasée, il s’arrête pour la considérer sous la pluie. Le temps le dévisage. Une bribe de souvenirs et de visions du futur, fragments d’une vie dont ils sont les acteurs privilégiés. Et il ne voit rien de plus qu’une chatte, une simple chatte, qui porte tout un monde sur ses épaules trop frêles, une qui n’a pas su trouver sa force. Étoile Sombre soupire, s’éloigne de quelques pas hésitants vers la rivière qui gronde contre les rochers.

«Bien sûr que je sais. Car j’étais là, de l’autre côté de la berge, à voir un Clan décimé par les flots. Puis quelques silhouettes brisées partir à la recherche d’un asile. Je n’étais alors qu’un simple guerrier, Valse des Étoiles, ou peut-être l’as-tu oublié. Mais j’étais là. À passer des heures à scruter les flots gris ayant dévoré la terre. À chercher une issue à votre misère. Puis lorsque vous êtes venues, Naïade, Étoile de Menthe et toi, vous n’aviez aucune intention de rechercher de l’aide, vous veniez pour détruire et conquérir. Tu peux me reprocher de ne pas avoir su faire outre votre haine… mais sincèrement, Valse des Étoiles, n’aurais-tu pas agi de même si on accusait à tort ton peuple en promettant sa destruction?»

Étoile Sombre s’arrête pour contempler la rivière une fois de plus, hanté par la vision d’horreur du Clan de la Rivière brisé, en perdition.

«Si je pouvais effacer chaque mort, récupérer chaque cœur blessé, je le ferais, Valse des Étoiles, à commencer par le tien. Je regrette aussi ce conflit, et aussi tout ce que tu as dû endurer. De se haïr ne sert plus qu’à alimenter de vieilles blessures, et elles me lassent. Je ne te veux aucun mal, ni à toi ni à tes guerriers. Souviens-toi de Masque Illusoire et de Songe de Brume que j’ai aidé à traverser la rivière lorsque ton guerrier était blessé.»

Un sourire éclaire son visage en repensant aux deux chats bicolores ayant passé sur ses terres le temps de rejoindre la leur. Il se demande si la Rivière compte parmi eux une nouvelle portée de petits aussi rigoureux mais naïfs que ces deux-là. Il pose sa queue contre l’épaule de Valse des Étoiles, prudent, incertain quant à sa réaction devant ce geste qu’elle pourrait juger de trop intime.

«Si je le savais, Valse des Étoiles, il ferait bien longtemps que je serais plus léger. Seuls mes proches m’apportent le réconfort recherché. Ne te ferme pas au monde, Valse, il y a encore tant à aimer.»

Sous la pluie, il se tait, laissant contre son épaule sa queue. Il se sent soulagé, a l’impression d’avoir tout dit. De par ce geste, il projette de lui communiquer ce qu’il ne pourrait prononcer. De l’autre côté de cette rivière ayant causé la perte de tant de ses amis et ses proches, une lumière, une aide, une amitié possible. À elle simplement de la saisir.

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MessageSujet: Re: Rage.    Dim 13 Nov - 8:56

Que reste-t-il de moi à cet instant ? C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre. J’ai l’impression qu’un des monstres des bipèdes m’a roulé dessus, des centaines de fois. J’ai mal, tellement mal. Je suis sûre que si je baisse les yeux, je pourrais voir les milliers éclats de mon cœur dispersés à mes pattes. Les perçoit-il aussi ? Je ne sais pas s’il se rend compte à quel point je suis ravagée à l’intérieur, à quel point je suis détruite et creuse. Il n’y a rien, plus rien qu’un énorme trou dans ma poitrine. Je sens l’acide qui me rongeait les veines se déverser au sol, emportant les dernières braises de rage avec lui, laissant après son passage un vide dévastateur. Je n’ai plus d’autre choix que de me confronter à la réalité. Je n’ai rien pour me cacher à présent, rien derrière quoi me dissimuler. Je suis certaine d’avoir eu des centaines de raisons indéniables d’en vouloir à Etoile Sombre, à son Clan, à ses ancêtres. Mais en cet instant j’ai beau chercher, je n’en trouve aucune.

