Welcome to the New Age


 
AccueilAccueil  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Glass House. || ft. Plumy

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Rivière d'Ombres
Connaisseur-se.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 1127
Age : 16
Date d'inscription : 18/09/2014


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Glass House. || ft. Plumy   Mar 1 Déc - 19:52







Glass House
Thunder x Plumy





« We deceive the world with lies we hide behind the smiles. »

Châtiment du Tonnerre lécha consciencieusement chaque poil de sa patte avant en essayant de faire abstraction du fumet alléchant de la proie qu'il venait de chasser. Déposée à ses pieds, la carcasse de l'écureuil avait empli tout centimètre carré de ses extrémités puisqu'il l'avait longuement traquée avant de pouvoir l'attacher. La mauvaise saison serait très bientôt présente, et avec elle son lot de problèmes : famine, maladie, faiblesse. Il craignait que certains anciens du Clan, et même de toute la forêt, ne survivent pas, de même pour certaines reines ou chatons. Ainsi, avant que la neige ne recouvre complètement de sa cape immaculée les bois, tous les guerriers et apprentis étaient invités à multiplier les parties de chasse, pour constituer une pile de gibier consistante qui permettrait aux plus alanguis de survivre.

Malheureusement, tout ce qu'il avait réussi à trouver en deux heures de traque se limitait à cet écureuil. Un moineau lui était passé sous le nez et il avait pesté durant plusieurs dizaines de minutes après l'incident, s'en voulant horriblement. Il ne pouvait pas se permettre de telles maladresses. Et encore une fois, comme toujours, c'était à cause de sa patte.

Il se releva et prit la direction du camp. Le soleil disparaissait déjà derrière les pins dénudés, squelettiques. Ce dévêtement provisoire donnait un air effrayant à la forêt, comme si celle-ci eût été morte durant cette période que chaque félin l'ayant déjà connue redoutait. Soupirant, il enjamba une branche morte, étendue au milieu du chemin tapissé de feuilles mortes. De retour au camp, il devrait agir comme d'habitude. Tromper le monde avec des mensonges qu'il cacherait derrière des sourires. Bavarder, aider les autres, montrer sa facette altruiste qui, elle, n'avait jamais eu de doutes, jamais eu de peurs. Pourtant, il n'en manquait pas, de doutes et de problèmes, cependant ce dont il manquait, c'était d'une personne de confiance, à qui raconter tout cela. Il aurait pu le faire à ses camarades de Clan, mais il n'avait pas de réel "meilleur ami", de "confident", qui l'aurait compris et surtout, ne l'aurait pas jugé. À quel niveau d'hypocrisie était arrivé le monde pour que l'on ait peur de se confier ?

Un fumet délicat et familier lui parvint non loin de sa position : c'était un membre du Clan du Tonnerre, une femelle. Châtiment du Tonnerre, intrigué, se demanda ce qu'elle pourrait bien faire par ici à une telle heure. La nuit allait bientôt recouvrir leur univers de son noir manteau, et il ne fallait mieux pas traîner loin du camp. Il baissa la tête et s'avança dans les fourrés, les traversant rapidement. Au-delà il aperçut la silhouette fine mais au long pelage de Plume Bleue. Pourtant, elle était difficile à reconnaître, puisque son pelage bleu-gris, couleur de la douceur de la nuit, se confondait avec le paysage. Elle baissait la tête, les yeux perdus dans le vague, et le guerrier roux ne pouvait pas deviner son expression. Il hésita. Que devait-il faire ? Il n'était pas très doué avec les femelles, et bien qu'on pût croire le contraire, avec les relations sociales en général. En fait, il avait souvent peur de faire une erreur qui aurait compromis son jugement aux yeux des autres. Là encore, c'était un point de sa personnalité dont il n'était pas fier. Mais comment changer cela, qui était si profondément ancré dans sa tête ? Il ne pourrait pas arrêter de penser davantage aux autres et ensuite à lui de sitôt, et pour tous les aspects. Tant pis si son comportement ne lui plaisait pas à lui-même. Tant qu'il plaisait aux autres, tant que ses camarades l'appréciaient, tant qu'ils ne murmuraient pas dans son dos, il était satisfait. Et malheureusement, ils murmuraient souvent dans son dos.

▬ Euh... Plume Bleue ? Ça va ?

Il s'éclaircit la gorge et recula d'un pas, constatant à quel point sa question était pitoyable. Dans quel monde s'était-il cru ? Dans un monde où la guerrière aurait été honnête ? Où elle aurait répondu « non » sans peur de la sentence qu'il aurait portée sur son cas ?

▬ Je te dérange peut-être, bafouilla-t-il.

Sûrement.

© Jawilsia sur Never Utopia


_________________


GG MUMU <3 (29/12/2015)

« So all you sick and the bitterness of the lonely.
To all you overdosed and you miles of coke fiends. »

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Plume Bleue
P'tit nouveau.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 110
Age : 16
Date d'inscription : 04/07/2015


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Sam 5 Déc - 15:45

Glass House
Thunder & Plumy.


    Cette voix, juste cette voix qui émane de mes songes. Juste cette pensée qui grommelle en moi. Je me prends à réfléchir encore, alors que la nuit n'a pas encore signé son départ.

    Dans la vie on marche, on court, on accélère encore, puis on ralentit. Mais après cela, il trébuche, piétine, et tombe. Chaque action correspond à un instant de la vie. Celle que chacun connaît puisque personne n'a le privilège d'avoir une vie bien à lui. Cette phrase peut paraître absurde, oui, je suppose que c'est ce que vous vous êtes dit. Mais réfléchissez-y : Chaque être naît, subsiste, puis meurt. Peu importe qu'un être vive plus longtemps qu'un autre, puisque toutes les étapes y passent.

    Un rayon de l'aube vient de sa splendeur m'aveugler un instant, un seul instant, et il est juste suffisant pour me prévenir que je dois y aller. Je me lève doucement, avec ma nonchalance habituelle. Je me dirige ensuite lentement vers la sortie, alors que quelques regard abasourdis glissent sur moi. Comment savoir que, lorsque j'étais novice et jeune guerrière, ma grâce et mon enthousiasme dépassaient celle des plus grandes. J'étais, de ce qu'on appelle, une belle chatte. Mon pelage gris-bleu savait encore illuminer ma douce silhouette, ainsi que l'éclat doucereux de mon regard. Les deux d'un camaïeu de bleu savaient encore s'accorder, et ainsi créer un mariage agréable. Mais tout cela est du passé, et ce n'est plus d'un physique avantageux qu'est fait cette femelle qui n'est d'autre que moi, mais... D'un pelage d'une couleur semblable, cependant délavée par le manque d'entretien. Et mes yeux ? Ils n'ont rien perdu de leur couleur, mais ils ne brillent plus. Ils sont comme deux billes fantômes qui se contentent de fixer mes proies, ou mes camarades. Mes oreilles tombent sans arrêt sur les côtés de mon crâne, et ma queue prend en permanence la poussière. Je suis tellement pathétique que je ne suis même pas capable de me reprendre, de m'améliorer et de me relever. Non. Je ne suis que l'ombre de moi-même. La seule chose qui veut bien encore transparaître de mon âme vide et sans espoir, est un cœur. Un petit cœur qui ne demande qu'à trouver une épaule sur laquelle s'appuyer. Mais personne ne peut plus s'approcher de moi, à présent. J'ai trop changé. Je suis devenue pitoyable, aussi repoussante qu'une charogne.
    Je traîne ma carcasse le long de mon territoire, me dirigeant vers les Rochers du Soleil. Je veux voir ce que les autres voient en permanence. Et si ?... Et si j'essayais ? Je vais peux être échouer, mais de toute manière, je n'ai plus rien à perdre, si ce n'est que cette petite partie de cœur et d'espoir qu'il me reste. Alors je me mets à galoper doucement, pour gagner plus vite les Rochers. Là bas, loin de ma vie de mon envie, peut-être un jour serais-je prête. Prête à prendre la vie du bon côté, à passer à autre chose... S'il y a bien une chose que je dois changer, c'est mon caractère. Et une point a déjà changé... Je voudrais avoir une famille. Oui, vous devez vous dire que cela ne colle pas avec moi caractère repoussant et solitaire. Mais je veux devenir douce, aimante... Je veux connaître ce qu'est l'amitié, l'amour. Et non pas la solitude ou le mépris de moi-même.