J’aurais beau y réfléchir toute ma vie, je ne pourrais jamais comprendre comment il arrive à me témoigner de la compassion après tout ce que je lui ai fait. Ses mots, débordant de soutien et de bonne foi ne font rien d’autre que de me transpercer le cœur à nouveau. Ils s’amusent à me rappeler à quel point je suis faible alors que lui est d’une force immense. Il est le roc, se dressant fièrement contre les obstacles les plus insurmontables alors que je ne suis que la feuille bringuebalée par le moindre souffle de vent. J’aurais préféré qu’il me déteste, qu’il me rende la monnaie de ma pièce et m’arrache une vie à mon tour. Au lieu de ça il est doux, rassurant, comme s’il cherchait à essuyer mes larmes intarissables. Je sais que toute ma vie j’aurais cette dette envers lui, que je ne pourrais jamais rembourser. Car je viens de le tuer. Le tuer bon sang ! A cette pensée, mon corps est saisi de nouveaux tremblements furieux. Comment pourrai-je vivre avec ça, avec ce sang innocent sur mes pattes ? Comment regarder mon reflet en face après le meurtre que j’ai réalisé ? Mon cœur sera-t-il toujours aussi lourd ?

Je n’ai plus aucune excuse pour douter de sa bonne foi à présent. Elle suinte de chacune de ses paroles, de la moindre de ses promesses. Aussi douloureuses soient-elles, je n’ai pas la folie de les rejeter car je sais qu’elles sont vraies, issues du plus profond de ses entrailles. Alors quand il pose à nouveau sa queue contre mon épaule, je ne m’écarte pas. Je voudrais crier, hurler à m’en déchirer les poumons. Trouver d’autres mots à lui cracher au visage non pas parce que je le déteste mais parce que ça apaise la brûlure de mon ventre. Courir. M’enfuir. Disparaître. Mais je ne peux plus me dérober, je l’ai fait bien trop de fois. La douleur a surmonté la haine et il ne reste en moi qu’une infinie tristesse de tout ce que j’ai perdu, des regrets si grand que je pourrais m’y noyer.
Et ses derniers mots m’achèvent. C’est le coup de grâce, l’apothéose de sa bonté qui finit par définitivement triompher de ma rancœur. Incapable d’en faire autrement, je pose prudemment mes prunelles dans les siennes. Le regard que je lui offre et d’une intensité dévastatrice, débordant de douleur et de chagrin, saturé par mes pleurs. Le genre à s’insinuer dans chaque recoin du corps en arrachant tout sur son passage, à soulever les cœurs et remuer les estomacs. Il contient l’immensité de ce désespoir que je contiens en moi depuis maintenant tellement longtemps et contre lequel j’ai tant lutté. Contre lequel toutes mes forces ont été vaines. Je me sens si petite en cet instant, si brisée et si petite. Devant lui il n’a plus Valse des Etoiles, ni même Valse de l’Amour. Devant lui il a une apprentie, faible et perdue, dévastée par cette solitude qu’elle n’a jamais réussi à combler.
« Je ne sais pas quoi faire, Etoile Sombre, je n’ai jamais su… Je ne peux que hoqueter piteusement. J’ai essayé, je te le jure, j’ai essayé tellement de fois. Mais j’avais peur, si peur de la décevoir, de la trahir. Je pleure tant que je suis obligée de me taire quelques instants pour ne pas m’étouffer. Pathétique. Je n’en ai jamais voulu de ce nom, de ces vies. Je n’ai jamais rien fait pour qu’on me réserve un tel destin. Je ne suis pas forte, je n’ai pas les épaules pour tout ça. Je ne les ai jamais eus. » Ma voix se casse, me laissant secoué par mes propres paroles. Elles sont le parfait résumé de ce que je traîne comme un boulet depuis des lunes entières. La peur de l’échec, l’incompréhension, l’impuissance. Ils sont présent derrière chacun de mes mots, chacun de mes soupirs. « J’ai tellement attendu qu’elle me revienne, si tu savais. » Cet aveu me brûle la gorge, mais étrangement me libère. Alors je fais un pas. Un pas en avant. Sans réfléchir, je brave cette distance, si faible mais pourtant si parlante, qui nous sépare. Je la brise, comme j’ai moi-même été brisée. Et comme un chaton perdu, j’enfouis mon visage dévasté dans la fourrure noire de son poitrail. Elle est étonnamment douce et soyeuse. Son odeur que j’ai tant haï m’emplit les narines et, étonnamment, me rassure. Contre mon oreille, j’entends son cœur battre et j’en suis infiniment soulagée. « J’ai peur d’aimer à nouveau Etoile Sombre, tellement peur… »

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MessageSujet: Re: Rage.    Mar 22 Nov - 22:05