    Ah, nous y voilà. Je me demande ce que je vais voir, dans ces ondes claires et puissantes. Je m'en approche et penche ma tête vers mon reflet. Horreur. Qu'est-ce que ce visage amaigri et attristé ? Ce pelage pelé où trône un poil déjà mort ? Je me penche plus encore, fixant mes prunelles bleutées : Vides elles-aussi. Alors j'essaie de sourire. Comment fait-on, déjà ? Malheur ! Je ne sais plus sourire ! Je m'assieds lentement et commence une toilette vigoureuse, passant ma langue sur les touffes de poils sans vie, les laissant tomber vers le bord de l'eau. Une fois ma toilette minutieuse finie, je pousse mes bribes de pelage vers la bande grisée agitée qu'est la rivière, les laissant s'emporter par son courant véloce. Puis je me regarde à nouveau. On devine sous mes muscles entretenus par la vie de Clan une force m'ayant quittée, mais mon pelage nettoyé et bien mis en place, je suis déjà plus "attirante". Je me retourne lentement, un bruit a attiré mon attention : Un petit mulot grignote devant moi. Adoptant la position requise à sa traque, je prends le temps d'assurer chaque mouvement qui me sera utile pour l'attraper. Cela fait, je bande mes muscles, qui sont à présent tendus à s'en rompre. Relâcher prise. S'envoler dans les airs. Atterrir sur sa proie, l'achever. Remercier mes ancêtres. Ce furent des actions enchainées avec une telle rapidité, habituelle, qui fusèrent de mon corps. On peut dire que j'ai eu de la chance. Ma sortie n'aura pas été vaine. Mais pourquoi rentrer ? Si j'avais ne serait-ce qu'un ami à qui confier mes soucis, qui écouterait mes dires, j'aurais une raison valable de le faire. Mais non. Autre chose m'y pousse : Le respect. Le respect envers ces félins m'ayant tout appris. Je vais continuer la chasse.

    Deux heures durant, je voulu attraper autre proie que ce mulot que j'ai laissé aux Rochers. En vain. La nuit est à présent prêt à gagner la forêt dénudée de tout feuillage. Je retourne chercher ma proie, m'apprêtant à rentrer. Mais alors que je ne suis non loin du camp, à quelques minutes, je perçois le fumet d'un membre de mon Clan. Je sais à son odeur que c'est un mâle, et qu'il est seul. Je lève un instant le regard vers la source de cette odeur, y apercevant Châtiment du Tonnerre. Ma tête s'abaisse aussitôt, et ma pelisse se hérisse légèrement, d'appréhension. Mais je la remet en place lorsque je le sens arriver, et quand il me demande, son mal-être palpable :

    - Euh... Plume Bleue ? Ça va ?

    Je le voit quoi s'éclaircit la gorge et recule d'un pas, la tête gagnant un instant la droite, puis la gauche.

    - Je te dérange peut-être, bafouille-t-il.

    Je sens l'irrépressible envie de lui dire de rester, de rester à mes côtés, de ne plus être seule, de le connaître. Mais aucun son de sort de ma bouche. Ma tête se baisse un peu plus bas, mes pattes sd mettent à trembler, tout comme ma voix qui enfin se décide à un son :

    - N-Non... Reste...

    J'ai complètement évité sa première question, car je ne sais que lui répondre. Je relève mon visage, plantant mes prunelles dans son regard dubitatif, sûrement dû à ma réponse. Et aussi... Je me suis rapprochée, et ai à peine susurré mes mots tremblotants.

    - Que fais-tu dehors si tard ?...

    J'ai peur. Cela se ressent. Mon pelage maintenant présentable est légèrement hérissé sur mon échine, mais j'ai aussi un peu froid. Que vas-tu me répondre ? Me trouve-t-il folle ? Je continue de fixer ses prunelles, je ne peux me décoller de l'éclat de celui-ci, seule source lumière dans les ténèbres de la nuit.


    HRPG:
     

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rivière d'Ombres
Connaisseur-se.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 1127
Age : 16
Date d'inscription : 18/09/2014


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Sam 5 Déc - 18:21







Glass House
Thunder x Plumy





« We can see the home of desperate hearts, the truth has fallen down. »

Plus il observait la jeune guerrière, plus il avait l'impression que sa première question était stupide. Il pouvait littéralement voir à travers son pelage clairsemé, à travers ses yeux ternis, à travers sa chair amaigrie par la mauvaise saison à venir les morceaux épars de son cœur. Plume Bleue souffrait, et bien qu'elle n'eût rien dit, c'était aussi évident que si elle avait hurlé. D'ailleurs, si elle avait crié, quelqu'un aurait-il été là pour l'entendre ? Sûrement pas. Elle serait certainement restée ainsi recroquevillée, au milieu des ombres, griffée par le vent, emportée par les violents courants de son propre tourment. Châtiment du Tonnerre scruta le visage de la chatte, et vit qu'elle tremblait légèrement. Pour un autre chat, ç'aurait été imperceptible, mais pour lui, c'était flagrant. Lui qui avait si souvent vu la douleur, aussi bien physique que morale, lui qui était un vieil et bon ami de la mort, lui qui l'avait vue en face, de dos, de profil et de trois quarts, sous tous les angles, toutes les coutures, lui qui avait été tellement habitué à aider les autres à gérer leurs propres peines qu'il avait fini par oublier les siennes. Peines qui revenaient presque à chaque fois, lorsque la nuit étendait sa large cape étoilée, et avec l'obscurité amenait le silence. Enfin, un silence superficiel ; si les bois étaient muets, la voix dans la tête du guerrier ne l'était pas, et se mettait à hurler ou à lui rappeler ses souvenirs, qu'ils fussent bons ou mauvais, dès qu'il n'y avait plus personne d'extérieur pour le faire. Son côté altruiste, son bon côté se sentit infiniment coupable de ne pas avoir vu la souffrance de Plume Bleue plus tôt, et il lui sembla avoir agi en traître envers lui-même et son Clan.

▬ N-Non... Reste...

Son murmure fut presque imperceptible, mais Châtiment du Tonnerre ne lui demandait pas davantage, et il comprit ses sentiments ; ou du moins, une partie, car il n'ignorait pas que cette autre partie de l'esprit de Plume Bleue, il ne pourrait jamais la saisir, jamais la concevoir, jamais la partager, et elle continuerait quoi qu'il arrive à s'échapper tels des nuages entre ses crocs. Attraper des nuages avec les crocs. C'était ce qu'il essayait de faire lorsqu'il était chaton. Lorsque la saison des feuilles mortes était bien en place, la brume descendait parfois jusqu'au camp, et la forêt prenait un air lugubre, si effrayant qu'il se souvenait parfaitement que son père avait un peu peur de sortir en ces temps-là. Lorsque le brouillard recouvrait la forêt, le petit sautillait dans tout le camp et essayait de l'attraper entre ses dents. Il ne se décourageait jamais. Les autres guerriers avaient beau lui rappeler, non sans quelque lassitude, qu'il ne pourrait jamais tenir entre ses crocs de la vapeur, Petit Tonnerre continuait de bander ses muscles, bondir et refermer bruyamment sa mâchoire. Avec ce simple jeu, stupide et répétitif, il oubliait les regards des reines qui le toisaient depuis la pouponnière, mi-sévères, mi-apitoyés ; ce qui était sûr, c'était qu'aucun chat du Clan du Tonnerre n'ignorait l'histoire de ce pauvre petit chaton roux, qui avait perdu sa mère peu de temps après la naissance et n'avait pour seule figure à laquelle se rattacher un père volage. Au final, peut-être cette habitude d'enfance avait forgé son caractère tenace. Sauf qu'une fois arrivé à l'âge adulte, ce n'étaient plus des nuages qu'il poursuivait et tentait inexorablement d'attraper. C'étaient ses rêves, ses croyances. Parfois, comme à l'époque, il remettait tout en question. Ce qu'il faisait... est-ce que ça valait réellement la peine ? Vivre en poursuivant une chimère qui lui échapperait toujours, quels que fussent ses efforts pour s'en emparer ? Et puis, après ces brèves hésitations, il secouait la tête et se mettait en quête de nouvelles parcelles de bruine, de nouvelles illusions à suivre. Entre vivre dans un rêve agréable, mais sans connaître la réalité, et garder les pattes ancrées au sol dur et froid, il préférait rêver.

Malgré toutes ces pensées pessimistes, il voyait quelque chose d'important dans Plume Bleue, quelque chose de vital. Il voyait son cœur, et il voyait certes qu'il était mal en point. Mais il battait. Il restait encore un peu d'huile pour faire tourner la vieille machine. Ce qui signifiait que Plume Bleue avait encore quelques raisons de croire, quelques corniches auxquelles se rattacher, plutôt que de se laisser chuter dans le vide ; et même si elle risquait d'avoir diablement mal aux pattes à  s'accrocher, elle n'était pas tout de suite tombée.

▬ Que fais-tu dehors si tard ?...

Cette question semblait si dérisoire face au sérieux de la scène et à la gravité de leurs expressions. Mais Châtiment du Tonnerre comprenait ce que Plume Bleue cherchait à faire : détourner le problème d'elle. Simuler que tout allait bien. Mais la vérité était tombée, les masques aussi. Il pouvait voir la maison de son cœur désespéré, mais vivant. Vivante ! Elle était vivante. Et il comptait bien savoir ce qui l'avait blessée à ce point, pour lui rendre la pareille.