RAGE
Il peut presque goûter à l’amertume accompagnant le deuil et la déception. Prisonnière d’une tristesse aujourd’hui mutée en rage, ne laissant à sa suite qu’une coquille vide remuée par tous les vents. Étoile Sombre ne sera jamais à la hauteur afin de lui venir en aide. Il ne peut que tendre la patte au-delà de l’abysse qui la consume en espérant pouvoir la rattraper. Il se fait rempart à la progression des ténèbres, tremblant encore sous les assauts des émotions terribles qui ne la ménageront pas. Victime collatérale de ce qui n’est plus, au final, que l’expression d’une souffrance dont il ne devine encore que les balbutiements. Ce que Valse des Étoiles ressent va au-delà même de ce que son esprit vif et obstiné d’optimisme ne pourrait concevoir. La grande dépression, la chute. La meneuse de la Rivière vient de se briser contre les rochers, tout en bas du gouffre. Le matou, aussi bien intentionné soit-il, ne peut plus la rattraper. Le mal fait, il ne subsiste que l’option de remonter. Dans l’obscurité, il est parfois si difficile d’entrevoir la lumière. Le mâle au pelage de nuit doute encore de sa capacité à lui permettre ce passage. Elle n’est encore qu’une inconnue pour qui il ne représentait qu’un vulgaire objet à sa haine. Pourtant, sans reculer, il s’acharne dans sa bonté, celle-là même qui représente sa plus grande faiblesse. Valse des Étoiles pourrait se jouer de sa gentillesse, lui susurrer à l’oreille quelque mensonge qu’il souhaiterait entendre, le manipuler à ses fins.

Mais elle a besoin de lui. Le regard qu’elle lui jette le remue jusqu’à la plus intime fibre de son être. Il se sent projeté à son tour parmi les rochers, incapable de soutenir l’intensité souffrante de ce regard. Pourtant il s’y oblige. Ô comme il aurait préféré se noyer dans l’écume brutale de la rivière. Il croit chaque mot qu’elle prononce, les ressent jusqu’aux profondeurs de lui-même. Étoile Sombre ne la contredira pas, ne minimisera jamais sa douleur. Il se souvient de ses visions d’horreur, orchestrées par les étoiles noires… se demande si Valse des Étoiles peut en être victime. Comment torturer celle qui aura déjà touché le fond? Puis elle se brise telle une épave contre son épaule avec une vulnérabilité qui le fait frémir tout entier. Il n’ose plus même esquisser un geste dans la crainte de la casser plus qu’elle ne l’est déjà. Sa peine le bouleverse. Il peine à déglutir en sentant ses larmes mouiller son pelage gorgé déjà de pluie et de sang. Sa queue touffue se referme contre ses épaules. Elle lui semble si frêle. Il tremble contre elle, de froid ou de désespoir, il ne saurait dire. Sa détresse le consume, lui aussi, prend écho parmi ses propres misères.

«Quand les Étoiles m’ont désigné, j’ai longtemps affronté mon destin. J’ai cru… qu’il ne s’agissait là que d’une erreur. Que je ne pourrais jamais servir mon Clan tel que l’on attendait de moi. Ce poste, je ne l’ai jamais désiré, tout comme toi. Et parfois, je parviens à croire qu’il s’agit d’une malédiction. De ma malédiction.»

Celle qui le retient parmi son Clan, qui l’empêche de voler à ses côtés, aux côtés de sa famille qui s’épanouit sans la présence d’un père pourtant dédié.

«Ce fardeau, j’en comprends la lourdeur. J’ai récupéré mon Clan après la disparition de Fragments Étoilés et de Prêle des Champs, rien ne m’y prédestinait et pourtant je… Je crois que cette décision m’a sauvée. Que lors des moments difficiles, la responsabilité de mon Clan me permet de conserver ce qu’il me reste de ma santé, de mon bonheur. Ce que… ce que je tente de dire, Valse des Étoiles, c’est que tu ne peux plus attendre, tu ne peux plus vivre dans le passé. Tu dois aimer… pourquoi ne pas débuter par toi-même? Par ton Clan? Je ne te dirai pas que d’autres attendent après toi, qu’ils ont besoin de toi. Au-delà de ce rôle, tu n’es qu’une guerrière, comme moi, qu’on aura placé sur un promontoire sans guide ou indication. Une guerrière qui a souffert et souffre encore. Ils devront patienter. Pense à toi d’abord et… n’aie pas peur d’aimer, Valse des Étoiles. Aussi souffrant soit l’amour…»

Les mots se perdent en lui. Étoile Sombre tente de s’imaginer une vie où il n’aurait jamais posé le regard sur elle, s’il ne s’était pas abandonné au jeu sous le saule, s’il ne l’avait jamais retrouvé près des grandes pierres. Son regard s’égare, lointaines pierres scintillantes tournées vers les êtres chers.