Avec douceur, il s'approcha de la guerrière. Ses yeux ne brillaient pas dans le noir, et il ne pouvait deviner la lueur de leur expression. Mais elle était vivante ; ils étaient vivants. Ils voyaient. Ils regardaient.

▬ Je revenais de la chasse, expliqua simplement  le chat roux avec un volume vocal bas, comme s'il avait pu perturber la tranquillité apparente dans laquelle la forêt était plongée en parlant trop fort. Mais maintenant, la chasse me paraît bien futile. Alors on peut dire que... je ressasse quelques souvenirs.

Là encore, c'était vrai, et pas tout à fait à la fois. Il repensait aux reines qui l'observaient depuis le seuil de la pouponnière. Elles avaient eu de l'amour à revendre pour leurs petits, une tendresse incroyable pour eux, mais aussi et en même temps un mépris inconsidéré pour ce pauvre chaton qui n'avait jamais demandé la famille, l'histoire qu'il avait obtenue.

S'il n'avait eu ne serait-ce que l'ombre de l'amour d'une mère, l'ombre de la fierté d'un père, l'ombre du sourire d'un ami, aurait-il été le même ? Aurait-il eu le même caractère ?

Aurait-il voulu en finir avec sa vie comme il l'avait tenté sur le Chemin du Tonnerre, ce jour-là ?

Sans doute pas. Mais au moins, grâce à - ou à cause de, il n'arrivait pas à se fixer et n'arriverait probablement jamais - tous ces événements, il était une vraie personne, entière. Il était Châtiment du Tonnerre, le guerrier roux aux yeux vert sombre, le blessé par égoïsme de la forêt, le stratège du Clan du Tonnerre, le chat au cœur grand comme ça, bon en chasse, adorant l'air pur de la forêt et abhorrant l'odeur de poisson défraîchi des membres de la Rivière. Et ça, personne ne pourrait jamais le lui enlever. Pas même une course effrénée derrière chaque songe de ce bas-monde.

▬ Et toi ? continua-t-il après une grande inspiration. Mais avant qu'elle eût pu répondre quoi que ce fût, il ajouta : Je sais que tu ne te sens pas forcément en confiance, mais... je ne suis pas simplement ton camarade. Quelque chose me dit que toi et moi, on est embarqués sur le même bateau et malmenés par la même tempête. Reste à savoir si nous avons la même destination.

Il sourit, en essayant de calmer les battements de son cœur - avait-il déjà résonné aussi fort dans ses tempes ?

La vérité tomberait.

Les masques aussi.

© Jawilsia sur Never Utopia



HRP:
 

_________________


GG MUMU <3 (29/12/2015)

« So all you sick and the bitterness of the lonely.
To all you overdosed and you miles of coke fiends. »

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Plume Bleue
P'tit nouveau.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 110
Age : 16
Date d'inscription : 04/07/2015


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Sam 5 Déc - 20:10

Glass House
Thunder & Plumy



    Je parviens à sentir son regard parcourir mon corps, débutant de mon pelage jusqu'à mon visage. Mais une chose est sûre, ils ont un point commun : Tous les deux vides et sans clarté. Il sait ce que je ressens. Il l'a ressenti, j'en suis convaincue. Les ténèbres de la nuit nous enveloppe de toute sa splendeur, engourdissant mes pattes.
    Le silence règne d'une manière inhabituelle dans cette forêt et je sens le malaise s'emparer de moi, malgré mes efforts pour rester calme. J'inspecte les environs d'une manière tranquille, même si je me sens un peu... Écrasée par cette atmosphère pesante. Il fait froid ces temps-ci et même si ma fourrure a doublé de volume pour me protéger d'une telle situation, je suis quelque peu frigorifiée. Le vent agite les branches d'une manière monotone, le froid pénètre lentement dans ma chair et cette mauvaise impression s'impose fermement. Je ne me sens cependant pas plus seule, je le sais prêt de moi, alors que je le connais à peine... C'est seulement mon camarade, mais je ressens la profonde vérité qu'il est plus que cela. Je le sais, car je le sens. J'ai tellement connu la souffrance que je sais aussi qu'il ne l'est pas, il est tout sauf cela. Mes griffes s'accrochent au temps comme les petites griffes des chatons s'accrochent au pelage de leur mère, en espérant y rester accroché. En vain. Il en est de même pour moi. Je m'accroche à de faux espoirs depuis bien longtemps. Trop longtemps. Je sais ce que je perds, et je vais le perdre. Mon rêve, quel est-il ? Il est juste inexistant à la vue des autres. Mais de Châtiment du Tonnerre, l'est-il ? Est-il au courant de ma remise en question ? De mon inébranlable foi au changement ? Au futur ? Sait-il de quoi je rêve, ce que j'espère vivre ? Je ne sais pas. Je n'y arrive plus. Le vent siffle à mes oreilles comme si une vipère s'était introduit dans mon esprit, et ma tête de tourne violemment. À force de penser, je réfléchir, je me donne mal au crâne. Je suis stupide. Ma pensée s'envole doucement quant je le sens s'approcher lentement de moi, lorsque je sens sa chaleur si particulière m'envelopper, elle qui me semble si familière. Est-ce parce que nous sommes semblables ?
    Je m'assieds d'un mouvement empli de grâce et d'innocence, aussi subtile soit-elle. Je ne pense plus, je me contente d'essayer de deviner ce qu'il ressent. Est-ce la même chose que moi ? Tout mon être frémis de ce silence doucereux, et, lentement j'écoute sa voix qui s'exprime à un volume très bas, comme s'il avait peur de briser la magie de cet instant. Mon cœur bat la chamade, je me demande ce qu'il m'arrive. Je suis comme électrisée par ce guerrier blessé au cœur, blessé à l'âme et pourtant si fort.
    Je revenais de la chasse, explique-t-il simplement. Mais maintenant, la chasse me paraît bien futile. Alors on peut dire que... je ressasse quelques souvenirs.
    On dirait qu'il est... Son sentiment est indéfinissable. Je n'arrive pas à savoir ce qu'il ressent, cette fois. Mais en ai-je vraiment l'envie ? Non. Je ne veux pas prendre le risque de perdre cet instant si important à mes yeux. Je me demande ce qu'il peut vivre, lui, guerrier entier. Pourquoi dis-je entier ? Car il est tout ce qu'est le guerrier modèle, à mes yeux. Il a eu – paraît-il – une enfance difficile, mais y est parvenu. Parvenu à devenir un matou exemplaire. Exemplaire pour certains, et je fais partie de ces félins.
    Et toi ? continue-t-il après avoir longuement inspiré.
    Mais avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit, il continue de sa voix douce et apaisante :
    Je sais que tu ne te sens pas forcément en confiance, mais... je ne suis pas simplement ton camarade. Quelque chose me dit que toi et moi, on est embarqués sur le même bateau et malmenés par la même tempête. Reste à savoir si nous avons la même destination.
    Il dit vrai. Je le sais aussi. Je le sens, j'en suis persuadée. Si je ne me retenais pas, je fuirais, criant à la lune mon désavantage par rapport à la situation. Que dois-je faire ? Je n'ai jamais été confrontée à un pareil instant. Au même moment, la lune se dégage et vient nous baigner de son halo de lumière claire et pâle. Mon regard s'allume alors, et s'abandonne à la contemplation du monde. C'est un beau voyage que j'ai là, un voyage de promesses pures et dures. Mais qui pour les réaliser si ce n'est que moi ? Quelque chose attire mon attention ; un bruit de... Cavalcade. Quelque chose frappe les parois de la boîte à cœur de Châtiment du Tonnerre. C'est son propre cœur. Il bat si vite que je l'entend d'ici. Mon sang bat à mes tempes, et mes oreilles semblent rougir d'incompréhension, et de honte. Je me sens toujours honteuse. Honteuse d'exister, d'être moi, et non pas celle qu'on m'a demandé d'être. Mais je l'assume, à présent. Depuis que je sens cette chaleur émanant du mâle roux au regard vert sombre. Cette drôle de sensation, qui s'empare de tout mon être, le glaçant tout entier. Mais pour dissimuler ce tambourinage d'ignorance, il lance un sourire innocent, lui-aussi. Et je me sens coupable, coupable de lui causer tant de soucis. Il souffre lorsque je souffre, car il ne supporte sûrement pas que quelqu'un vive ce qu'est la souffrance.
    J'ai chassé aussi. Et j'ai réfléchis.
    Ma réponse est simple, juste. Elle est aussi mystérieuse, et témoigne d'une réponse prochaine.
    Je me sens... Troublée. Je sens moi-aussi qu'entre toi et moi, un courant est passé... Une force étrange émane de toi. Je me demande ce qu'il m'arrive, mais j'ai besoin de parler, de me confier. Je veux parler de mes problèmes, de mes inquiétudes, de mes projets et de mes peurs. Mais il faut que je le fasse avant que la tempête ne coule nôtre bateau. Arriverons-nous à destination ? Si non, je voudrais que tu saches.
    Ça y est, la délivrance arrive. Je respire un bon coup, sûre de moi. Ma queue se pose juste à l'extrémité de la sienne, je veux garder ce contact si précieux, je ne veux pas le perdre pendant mon monologue.
    Je ne veux plus être cette pauvre chatte sans espoir, je veux ressentir le courage d'une lionne, la fierté d'être mère, la douleur d'être aimée, et la tranquillité qu'offre le statut de félin « normal ». Je veux être une guerrière, rien de plus. Je veux une famille, qui me laisserait oublier le passé, ces houleuses convictions qui ont fait de moi l'être que je suis aujourd'hui : le fantôme de mon âme.
    Je n'ai pas respiré une seule fois, si bien que je me sens faible, mais légère.
    Légère d'être enfin libre. Le contact est passé rapidement, sans encombre, c'est ce que j'appelle l'espoir.