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MessageSujet: Re: Rage.    Ven 25 Nov - 13:15

Sa queue se referme naturellement autour de mes épaules, verrouillant notre étreinte. Je n’ai même plus la force d’être étonnée qu’il ne me rejette pas, comme il devrait le faire. Je me blottis un peu plus contre lui lorsqu’il se met à trembler. Le monde autour de nous disparaît, avalé par la pluie qui semble ne jamais vouloir s’arrêter. L’espace de quelques secondes, il n’existe plus que nous deux, serrés l’un contre l’autre pour maintenir ensembles les éclats de nos corps brisés. Pour la première fois depuis de nombreuses saisons, la Rivière et le Tonnerre battent à l’unisson. C’est un son grave, sourd et apaisant. Il me berce, endormant l’horreur qui commençait à prendre une trop grande place en moi, menaçant de virer à la folie. Faible comme je suis, je n’ai pas le courage encore de m’éloigner pour retrouver la réalité glaciale qui me guette. Faible comme je suis, je préfère laisser ce brouillard de fatigue et de tristesse m’envelopper, ça reste encore bien plus facile supporter.

Ainsi collée à lui, ma fragilité est plus évidente que jamais. Il suffirait d’un faux mouvement pour que je me répande en poussière sur le sol, au pied de ses pattes puissantes. Il en a parfaitement conscience, je le sens dans la prudence de ses gestes puis de ses paroles. Peut-être a-t-il finalement compris à quel point je suis abimée. Irrécupérable. Pour la première fois ses mots me soulagent. Au-delà même, ils me rassurent. Est-ce notre lot à nous les chefs, la douleur, la peur, l’isolement, la solitude. Sommes-nous tous, nous qui nous proclamons tous si différents, si profondément identiques ? Je lève mes yeux d’enfants embués sur lui. Comment se peut-il que lui, si fort, lui immuable, lui inébranlable ressent exactement la même chose que moi ? Comment se peut-il qu’après cela, il continue d’aimer, de voir les choses sous un si bel angle ? Un angle que je n’ai jamais entraperçu. Quand il parle à nouveau, des émotions puissantes me prennent à la gorge. Suis-je vraiment une guerrière comme il semble le croire ? Lui-même croit bien plus en moi que je n’ai jamais réussir à le faire. L’amour est douloureux dit-il. A l’instant où il prononce ces mots, une vague de souffrance immense me fait osciller sur mes pattes. Mon visage retrouve la fourrure de son épaule une seconde trop tard. Je sais qu’il a eu le temps d’y voir la lueur de douleur folle qui l’a envahi. Quand les sanglots m’échappent, ils sont trop violents pour que je puisse les contenir. Bruyants, ils m’arrachent des larmes amères et brûlantes. Oh oui dans ma vie j’ai aimé. Avec tout mon cœur, avec toute mon âme. D’un amour brûlant, inconditionnel. J’ai tant souffert d’avoir tant aimé. J’ai déjà pleuré pourtant, à n’en plus avoir de larmes. J’ai crié pourtant à n’en plus avoie de voix. J’ai eu mal pourtant, à n’en plus avoir de cœur. Alors pourquoi, Ô Clan des Etoiles, est-ce que je pleure encore, je crie encore, j’ai mal encore ? Pourquoi y a-t-il encore cette douleur cuisante qui me coupe le souffle, me propulse contre les roches où je m’écrase à nouveau ? Pourquoi je souffre encore si je n’ai plus rien à briser ?