HRP:
 

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rivière d'Ombres
Connaisseur-se.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 1127
Age : 16
Date d'inscription : 18/09/2014


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Sam 5 Déc - 21:33







Glass House
Thunder x Plumy





« The illusion we've become, a fear we can't outrun. We're closing in our emptiness. We're broken. »

Enfermé dans son propre vide, Châtiment du Tonnerre n'avait pas pris la peine de se tourner vers la lumière rayonnante des autres. Il avait essayé, par tous les moyens, de rendre le monde meilleur, ou au moins, rien que son Clan. Rien que ses proches - s'il pouvait nommer les quelques chats avec qui il échangeait parfois des mots -, rien que lui. Mais comment aurait-il pu faire pour s'auto-améliorer, puisque son estime de lui-même avait été piétinée dans sa jeunesse ?

Il ferma les yeux. Comme sa chasse à travers la brume, les silhouettes miroitantes, les fantômes, les échos de son passé lui revenaient parfois en mémoire, même plus de dix lunes plus tard. Il était devenu un guerrier accompli. Brave. Intelligent. Il était censé être heureux. Lui-même n'avait pas compris. Les cicatrices se rouvraient parfois pour lui rappeler qu'en apparence, il avait l'air d'être à deux doigts de toucher le ciel, mais au fond, et autrefois, il fut condamné à mille tourments dans les enfers. En général, la plus flagrante balafre était celle que tous pouvaient voir et que tous voyaient : sa patte qui le ferait claudiquer à vie, malgré les soins de Hurlement de la Louve. Il avait été blessé jusque dans son âme, et uniquement par son propre égoïsme. Il avait voulu mettre fin à ses jours et même cela, le Clan des Étoiles le lui avait refusé.

Depuis ce jour fatal, il avait eu l'impression de vivre au ralenti, dans un monde flou. Il était devenu une illusion, et ce souvenir qu'il ne pouvait plus fuir le poursuivait au sein de son sommeil désormais agité. Au-delà de la culpabilité et des blessures morales, il y avait eu la rééducation. Les exercices de marche, puis de course, de saut, au milieu du camp. Les deux premières lunes, il avait traversé en long, en large et en travers la clairière, claudiquant, serrant les dents dès qu'une infime pression était posée sur sa patte arrière droite. Mais il ne disait rien, ne se plaignait pas. Il était persuadé qu'en s'occupant des autres, en aidant les autres avec leurs problèmes, il oublierait qu'il en avait. Sauf qu'à force de fuir ces difficultés, elles n'avaient fait que revenir le hanter aux pires moments de sa vie, tels des démons souhaitant perforer sa carapace. Il avait tout fallu réapprendre. Son mentor avait été au bord de la crise de nerfs. Il ne pouvait plus faire le moindre mouvement avec ses pattes arrière sans être déséquilibré ; et lorsqu'il réussissait à garder un semblant de stabilité, il souffrait le martyre, sentant des millions d'échardes enfoncées minutieusement dans ses pattes.

Il aurait adoré se confier à quelqu'un, raconter tout ce qu'il avait pu ressentir dans cette période sombre de sa vie, la plus obscure qu'il eût jamais pu imaginer. Mais il n'y avait personne. Il était l'épaule sur laquelle tous pleuraient. Pas l'inverse.

▬ J'ai chassé aussi. Et j'ai réfléchis. Je me sens... Troublée. Je sens moi-aussi qu'entre toi et moi, un courant est passé... Une force étrange émane de toi. Je me demande ce qu'il m'arrive, mais j'ai besoin de parler, de me confier. Je veux parler de mes problèmes, de mes inquiétudes, de mes projets et de mes peurs. Mais il faut que je le fasse avant que la tempête ne coule nôtre bateau. Arriverons-nous à destination ? Si non, je voudrais que tu saches. Je ne veux plus être cette pauvre chatte sans espoir, je veux ressentir le courage d'une lionne, la fierté d'être mère, la douleur d'être aimée, et la tranquillité qu'offre le statut de félin « normal ». Je veux être une guerrière, rien de plus. Je veux une famille, qui me laisserait oublier le passé, ces houleuses convictions qui ont fait de moi l'être que je suis aujourd'hui : le fantôme de mon âme.

Il s'approcha d'elle, sans trop savoir comment réagir. Plume Bleue lui inspirait un oiseau timide, une petite colombe entre les barreaux d'une cage, mais à la porte ouverte. Elle regardait le ciel, elle regardait la liberté avec un air troublé, ne sachant si elle devait se lancer ou pas. Et s'il faisait un geste trop brusque, la petite colombe s'envolerait, et il ne pourrait pas l'aider.

Et puis, il s'immobilisa. La fatigue tirait ses traits et subitement, les coins de ses yeux et de sa gueule s’affaissèrent. Il était las, las de courir après des rêves ; las de faire un pas vers tout ce qui en faisait trois en arrière. Était-ce la solution ? Aurait-il dû penser à cela, lorsqu'il était jeune ? S'arrêter, ne plus bouger, et attendre de se faire envelopper par la brume ? La respirer, sentir son humidité contre son pelage, mais sans forcer le destin ?

▬ Plume Bleue... je comprends ce que tu ressens. On se sent tous perdus à un moment ou à un autre. J'aimerais bien, moi aussi, fonder ma propre famille... pour oublier celle que j'ai eue. Que j'ai toujours, même si je la fuis.

Les cris de son père, Morsure des Damnés, resteraient toujours gravés dans son esprit. Ses incessantes protestations. Son regard dur et froid, dès qu'il le comparait à ses deux demis-frères, qui avaient toujours été mieux que lui. Plus intelligents, plus forts, plus beaux. Châtiment du Tonnerre avait toujours été le dernier en tout, disait-il. Personne ne l'avait jamais aimé. Il devait se dépêcher de faire quelque chose de sa vie, ou il ne deviendrait jamais quelqu'un. Son avenir était déjà tout tracé depuis la naissance : il tomberait bien vite dans l'oubli, contrairement aux deux autres fils de Morsure des Damnés, qui marqueraient l'histoire du Clan du Tonnerre, qui seraient des guerriers d'exception, peut-être des lieutenants, des chefs. Et bien vite, ces deux derniers se mirent à croire leur père. À insulter, à rabaisser Petit Tonnerre, puis Nuage du Tonnerre, se considérant supérieurs à leur demi-frère plus âgé. Alors, le novice faisait de son mieux pour oublier tous ces reproches et toutes ces injures, à se concentrer sur son entraînement. Mais tous ces mots, autant de couteaux dans son cœur, l'avaient poussé à bout. L'avaient poussé jusqu'à la route de goudron. L'avaient poussé jusqu'aux phares brillants du monstre, imprimés sur sa rétine.

Il secoua la tête. Pourquoi y pensait-il à nouveau ? Ce n'était vraiment pas le moment.

Au loin, deux ou trois corbeaux s'envolèrent en croassant. S'il avait été d'humeur, il les aurait pris en chasse, malgré l'heure tardive. Il n'était jamais contre une bonne partie de chasse, car elle lui permettait souvent de s'évader. Mais là, juste sous ses yeux, il avait un autre moyen de s'évader.

▬ Je ne peux pas faire grand chose pour cela, et je me déteste d'être si impuissant, continua Châtiment du Tonnerre, plus bas, presque comme une confidence à lui-même, comme s'il n'osait pas l'avouer. Mais je peux essayer, au moins. Je peux être un soutien moral, si c'est ce que tu désires. Je peux être une oreille qui t'écoute. Je peux être l'épaule sur laquelle tu as besoin de t'appuyer. Je ne demande rien en retour.

Il sourit faiblement. En réalité, il n'osait pas dire que c'était le cas. Il voulait demander quelque chose en retour, une toute petite chose. Mais il ne le fit pas, car Plume Bleue n'aurait pas pu l'aider, même avec toute la bonne volonté du monde.

Il était devenu une illusion ; il voulait être quelqu'un à nouveau.

La peur qu'il ne pouvait pas échapper ; il voulait pouvoir en être libre.

Il était enfermé dans son vide ; il voulait pouvoir se libérer de sa cage invisible et immatérielle.

Il était brisé ; il voulait être reconstruit.

© Jawilsia sur Never Utopia


_________________


GG MUMU <3 (29/12/2015)

« So all you sick and the bitterness of the lonely.
To all you overdosed and you miles of coke fiends. »

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Plume Bleue
P'tit nouveau.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 110
Age : 16
Date d'inscription : 04/07/2015


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Dim 6 Déc - 11:27

Glass House
Thunder & Plumy.



    C'est un vide qui se dessine chaque jour dans ma triste vie. Lorsque j'étais chaton, j'avais une joie de vie sans égale. J'étais heureuse. J'avais mes parents, ma sœur, mon Clan. J'ai grandis dans cette ambiance chaleureuse, avec des félins à aimer, à qui plaire et contre qui dormir. Ces félins qui étaient si chers à mon cœur. Je le savais, je savais que cela ne durerait pas. Je le savais, car lorsque j'étais encore chaton, mon père a trouvé la mort. J'ai été complètement bouleversée, mais jamais autant que ma mère. La douleur d'aimer, voilà ce qu'elle nous répétait, à la sœur et moi. Ah... Ma sœur...
    Apprentie que nous étions, heureuses de commencer à devenir de vrais membres, utiles au Clan outre nos bêtises. Mon mentor si délicat m'a doucement mise sur la voie de la bonne guerrière, que j'ai adopté bien tôt. Je me souviens de cette première sortie, cette grande montée qui sans le vouloir avait blessé mes coussinets. Mais l'herbe tendre l'avait réparée, et les arbres effacée. Ces grands et majestueux arbres de la saison des feuilles nouvelles, généreux et offrant une protection rassurante. On m'avait montré les frontières, le Chemin du Tonnerre, grande bande grisâtre à l'odeur repoussante et désagréable.
    Puis la rivière. Autre bande, beaucoup moins nocive vue de près. D'étranges créatures y "nageaient". Ils étaient appelés "poissons". On disait que les membres du Clan voisin - celui de la Rivière - les prenaient comme proies. Je trouvais cela étrange, mais ce n'étais pas à moi d'en juger. Je me souviens qu'après tout ce remue-ménage, je m'étais écroulée dans mon nid, exténuée.
    Puis est venu le premier entraînement de combat. C'était si difficile ! Quand on est petite, le combat est plus compliqué, m'avait-on expliqué avant d'ajouter que ce n'était pas la taille du félin qui faisait sa grandeur. J'avais appris à chasser avant, et seul manquait le combat pour devenir une guerrière. Ma mère était fière. Mais ma mère...
    Ce jour si funeste, aussi bien que je m'en souvienne, fut pire encore que la mort de mon père. Lui était moins proche que ma mère de moi. Que donnerais-je pour la retrouver ? Tout. Tout. Lorsque je suis rentrée au camp, sa dépouille gisait sur le sol. Sa délicate fourrure gris perle très pâle était constellée de tâches rougeâtres. C'était du sang. Son corps, froid et lointain m'enleva toute envie de continuer à vivre. Ma sœur et moi devions être nommées guerriers le lendemain. J'avais hurlé ma fureur aux étoiles, sans savoir si elles m'avaient entendue. Depuis ce jour, toute envie m'a quittée. Mais jusqu'à présent, alors que m'a sœur m'a elle-aussi délaissée pour son amour solitaire, je me dis que l'amour est une bonne chose. Sans vraiment le savoir, je le cherche. Et un jour, comme ma mère, je donnerai des chatons au Clan. Car c'est ma nouvelle ambition. Sentir la fierté d'une mère pour ses petits, la force de les chérir comme je le ferai avec mon Clan. Je le veux ce feu dans le corps, qui brulerait les accords des airs de mes nuits noires.

    Ses yeux sont recouverts du filtre de ses paupières. Il réfléchit. Après un court moment qui semble être une éternité, il s'approche de moi, d'un geste protecteur. Suis-je si fragile ?
    Je me le demande vraiment. Que puis-je contre lui, qui semble métriser mieux que moi mes propres émotions ? Rien. Mais je sais que lui-aussi a besoin de parler, de se confier. Cependant..

    ▬ Plume Bleue... je comprends ce que tu ressens. On se sent tous perdus à un moment ou à un autre. J'aimerais bien, moi aussi, fonder ma propre famille... pour oublier celle que j'ai eue. Que j'ai toujours, même si je la fuis.

    Il le fait seul. Sans que personne ne lui demande. Mais depuis ma confession, je me sens absente. J'ai étalé mes problèmes, je n'aurai pas dû. Mais que vient-il de dire ? Il veut fonder une famille ? Comment est-ce possible qu'il n'en ai déjà pas ? Il est tellement généreux que n'importe qui s'y attache en un laps de temps de 3 secondes.
    Un couple de corbeaux s'élança dans le airs avec leur chant rauque habituel. Mais Châtiment du Tonnerre est prêt à reprendre la parole :

    ▬ Je ne peux pas faire grand chose pour cela, et je me déteste d'être si impuissant. Mais je peux essayer, au moins. Je peux être un soutien moral, si c'est ce que tu désires. Je peux être une oreille qui t'écoute. Je peux être l'épaule sur laquelle tu as besoin de t'appuyer. Je ne demande rien en retour.

    Il accompagna sa faible confidence d'un volume vocal toujours aussi bas, et d'un léger sourire. Mais je dois douter. Je sais qu'il voudrait quelque chose d'autre, mais je ne sais pas quoi. Je voudrais la lui donner, cette chose dont je ne connais même pas la nature. Mais moi aussi, je veux essayer. Seulement...

    ▬ Châtiment du Tonnerre... Je ne sais pas ce qu'il m'a prit, désolée. Je dois t'embêter, avec tout cela. Tu dois en avoir mare que chacun se repose sur toi. Accepte mes excuses, c'est le plus beau cadeau qui tu pourrais me faire.

    Mensonge. Je vient poser mon museau contre son front, sans vraiment savoir pourquoi. Puis je me détourne, prête à partir. Mais mon esprit reprend quelque secondes le dessus :

    ▬ Mais dis-moi, que voudrais-tu en échange de tout cela ?

    Je l'ai démasqué, mais ce petit jeu va vite cessé, si je pars de cet endroit lugubre. Oui, mon âme se détache de moi, m'entraînant au loin. Je pose une patte devant l'autre, la queue basse, même si mon cœur me crie d'arrêter.


    HRP:
     

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rivière d'Ombres
Connaisseur-se.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 1127
Age : 16
Date d'inscription : 18/09/2014


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Dim 6 Déc - 15:44







Glass House
Thunder x Plumy





« You alone, you can see right through this glass house we call home. You alone, you can take away the pain. »

Le lourd silence s'établit entre les deux chats, se toisant l'un l'autre sans oser briser ce calme qui s'était installé. Naïvement, Châtiment du Tonnerre avait cru que Plume Bleue lui aurait tout dévoilé ; il était curieux, il aurait voulu savoir ce qui n'allait pas chez elle, et comment pouvait-il l'aider. Tout. Mais il avait grandi, mûri depuis ces lunes de souffrance qu'il avait vécues, que ce fût cloîtré dans la tanière de la guérisseuse, ou entre les barreaux de sa culpabilité. C'était sa faute. Il avait compris. Depuis longtemps. Alors pourquoi se le répétait-il inlassablement, lorsque l'ombre venait ?

▬ Châtiment du Tonnerre... Je ne sais pas ce qu'il m'a prit, désolée. Je dois t'embêter, avec tout cela. Tu dois en avoir mare que chacun se repose sur toi. Accepte mes excuses, c'est le plus beau cadeau qui tu pourrais me faire.

Il se retint de justesse de crier. Non. Non. Trois fois non. En quoi Plume Bleue était-elle à blâmer ? Elle n'avait rien fait. C'était une guerrière responsable, intelligente, et jusqu'à présent et aussi longtemps qu'il l'eût observée autrefois, heureuse, enthousiaste. Étant un peu plus jeune que lui, il se souvenait bien de l'apprentissage de la pauvre novice et de sa sœur. Les petites avaient perdu leur mère peu de temps avant leur baptême de guerrière. Peut-être était-ce ce qui la troublait ? Un souvenir, une senteur mi-évaporée, une présence énigmatique de sa défunte mère ? Il savait bien à quel point les mémoires pouvaient revenir, même des lunes plus tard, comme une intarissable vague revient lécher le rivage.

Il aurait voulu trouver les mots, et d'habitude, il était plutôt bon à ça. C'était presque devenu un jeu. Un jeu plutôt glauque, il fallait bien l'admettre. Essayer de deviner les tourments d'un chat rien qu'en le regardant, et réussir à le réconforter ; et Châtiment du Tonnerre s'était avéré doué. Aurait-il pu soupçonner, dans sa jeune enfance, qu'il deviendrait le psychologue attitré du Clan du Tonnerre ? Sûrement pas. Dans sa jeune enfance, justement, il adorait qu'on l'écoute. Il aimait parler, et avait une réputation de pot de colle auprès de ses aînés. Il avait toujours été quelque peu fureteur, à l'affût des moindres histoires racontées par les anciens. Peu importe s'ils inventaient, ce qui était le cas deux fois sur trois. Petit Tonnerre fermait les yeux, rêvait de ces contrées inexplorées, de ces terribles bêtes assoiffées de sang qui formèrent les Clans jadis, et se sentait rassasié.