Nous restons tous les deux immobiles un long moment, de peur de voir l’autre s’écrouler en s’écartant. Cette position m’est étrange, inconnue, mais étonnamment agréable. Peu à peu, mes pleurs se tarissent, les tressautements de mes épaules se calment. Mes gémissements finissent par être étouffé par son pelage sombre. Nous sommes trempés jusqu’aux os, et le froid qui me mord violemment me fait tout coup frissonner. Transie, toute chaleur ayant quitté mon corps, j’essaye de retrouver le moyen d’ordonner à mes pattes de s’éloigner, quand bien même je n’en ai pas envie. Levant mon visage détrempé vers le sien, je murmure, la voix rauque et brisée : « Comment m’aimer après ce que j’ai fait ? Mon cœur est encore violemment douloureux pèse dans ma poitrine, envoyant une slave de souffrance, crispant mes traits. Comment m’aimer alors qu’il n’y a rien, plus rien à aimer ? Je suis vide Etoile Sombre, aussi vide et détruite qu’il est possible de l’être. Et je suis tombée si bas, je ne sais pas si je mérite de retrouver la lumière. Je fixe à présent le lointain, mon épaule appuyée contre la sienne. Le passé c’est tout ce qu’il me restait, mais voilà qu’il semble lui aussi vide de sens. Peut-être devrais-je fuir moi aussi, quitter cet endroit qui ne me rappelle plus que mes démons. » Je voudrais fuir mais je ne peux pas. Il y a ces chats qui comptent sur moi, attendant toujours que je prenne la relève. Et cette promesse, murmurée au creux des pierres dans l’oreille de la jolie guérisseuse. Plus que tout, voilà ce qui m’enchaîne. « Le futur est noir, le futur est inconnu. Et cela me terrifie. » C’est justement cette peur qui m’a attiré ici après tout. Cela me semble tellement loin déjà. Mes yeux retrouvent les siens et le faux rempart de tranquillité au que je venais de construire, s’écroule bruyamment. Mon regard devient à nouveau celui d’un chaton accablé, perdu. Un minuscule être débordant de doute, cherchant un moyen de réparer son minuscule corps déchiqueté. Je pose alors une question. Une question qui me ronge comme de l’acide. Une question qui hante chacune de mes nuits, chacun de mes cauchemars. Une question dont je suis enfin prête à entendre la réponse. « Elle ne reviendra pas, hein ? » Au moment même où je le dis, cela me frappe comme une évidence, volant à nouveau mon souffle. La voix de Naïade résonne encore dans ma tête. Je sais à présent qu’elle avait raison. Un courant électrique me traverse de part en part. Etoile de Menthe a fui. Elle en a fait le choix et c’est un fait, elle ne reviendra pas. Jamais. Quel choix ai-je à présent, si ce n’est que de la laisser partir ? Elle m’a glissé entre les pattes et poursuit désormais un chemin, une vie à laquelle je n’appartiens pas. Mais au centre des roseaux, il y a quelqu’un qui m’attend. Quelqu’un à aimer. C’est avec étonnement que, malgré les larmes qui cascadent sur mes joues, je sens un sourire éclairer mon visage.

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MessageSujet: Re: Rage.    Sam 3 Déc - 1:25

RAGE
Le futur est noir. Le futur est inconnu. Terrifiant. Étoile Sombre ne possède pas l’audace nécessaire pour la contredire. Au contraire, une once de curiosité se dessine dans son regard grisâtre tandis qu’il réfléchit à ses mots. L’avenir lui semble si flou, une variable inconnue pour laquelle il n’est jamais parvenu à résoudre l’équation. Par conformisme ou paresse, il ne s’est jamais véritablement intéressé à ce qui se produirait ensuite, s’ancre plutôt parmi le présent plutôt de vivre parmi l’un ou l’autre de pôles sur lesquels il ne possède aucune forme de contrôle quel qu’il soit. De se terrer dans ses misères ou de craindre ce qui pourrait se produire crée un non-sens chez le matou pragmatique, il se surprend à sourire sans toutefois s’amuser devant la terreur que ce futur cause chez elle. Il aimerait tant lui dire qu’il ne sert à rien de s’inquiéter, qu’après avoir touché le fond, ne subsiste qu’une seule direction. Vers le haut. Malgré tout ce qu’elle a pu vivre, le guerrier au pelage nocturne ne craint pas pour sa vie, pour son âme, pour ses ambitions. Après avoir rebâti son Clan, Valse des Étoiles s’offrira enfin son dû, reconnaîtra ses talents de bâtisseuse et toute cette force qui l’auront portée jusqu’à ce jour. Si elle se tient là, vidée de sens, c’est parce que son combat a été long, l’aura laissée épuisée d’une interminable guerre contre des circonstances amères et brutales. Étoile Sombre ignore ce qui se dessine pour la meneuse tricolore, mais il croit fermement, de toute sa brutale naïveté, que les ténèbres se dissiperont. Mais elle ne sera plus jamais la même.

C’est justement ce changement qui l’effraie, qui la pousse à une immobilité embourbante qui au final aura causé cet excès de violence et de confusion. Étoile Sombre secoue la tête, se peine désormais à la voir s’obstiner dans sa misère. Il aimerait tant la secouer, l’endoctriner de son étonnant optimisme, mais il sait que Valse des Étoiles doit comprendre par elle-même. Un pas à la fois, sa rédemption débute aujourd’hui où leur destin s’en est trouvé scellé, et pour elle la chance de réviser sa vie sans trop de conséquences. Il la laisse d’exprimer même si tout en lui le pousse à agir. La lassitude, la douleur aussi peut-être, l’engourdissent et permettent pour lui de conserver sa patience, ou du moins ce qu’il en reste. Lorsqu’elle termine son discours sur une question à laquelle il s’attendait, il répond d’une voix aussi douce d’une brise estivale.

«Non. Elle ne reviendra pas.»

De ça, il peut en être certain. Car si Étoile de Menthe retourne sur ses pas, sa consoeur la retrouvera différente. Changée. Le meneur du Tonnerre aimerait lui dire qu’elle ne nécessite personne pour faire son bonheur, encore moins une meneuse déchue en laquelle a placé trop de vains espoirs. Néanmoins il connaît sa place.

«Tu peux partir, Valse des Étoiles, retracer ses pas. Mais nous savons tous les deux que les démons ne se raccrochent pas à la terre, qu’ils ne s’enracinent pas auprès des arbres, qu’ils ne peuplent pas les rivières. Les démons habitent les cœurs, et peu importe où tes pattes te mèneront, ils suivront. Tu t’es condamnée à croire autant au passé, à oublier le présent, il n’y a que le présent, Valse des Étoiles. Passé et futur n’existent que dans nos imaginations, que pour nous tourmenter. Pourquoi ne pas simplement vivre chaque instant à la fois? Une respiration, un repas, une nuit à la fois, une lune, un printemps. Ce sera plus facile à chaque fois, mais pour guérir tu ne peux vivre ailleurs que là où tu as un plein contrôle.»

Cette fois il la regarde dans les yeux, telle une égale. Il veut lui faire comprendre toute l’ampleur qu’elle peut encore avoir sur sa destinée.

«Te pardonner prendra un moment, pour ma part je ne t’en veux pas. Tu t’es perdue, tu as touché le fond de la crevasse, tu t’es confondue parmi les ténèbres et à présent il n’existe plus qu’une issue. Il faut remonter. Tu n’as pas à savoir comment, ou même à te poser la question. Si tu le souhaites, le temps et la bonne volonté viendront à ton service.»

Ainsi Étoile Sombre sourit, parmi tout son bon vouloir et sa bonté, à croire et toujours en la beauté de ce monde, malgré les épreuves, touché par le baiser de la naïveté et du rêve. Mais lorsque Valse des Étoiles se questionne au sujet de sa force, elle serait loin de soupçonner que cette faiblesse l’alourdissant lui permet encore de tenir.

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MessageSujet: Re: Rage.    Mer 14 Déc - 0:26

Sa réponse est douce, prudente, presque tendre. Et au lieu de me déchirer, elle me rassure. Elle me conforte dans ce choix que je viens de faire, le seul qui était en mon pouvoir finalement. Ce choix qui a tous leur semblait évident, même inévitable, mais que mes yeux aveugles refusaient de voir. Dire adieu ; faire son deuil. Je sais aujourd’hui que le mien a duré trop, bien trop longtemps. La seule chose que je puisse faire pour elle, elle que j’aime tant, c’est la rendre fière, prendre soin de ce qu’elle m’a légué par confiance et non par désespoir. Je le comprends enfin. Les révélations arrivent en rafales, peut être apportées par les gouttes de pluies qui ne se lassent pas de tomber sur nous. Je les laisse me laver des peines et des douleurs d’hier, me préparer pour demain. Aujourd’hui sera mon dernier jour d’errance, la fin de ma chute. Certes l’impact a été brutal et douloureux. Evidemment c’est effrayant, cet espace vide dans ma poitrine. Mais il ne tient qu’à moi de le combler comme je l’entends. Et il serait vain de nier que c’est cette explosion, cet incendie qu’il me fallait. Tout détruire par le feu, puis le laisser mourir de lui-même. La seule issue possible qui a entraîné avec elle, dans cette si longue descente, le meneur au pelage de nuit qui se tient pourtant à mes côtés. Droit, inflexible, fidèle à lui-même. Sa bonté est limpide, aveuglante. Comment ai-je fait pour ne pas la voir, moi si longtemps baignée dans l’ombre ? Je la sens se glisser par mes fissures, les colmater. Ramasser les éclats de moi-même, les recoller. J’inspire profondément. Je n’avais pas remarqué que je retenais mon souffle. L’air glacial emplit mes poumons et j’ai l’impression de ne pas l’avoir aussi bien senti depuis des lunes. La détermination prend de plus en plus de place en moi. Je me souviens de Perle de Neige disant qu’elle était ma plus grande force. Peut-être qu’elle avait raison, après tout. Ne l’a-t-elle pas toujours eu ?