Mais face à cette guerrière, face à ce cœur émietté, il ne savait pas comment s'y prendre. Il n'était pas tout à fait sûr que ce fût uniquement sa mère qui la tourmentât. Ses prunelles bleues ne mentaient pas. Les yeux ne mentent jamais. Châtiment du Tonnerre avait été bien vite habitué à déceler les mensonges. Né dans l'incertitude. Élevé dans la trahison. Son enfance n'avait rien été d'autre que des regards mauvais qui lui arrachaient le cœur et même s'il avait un peu cicatrisé, les blessures subsistaient.

Alors qu'il réfléchissait encore à la manière d'aborder le problème, Plume Bleue s'approcha de lui et posa délicatement son museau contre son front. Le cœur de Châtiment du Tonnerre s'accéléra. Des lunes s'étaient écoulées depuis le dernier geste de tendresse qu'on lui eût adressé. Certes, il avait connu les embrassades amicales avec ses camarades de Clan, il avait connu la grivoiserie d'une nuit succédant à une victoire, il avait même connu une gloire passagère lorsque sa stratégie avait amené son Clan à ladite victoire. Mais dès le lendemain matin, l'indifférence. Ou plutôt, une affection feinte.

La guerrière se détourna et fit quelques pas, l'air de s'éloigner. Les muscles de Châtiment du Tonnerre se crispèrent.

▬ Attends !

Le cri lui avait échappé. Il s'en serait infiniment voulu s'il avait laissé partir Plume Bleue sans plus. Lorsqu'il était tombé au fond du trou, lorsqu'il avait pensé à se suicider, lorsqu'il avait tenté de le faire, il aurait aimé que quelqu'un lui sourie. Que quelqu'un lui demande comment il allait. Juste un regard. Juste un mot. Pour comprendre qu'il n'était pas seul.

Mais il l'était, et se serait détesté à vie si Plume Bleue revivait la même chose.

▬ Mais dis-moi, que voudrais-tu en échange de tout cela ?

Châtiment du Tonnerre s'approcha d'elle en claudiquant comme il le pouvait. Il avait besoin de voir ses yeux, de saisir son expression. C'était un de ses principaux défauts en ce qui concernait la communication. Il était perdu s'il ne pouvait pas voir son interlocuteur en face. Il devait pouvoir comprendre à quoi ce dernier pensait. Certains dans le Clan lui attribuaient des pouvoirs "surnaturels". Qu'en échange de lui avoir pris une bonne partie de sa mobilité, le Clan des Étoiles lui avait donné une capacité à lire dans les esprits, à déchiffrer les visages. C'était faux, et Châtiment du Tonnerre riait amèrement, en son for intérieur, lorsqu'il entendait ce genre de choses. Le Clan des Étoiles ne lui aurait jamais rien donné. Ce n'était que de l'entraînement. Et, qu'ils le crussent ou non, ce n'était pas incroyable. Ni drôle. Ni même plaisant, d'être infirme, mais en échange, d'en connaître en rayon sur la psychologie.

▬ J'ai peur de ne pas le savoir moi-même, commença-t-il sans savoir du tout où il allait. Sûrement droit dans un mur. Il n'avait jamais su freiner, ni changer de direction. Depuis tout petit, il avait été un chat buté. Fonceur. Jusqu'à ce qu'il rencontre les monstres. Les vrais. Pas uniquement ceux qui circulaient sur le Chemin du Tonnerre. Ceux qui se tapissaient dans les recoins de son esprit sans dessus dessous, aussi. J'aimerais simplement que les gens se portent bien. Je ne sais pas si tu comprends ce que je veux dire, j'ai toujours des pensées un peu brouillon... mais je vais essayer d'être clair. C'est simple et sûrement complètement stupide à tes yeux, mais aussi à ceux de tous les autres, mais je voudrais que tout le monde se porte bien. Quand j'écoute les chats parler, quand je vois leurs cœurs battre ou s'immobiliser à travers leur peau, je me sens unique. C'est vrai. Je suis le seul du Clan à voir les maisons de verre qu'on appelle "foyer".  Je suis le seul du Clan à pouvoir, même un tout petit peu, enlever la douleur. Et quand je le fais, quand je m'occupe de vous, tous, qui que vous soyez, je me sens utile. Utile. C'est un mot qu'autrefois, je haïssais, parce que je n'en connaissais pas la signification. J'ai été élevé dans la pensée constante que je n'étais qu'un moins que rien. Que je ne ferais jamais rien de respectable. Cette pensée, ces affirmations m'ont poursuivi. Longtemps. Elles m'ont poussé à faire des choses dont je ne suis pas fier. Ce disant, il jeta un coup d’œil rapide à sa patte, d'où ressortait sa cicatrice qui montait depuis la cheville jusqu'à la hanche et qui barrait tout le membre d'une traînée blanche. Mais lorsque j'aide les autres, je me sens, justement, utile, et je sens que je porte atteinte à tous ceux qui me disaient que je ne serais jamais quelqu'un. Quand je m'occupe d'aider les autres avec leurs malheurs, j'oublie que j'en ai, et les miens cessent de me poursuivre. Alors quand personne dans la forêt n'aura plus de tourments, je pourrai enfin m'occuper de mes propres démons. Pas avant.

Un jour, il ne se souvenait plus d'où, ni quand, il avait entendu quelqu'un dire que le caractère une fois à l'âge adulte était lié à des épisodes de la vie passée. Et Châtiment du Tonnerre ne savait absolument pas d'où venait ce côté si altruiste, si généreux, qui l'aurait poussé à mourir pour un autre. Il ne savait absolument pas d'où venait sa conviction profonde que chaque chat avait un bon côté au fond, et qu'il était en mesure de le mettre à la lumière. Il ne savait absolument pas pourquoi il s'attachait aussi rapidement aux gens, pourquoi il aimait tant ses amis, plus que lui-même.

Il ne savait même plus si c'était une qualité ou un défaut. S'il était plus égoïste, il aurait plus de temps pour lui-même. Mais pourrait-il regarder son reflet dans la rivière sans ressentir du dégoût pour cet être égocentrique, qui pensait que le monde tournait autour de sa petite personne, alors que des innocents souffraient alentour ?

Mais s'il était plus égoïste, il se serait peut-être moins souvent fait marcher dessus durant sa jeunesse, et n'aurait pas besoin d'être froid et autoritaire lorsqu'il voulait faire respecter ses décisions auprès des chats haut placés.

Une petite larme solitaire roula du coin de son œil jusqu'à son museau, et s'écrasa sur le sol à ses pattes. Il l'étouffa avec ses coussinets. Il n'avait pas le droit de pleurer. Pleurer faisait de lui un faible.

Un égoïste.

© Jawilsia sur Never Utopia



HRP:
 

_________________


GG MUMU <3 (29/12/2015)

« So all you sick and the bitterness of the lonely.
To all you overdosed and you miles of coke fiends. »

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Plume Bleue
P'tit nouveau.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 110
Age : 16
Date d'inscription : 04/07/2015


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Dim 6 Déc - 18:14

Glass House
Thunder & Plumy.



    Attends !

    Je ne savais pas si le temps s'était arrêté, si l'horloge avait arrêté de tourner, ou si le jour s'était levé. Je ne savais rien de tout cela, je ne savais plus rien à cet instant précis. Perdue. J'étais perdue.
    Je sens mon cœur s’accélérer alors qu'il s'approche de moi cahin-caha. Je tourne ma tête d'un geste machinal, j'ai besoin de savoir. Je veux le voir, lui et son visage si rassurant. Mais lui-aussi me cherchait. Son regard gagne mes prunelles embrumées par un voile de larmes et je ne peux plus que le regarder. Ce regard, ces yeux si envoûtants. Je n'ai jamais retrouvé un éclat pareil que dans les yeux de ma sœur, ma très chère sœur...
    Pourquoi m'a-t-elle quittée ? Pourquoi ? L'amour, m'avait-elle susurré. Un jour, tu comprendras. Mais jamais je ne comprendrai. Personne ne voudra jamais de moi et de mes problèmes. Je n'ai rien à envier, et même si je prenais soin de mon apparence pour redevenir une féline assez attirante, personne ne s'en rendrait compte. Pourquoi ? Parce que la solitude hante ma personne et fait frémir mes songes. Elle m'avait quittée par ''amour''. Et elle m'a promis qu'un jour je comprendrai. J'espère qu'elle a eu raison, en ce jour où j'ai tant pleuré.
    Maintenant, dans cette ambiance silencieuse où règne l'appréhension, je reste frigorifiée sur place, à attendre le doux son de sa voix. J'ai besoin de lui, j'ai besoin de quelqu'un. Je veux tout oublier, tout recommencer.
    Je prends le temps de le détailler ; je veux tout connaître de lui.