Le miracle finit par se produire, mes larmes cessent. Et même lorsqu’il se met à parler à nouveau, je parviens à les contenir. C’est un premier pas à faire, cesser d’être misérable. D’autant plus que je sais qu’il a raison. Où que je sois, où que j’aille, ils me suivront. J’aurais beau courir aussi vite que je le peux, ils seront toujours accrochés à mes talons. Alors autant rester ici où, eux comme moi, sommes à la maison. Autant les enterrer dans la terre à laquelle ils appartiennent. Son pardon est bien plus que ce que je pouvais espérer et même si je ne le mérite pas, je suis prête à le prendre, car il m’apporte la paix. Une quiétude brumeuse se répand en moi, illuminant faiblement mes yeux. Et je m’autorise à lui sourire en remerciement, réchauffée par la chaleur qui s’échappe de tout son être. On ne peut détester un tel chat, même moi je n’y suis pas parvenue. Quelques étincelles de vie éclairent mon visage. Je me sens légère à cet instant. Apaisée. Tes ennemis deviendront tes amis m’avait soufflé la femelle blanche et j’avais refusé de la croire. Ai-je toujours été aussi bête ?

Dans un geste timide, hésitant, mon museau remonte le long de sa gorge jusqu’à rencontrer la blessure que je lui ai infligé. Mon cœur se comprime douloureusement, faisant vaciller la faible flamme de ma paix intérieure. Mais je reste inflexible. Voilà des lunes que je ne fais que ça, me reconstruire et m’écrouler dans un cycle sans fin. C’est fini, je ne tomberai plus. Pas avec la patte qu’il me tend pour me tirer vers le haut. Enfin j’ai retrouvé la direction de la surface, trouvé la force de braver les courants de cet océan dans lequel je m’étais perdue. L’odeur du sang me brûle les narines. Il tâche sa toison noire en amas poisseux et j’imagine sans peine comme il doit souffrir en cet instant. Avec une précaution infinie, je commence à le nettoyer de cette souillure, qu’il ne devrait pas porter. Ma langue effleure sa peau à coups réguliers suivant ceux de son cœur, comme si cela allait chasser mes erreurs. Le gout métallique envahit ma gueule mais je ne bronche pas. Je préfère encore avoir son sang dans la bouche que de le voir tâcher ses pattes.

« Je suis désolée Etoile Sombre, tellement désolée… » Ma voix au rythme précipité, déborde de sincérité ; s’il pouvait voir mes yeux, il y lirait les mêmes sentiments. Je reste immobile et silencieuse quelques secondes, comme pour tester ma force avant de reculer et quitter son étreinte ainsi que la protection qu’elle m’apportait. C’est étrange comme je me sens nue tout à coup. Fixant obstinément mes pattes, je murmure. « Je reconnais avoir eu tort, depuis le début. Jamais je n’aurais dû nourrir une telle haine envers toi ou ton Clan. Je sais à présent que vous n’avez jamais voulu agir à mal. » Il ne m’a jamais été aisé de reconnaître mes erreurs, encore moins une de cette ampleur et si profondément ancrée en moi. Mais peu importe si ces mots me brûlent la gorge, je les lui dois. Il faut que j’extraie les derniers relents de tromperie de mon corps. Rassemblant mes maigres pépites de courage, je plante mon regard dans le sien. Mes prunelles sont maintenant en ébullition, leur éclat d’émeraude embrasé d’une puissance nouvelle. « Le Clan de la Rivière présente ses excuses au Clan du Tonnerre. Moi, Valse des Etoiles, je vous pardonne Etoile Sombre, pour peu qu’il y ait quelque chose à pardonner. Après tout, parfois un orage n’est qu’un orage, une maladie qu’une maladie. La prochaine fois que nous nous rencontrerons, nous nous tiendrons à vos côtés en tant qu’amis et alliés, non plus en tant qu’ennemis. Je parcours du regard la plaine rocailleuse autour de nous. Cet endroit sera à jamais témoin de ma danse funèbre et de mes promesses de rédemption. Je trouve cela rassurant, comme si les ancrer dans la pierre pouvait m’empêcher de répéter mes erreurs. Il est plus que temps de chasser la haine de nos cœurs à tous dans cette forêt. Ce n’est pas elle qui nous rendra heureux. » Je me rappelle l’air triste, malheureux qu’il arborait en me rejoignant. A notre façon, nous sommes faibles tous les deux. Alors faisons de cette faiblesse notre force. « Soyons heureux Etoile Sombre, d’accord ? » Et voilà que, malgré la pluie qui nous heurte perpétuellement, je brûle d’un feu nouveau. Je brûle d’espoir.