    Son pelage est long, et, aux reflets de la pâle de lumière de la lune, prend un éclat roux cendré. Ses prunelles, cependant, ne brillent plus. Elles restent d'une couleur glauque et froide, même si derrière ce regard se cache une forte incompréhension, et une envie de savoir, d'aider. Moi aussi je veux aider. Moi aussi, je veux changer. J'écoute le rythme régulier de sa respiration, me prenant à rêvasser. Je me souviens des anciens du temps de mon enfance, ceux qui passaient tout leur temps en compagnie des chatons et des plus jeunes. Mais je me souviens aussi des couples du Clan, ceux qui me faisait chaque fois me noyer dans leur complicité. Cela me rappelle il y a quelques minutes maintenant, l'air abasourdi de Châtiment du Tonnerre quand je lui ai rapidement offert un geste de tendresse amicale.

    J'aimerais simplement que les gens se portent bien. Je ne sais pas si tu comprends ce que je veux dire, j'ai toujours des pensées un peu brouillon... mais je vais essayer d'être clair. C'est simple et sûrement complètement stupide à tes yeux, mais aussi à ceux de tous les autres, mais je voudrais que tout le monde se porte bien. Quand j'écoute les chats parler, quand je vois leurs cœurs battre ou s'immobiliser à travers leur peau, je me sens unique. C'est vrai. Je suis le seul du Clan à voir les maisons de verre qu'on appelle "foyer". Je suis le seul du Clan à pouvoir, même un tout petit peu, enlever la douleur. Et quand je le fais, quand je m'occupe de vous, tous, qui que vous soyez, je me sens utile. Utile. C'est un mot qu'autrefois, je haïssais, parce que je n'en connaissais pas la signification. J'ai été élevé dans la pensée constante que je n'étais qu'un moins que rien. Que je ne ferais jamais rien de respectable. Cette pensée, ces affirmations m'ont poursuivi. Longtemps. Elles m'ont poussé à faire des choses dont je ne suis pas fier.

    Il fixe l'endroit où la blessure a laissé une longue traînée blanche. Sa voix recouvre une nouvelle fois l'atmosphère pesante qui s'est installée entre nos deux corps, qui ne sont cependant pas très loin l'un de l'autre.

    Mais lorsque j'aide les autres, je me sens, justement, utile, et je sens que je porte atteinte à tous ceux qui me disaient que je ne serais jamais quelqu'un. Quand je m'occupe d'aider les autres avec leurs malheurs, j'oublie que j'en ai, et les miens cessent de me poursuivre. Alors quand personne dans la forêt n'aura plus de tourments, je pourrai enfin m'occuper de mes propres démons. Pas avant.

    Je suis... Surprise. Comment est-ce possible ? N'a-t-il donc jamais songé à aller mieux, pour justement mieux aider les autres ? Il est bien trop généreux ; quoique. Cela peut aller dans les deux sens, finalement.

    Je... Vraiment … ? Alors je vais t'aider à finir ton travail, ainsi, tu iras mieux. Je ne veux que ton bonheur, car tu as un cœur d'or, un bon fond. Même si les autres ne le pensent pas, moi, je le pense : Tu es un guerrier formidable. Ne l'oublies jamais.

    Mais je me contente de m'approcher de lui, et de plonger mon regard dans le sien. Ma queue passe sous son museau, d'un autre geste délicat, puis je viens passer ma langue entre ses deux oreilles. Cependant...
    Mon cœur rate un battement quand j'ouvre grand mes yeux après cet excès de ma part. Je recule, horrifiée de mes propres faits. Comment ai-je pu me laisser emporter ? Ce n'est pas dans mon naturel. Je ne suis pas comme ça ; ce n'est pas moi. L'ai-je vexé ? Non ! Je ne veux pas le perdre. Pas maintenant, alors que tout allait si bien commencer. Non, je ne l'accepterais pas.

    Pardonnes-moi, j-je ne voulais pas...


    Figée. Je reste figée devant mon acte pourtant si court. Ces quelques secondes m'ont glacé jusqu'aux os, jusqu'à la moelle. Je m'en veux terriblement. Non pas d'avoir su dépasser mes limites, non pas que cette action était déplacée, quoique, mais de l'avoir peut-être irrité, blessé. Cela ne m'a pas déplu, mais j'ai peur d'en avoir fait de trop. Je considère seulement cela comme un geste amical, mais y verra-t-il de la provocation ou de la vulgarité ? C'est dans ces moments que mon cœur accélère encore plus, et vient tambouriner dans ma poitrine. À ce moment là, j'ai peur.

HRP:
 

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rivière d'Ombres
Connaisseur-se.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 1127
Age : 16
Date d'inscription : 18/09/2014


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Sam 12 Déc - 11:32







Glass House
Thunder x Plumy





« You have shown, you can see right through this glass house of our souls. Make us whole again. Make us whole. »

Celui qu'il aurait dû appeler papa, celle qu'il aurait dû appeler maman, ceux qu'il aurait dû appeler frangins ne lui avaient jamais enseigné comment survivre. Ils l'avaient lâché dans ce monde hostile sans aucune astuce, sans aucun réconfort, sans personne pour le relever lorsqu'il tomberait. Alors oui, il avait pu devenir, au fil du temps, plutôt froid et autoritaire. Mais s'il y avait bien une chose qu'il avait apprise durant sa dure vie de solitude, c'était que dans ce monde, dans cette vie qui était davantage un fardeau qu'un présent, c'était tuer ou perdre. Il n'avait plus qu'à mentir en espérant un jour entendre la vérité.

Plume Bleue soutint son regard. Une minute, peut-être deux. Châtiment du Tonnerre avait perdu la notion du temps. Depuis combien de temps étaient-ils paralysés, l'un devant l'autre, à confier leurs plus noirs secrets ? Leurs camarades allaient-ils commencer à s'inquiéter ? Et est-ce que cela lui importait réellement ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement attendre là, impuissant, insignifiant, que le froid mordant de la nuit emporte toutes ses larmes impures, que sa fierté excessive avait empêchées de couler ?

▬ Je... Vraiment … ? Alors je vais t'aider à finir ton travail, ainsi, tu iras mieux. Je ne veux que ton bonheur, car tu as un cœur d'or, un bon fond. Même si les autres ne le pensent pas, moi, je le pense : Tu es un guerrier formidable. Ne l'oublies jamais.

Si seulement c'était si simple. Les guérisseurs apprenaient à leurs camarades, autant d'enfants désobéissants et imprudents, à lécher leurs coussinets lorsqu'une écharde se logeait profondément dans leur peau. Mais Châtiment du Tonnerre, pour avoir passé une longue période auprès de Hurlement de la Louve, de mauvaise grâce malgré tout, avait constaté que bien souvent, simplement couvrir la zone douloureuse de coups de langue n'était pas suffisant, et le chat avait besoin de l'aide de la guérisseuse. En fait, cette longue et immobile instance avait été presque ironique, lorsqu'on savait qu'il avait passé exactement la première partie de sa vie de la même façon. En plein cœur des paroles, en plein cœur des mensonges. C'était la même chose que pour l'écharde. Son âme avait tant été poignardée par les paroles injuriantes que sa "famille" lui avait lancées qu'il ne suffisait pas de laisser passer le temps en espérant que les cicatrices se refermassent. Il avait besoin d'aide. Et il était trop orgueilleux, trop attentionné envers les autres pour s'en apercevoir.

Cette comédie avait duré presque un an.

Plume Bleue se contenta de s'approcher de lui, de laisser glisser sa queue contre son museau et de lui donner un affectueux coup de langue entre les deux oreilles. Châtiment du Tonnerre se paralysa. Comment était-il censé réagir ? Il n'espérait pas que leur relation fût déjà aussi... proche. En fait, il ne connaissait presque pas la guerrière ; il s'était intéressée à elle, à son passé, à ses maux, parce qu'il voulait faire son devoir, et parce qu'elle l'intriguait. Jamais il n'aurait imaginé qu'ils puissent être de réels amis. Ou encore plus... Non. Il secoua la tête, chassant cette mauvaise pensée. Il aurait voulu une famille, mais pas maintenant. Pas n'importe comment. Pas avec la première femelle qu'il aurait rencontrée. Il était un chat très axé sur la fidélité. Et il avait peur de devenir le père odieux que Morsure des Damnés avait été à son égard. Depuis qu'il était né, sa propre enfance se répétait à différentes phases de sa vie ; il refusait que son passé reprenne forme dans la vie de ses futurs petits.

▬ Pardonnes-moi, j-je ne voulais pas...

Soudain, Châtiment du Tonnerre reprit contenance, comme s'il ne s'était rien passé. Car après tout, il ne s'était rien passé, n'est-ce pas ?