| Je ne sais pas si tu veux continuer après ta réponse mais je pense qu’on a fait le tour de la question. Merci, merci infiniment pour ce si beau rp, il restera toujours un de mes préférés .Tu es une partenaire magnifique, tu me pousses vraiment à me dépasser. Plein d’amour. :huhu: |

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MessageSujet: Re: Rage.    Dim 18 Déc - 21:48

RAGE
Les larmes, d’elles-mêmes, se tarissent. L’espoir orchestré par le discours de son semblable enfin l’atteint et l’apaise. Valse des Étoiles ne guérira pas de ses quelques conseils sans contenance ou direction. Il ne peut que lui transmettre les quelques lignes directrices ayant mené son existence jusqu’à présent et lui ayant permis d’avancer malgré les épreuves de plus en plus amères qui peuplent sa vie. À quel moment sa situation a-t-elle dérapée? Étoile Sombre ne se souvient plus. Il lui semble considérer le fil de son existence tel un filin entrecoupé d’un seul événement venu changer tout. L’Apocalypse. De cet instant, tout son être s’en est trouvé profondément transformé, aujourd’hui méconnaissable. En bien, ou en mal, il ne saurait dire. À l’instar de sa vis-à-vis, le guerrier au pelage sombre a vécu sa propre évolution. Pour sa part, la meneuse de la Rivière se retrouve sur les berges de ce lac, les pattes enfin humides. La traversée sera longue, ardue, et pourrait signifier pour elle la noyade. Mais le mâle ne craint pas pour sa consœur, convaincu qu’après toutes les horreurs qu’elle a pu vivre, rien au monde ne saurait l’arrêter. Étoile Sombre se permet de sourire, ravivé quelque peu par l’éclat nouveau qu’il devine auprès des prunelles de Valse des Étoiles. Comme si de rallumer sa flamme lui permettait à lui aussi de se réchauffer. Il reste silencieux tandis qu’elle s’excuse encore.

Alors que la chatte tricolore reconnaît ses torts, il frissonne de tout son être. Tout un poids comme détaché de sa carcasse, le laissant fatigué et fragile. Ses mots, il les a tant espérés qu’il parvient encore à peine à y croire malgré l’intensité de leurs précédents échanges ayant mené à cette conclusion précise. L’émotion enfle sa gorge alors que son regard se porte vers l’est, vers les terres du Vent où il a longtemps craint l’invasion. Toutes ces nuits vaines dans l’attente de ce qui ne se produirait jamais. Heureusement. Pourtant Étoile Sombre n’a plus le cœur à célébrer. Le vertige le saisit alors qu’il compte le nombre de lunes depuis ce fameux instant où on leur aura promis la guerre. C’est terminé maintenant. Chefs et Clans repartent vers de nouveaux horizons, mais le combat se livrera ailleurs. Il se gorge d’espoir en l’entendant prononcer le mot «alliés». Leurs deux tribus, unies sous la même bannière. Soudain, il se sent moins seul, moins démuni contre les spectres qui peuplent la forêt. De l’autre côté de la rivière, il pourra compter sur un Clan désormais ami. Étoile Sombre se contente d’hocher la tête, incapable de parler. Chacun de ses mots brûle encore en lui, sous son crâne. Il est fatigué.

Soyons heureux. Ces mots le font se redresser alors qu’il la considère parmi ses silences. Un faible sourire éclaire ses lèvres alors qu’il pense une fois de plus à sa famille interdite, à des lieux séparée de lui. Le bonheur lui semble si inaccessible, pourtant de voir Valse des Étoiles se relever aujourd’hui l’inspire à faire de même. Avec intensité, il plante son regard dans le sien et murmure :

«Soyons heureux.»

La pluie et le ciel grondent longtemps après leur passage. Mais le ciel s’éclaircit sur cette promesse.

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