Si lui avait plutôt étrangement interprété son geste, Plume Bleue devait se sentir infiniment mal d'avoir agi ainsi, et à tort ; peut-être voyait-elle leurs relations d'un œil différent. Peut-être s'imaginait-elle qu'ils étaient assez proches pour se permettre ce genre d'actes, et c'était son droit. C'était simplement que... Châtiment du Tonnerre n'était pas du tout habitué à de tels gestes d'affection.

▬ Ne t'inquiète pas, la rassura-t-il avec un sourire bienveillant. Ce n'est rien.

Il se retourna vers le ruisseau, en contre-bas. Il ne pouvait pas voir son reflet, mais se posait tout de même des questions. S'il l'avait observé, aurait-il vu, comme pour les autres, sa propre maison de verre ? La maison de verre de son âme, celle qu'il pouvait apercevoir chez les autres chats ? Ou était-elle étouffée par son cœur noir ? Et s'il en avait l'intention, aurait-il réussi à se rendre entier ? À nouveau ?

Sûrement pas. Comme les autres, il avait besoin d'aide, et peut-être Plume Bleue pouvait-elle lui apporter son aide. La guerrière gris bleu, en dépit de l'obscurité de son pelage, était devenue à ses yeux comme son phare la guidant dans la nuit. Et s'il avait envie de lui confier quelque chose, il aurait pu le faire sans craintes.

Il n'avait jamais connu ce sentiment qui bouillonnait en lui et lui réchauffait le cœur, comme si un soleil éclatant avait dardé de ses rayons sa poitrine fragile. Le sentiment d'être apprécié, réellement.

▬ Plume Bleue ? l'apostropha-t-il avec gentillesse.

Il prit une grande inspiration, essayant de chercher ses mots. Comment aurait-il pu exprimer simplement la confusion de ses sentiments ? Il aurait dû inventer de nouveaux mots...

Ou alors, aller droit au but. Grâce à un simple mot.

▬ Pour une fois, juste une fois... je me sens bien. Je continuerai à aider les autres et j'essaierai un minimum de faire attention à moi, sans empiéter dans mon altruisme. Et quand tu auras quelque chose à me dire, tu pourras le faire sans avoir peur d'être jugée, et vice-versa. Tu n'auras qu'à dire "Châtiment du Tonnerre, j'ai à te parler", à n'importe quel moment de la journée comme de la nuit. Et je serai là. Pour t'écouter. Pour te parler. Pour t'aider. Je ne suis pas très doué avec les mots, et je n'en étudie pas souvent la signification, mais d'après mes souvenirs épars de ma toute petite enfance, je crois que cette impression de plénitude que je ressens en ce moment, ça s'appelle le "bonheur".

Il n'était pas en totale plénitude, évidemment. Mais pourtant, cela faisait tant de temps qu'il n'avait pas été heureux que cette parcelle de joie lui semblait être un feu d'artifice en son for intérieur.

Comme si les bouts de verre éparpillés de son âme commençaient à se rassembler.

© Jawilsia sur Never Utopia



HRP:
 

_________________


GG MUMU <3 (29/12/2015)

« So all you sick and the bitterness of the lonely.
To all you overdosed and you miles of coke fiends. »

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Plume Bleue
P'tit nouveau.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 110
Age : 16
Date d'inscription : 04/07/2015


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Sam 2 Jan - 14:30

Glass House.


    ▬ Plume Bleue ? m'appelle-t-il d'une voix empreinte de gentillesse.

    Je le vois prendre une grande inspiration, son poitrail se figeant un moment sous l'apport d'oxygène. Mon regard louvoie entre les ombres nocturnes. Son pelage roux au jour s'est mué dans les teintes sombres que la nuit lui procure sans lui demander son avis. Il cherche ses mots, je suppose. Sinon, pourquoi resterait-il ainsi posté à inspirer ?

    ▬ Pour une fois, juste une fois... je me sens bien. Je continuerai à aider les autres et j'essaierai un minimum de faire attention à moi, sans empiéter dans mon altruisme. Et quand tu auras quelque chose à me dire, tu pourras le faire sans avoir peur d'être jugée, et vice-versa. Tu n'auras qu'à dire "Châtiment du Tonnerre, j'ai à te parler", à n'importe quel moment de la journée comme de la nuit. Et je serai là. Pour t'écouter. Pour te parler. Pour t'aider. Je ne suis pas très doué avec les mots, et je n'en étudie pas souvent la signification, mais d'après mes souvenirs épars de ma toute petite enfance, je crois que cette impression de plénitude que je ressens en ce moment, ça s'appelle le "bonheur".

    Ses mots tourbillonent dans mon esprit avec une violence combinée à ce qu'il appelle "Bonheur".
    Perdue. Je suis perdue. Perdue dans un monde qui n'est pas le mien, loin des frontières de mon âme. Éloignée de cet endroit rassurant ayant bercé la totalité de mes songes, de ma vie pourtant si courte. Je suis déstabilisée par ses paroles que j'ai pourtant bues comme la plus pure des eaux, mais je suis tellement peu habituée que je sens mon cœur se raidir, emprisonné dans son écrin sanguin. Les ténèbres gagnent à chaque seconde un peu plus de terrain, qui en grandissant ôte l'espoir de mon cœur noirci. La petite lumière qui y subsiste souffre un martyre permanent, mais reste. Elle reste. Et ce, sous le seul prétexte de la loyauté. Démunie de son âme, mais pourvue d'un cœur. Voilà ce qu'elle est. Elle, petite lumière loyale à mon cœur, qui me permet d'avancer malgré la douleur. La pâleur de mon regard trahit un vide apparent, qui espère finir rapidement ce qu'il a commencé.
    Cependant, je me défends à grands coups de souffrance et de remords. Pendant ces quelques instants qui saupoudrent ma vie, ils deviennent ma force, ma fierté qui laisse pourtant des traces de souffrances sur mon futur.
    Rien ne pourra cependant m'enlever mon envie de réussir ; de m'en sortir.
    Renaître.
    Cette lumière prend soudainement plus de place, et je sens une chaleur nouvelle envahir mon corps, ainsi que mon cœur. Elle comble le vide qui s'y était installé. L'horizon gris et lugubre devient vert et luxuriant, et le soleil à nouveau brille de son éclat doré. Les nuages s'envolent et abandonnent leur menace qui planait  sur moi, et l'azur du ciel est à présent visible, et agréablement je me sens exister. Sensation de toute-puissance, nocive et pourtant si douce que m'ont procuré ses mots. Je ne peux résister à témoigner de ma reconnaissance, et laisse s'échapper de ma gorge un ronronnement, chose qui ne s'était produit depuis bien longtemps.
    Puis se dessine un sourire sur mes lèvres quand je déclare :

    ▬ Il en va de même pour toi. Je compte sur toi pour venir te confier quand le moment sera venu.

    Je marque une pose, tournant mon regard vers le chemin du camp.

    ▬ Il est peut-être temps de rentrer, qu'en penses-tu ?

    Sans attendre de réponse, je m'engage sur le sentier d'humus qui craque sous nos pas. La lune est encore haute dans le ciel, la nuit n'est pas finie. La petite brute n'est plus bien loin ; le sol devient rocailleux et le terrain plus escarpé. Sans y prêter grande attention, nous nous retrouvons facilement à son sommet, puis nous descendons son flanc d'une allure nonchalante. Je traverse la clairière, sans trop savoir s'il me suit encore. Puis je glisse mon corps fin dans le repère des guerriers, où je prends bien soin de gagner ma litière, qui se trouve à son extrémité, loin de toutes les autres. Je m'y roule en boule s'en entrain, loin d'être enchantée de dormir seule au courant de mes songes. Les paupières clauses, je guette le moindre bruit ou la moindre odeur qui pourrait trahir sa présence, juste pour être sûre que quelqu'un de bien demeure ici, à quelques longueurs de queue de moi.
HRPG':
 

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rivière d'Ombres
Connaisseur-se.
avatar

Féminin
Nombre de messages : 1127
Age : 16
Date d'inscription : 18/09/2014


Mes personnages
Description:

MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   Dim 10 Jan - 10:57

Je pense qu'on peut arrêter le RP ici, c'était un beau RP que j'ai beaucoup aimé écrire ! :D Hâte d'en refaire un avec toi, peut-être avec un autre de mes personnages que Thunder ? :B

Et merci pour la signa, c'était un cadeau de Mumu pour le Secret Santa Fou d'amour

_________________


GG MUMU <3 (29/12/2015)

« So all you sick and the bitterness of the lonely.
To all you overdosed and you miles of coke fiends. »

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Glass House. || ft. Plumy   

Revenir en haut Aller en bas
 
Glass House. || ft. Plumy
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Ma Doll House new p.3
» natur house
» [Shop] C House Bordeaux (fr)
» Green House Effect (effet de serre)
» Anna house....besoin d'infos SVP!

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Welcome to the New Age :: ARCHIVES :: Cerfblanc :: Clan du Tonnerre :: Territoires :: Arbre aux Chouettes-
Sauter vers: