« Il n'y a que toi, il n'y a toujours eu que toi. »

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 Les oiseaux effrontés |LIBRE|

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MessageSujet: Les oiseaux effrontés |LIBRE|   Sam 10 Oct - 0:05

Les oiseaux effrontésPETIT OISEAU
Sa voix, haute perchée, impossible à définir. Une telle douceur ne saurait se suffire de quelques mots à l’objectif de la qualifier, sa voix échappe à la raison et au temps. Un petit trésor gardé jalousement par son auteur, dissimulé dans ses branches tel un oiseau farouche en quête de quelques instants de liberté, d’un bien-être qu’il ne trouve véritablement que dans son sanctuaire secret. Se fondant dans les feuilles naissantes de ce vieux frêne, sa frêle silhouette à l’abri du vent caressant qui agitent ces branchages, on pourrait décidément le croire piaf, si petit, le blanc de sa fourrure ressemblant aux longues plumes de ces derniers. Parfois, en considérant le sol, il aime croire qu’il pourra un jour s’envoler. Parfois l’envie lui vient de le faire, de fuir, fuir qui, fuir quoi? Il ne saurait le dire, ni même y réfléchir encore. Il se contente donc de chanter ces quelques comptines lui ayant appris sa mère adoptive aux instants où les cauchemars venaient terrasser son sommeil et le plonger dans un océan de doute. Elle tremble encore cette voix, celle d’un enfant, une voix enjôleuse et sincère comme celle d’un ange, sans la moindre fausse note. Il articule avec énormément de dextérité pour son si jeune âge, s’appliquant toujours à apprendre ce langage si complexe qui anime les discussions entre chats. Petit Oiseau ne fut jamais le plus bavard, mais il sait écouter et surtout apprendre. À ses heures perdues et solitaires, il a l’occasion de mettre en pratique ses acquis, en chantant.

«Il a neigé dans l'aube rose,
Si doucement neigé
Que le chaton blanc croit rêver
C'est à peine s'il ose marcher.»


Parfois, le campement lui paraît trop bruyant, trop grand, trop agité. Alors il cherche la quiétude de cet arbre tout juste à la sortie du camp, là où on pourra garder un œil sur lui. Jamais au monde il n’oserait s’aventurer plus loin, vers cette lande inconnue qui pourtant est la sienne. On lui a maintes fois décrit la forêt de roseaux, les charniers et les marécages, ainsi que les mystérieux rochers bleutés. Il parvient encore difficilement s’approprier cette terre si vaste de sa vision minuscule et réductrice, celle d’un chaton encore bien naïf tout autant que craintif devant la découverte. Si sa sœur rêve de découvrir ce territoire qu’ils devront un jour défendre, Petit Oiseau ne se sent nullement pressé de grandir, de cet instant où il devra changer de nom, rejoindre une tanière différente et apprendre à se battre. Tous ces événements lui paraissent bien lointains, tout autant que ces lieux mystiques qu’on lui a dépeint. À ses yeux, le petit matou blanc ne sera jamais guerrier, une perspective qui lui plaît bien si elle signifie de passer ses jours à jouer les troubadours, juché sur son précieux arbre.

«Il a neigé dans l'aube rose,
Si doucement neigé
Que les choses
Semblent avoir changé.»


Il n’a jamais eu bien de mal à l’escalader d’ailleurs. Des griffes souples et de jeunes muscles agiles lui ont permis de s’hisser jusqu’aux plus hautes branches de ce fameux frêne où se suspend dans la moindre crainte. Le vide, contrairement à bien d’autres, n’a jamais provoqué la moindre peur chez lui. Il est convaincu de ne jamais tomber, tout simplement. Ou si cela devait arriver, alors il ne ferait que tendre les ailes pour se laisser planer. Petit Oiseau sourit, trouvant une position confortable sur sa branche, observant les allées et venues des guerriers de leurs apprentis à l’entrée du camp. Il se sent intouchable ici, presque invulnérable, à débiter sa chanson dans un bonheur des plus purs et simples. La solitude ne l’attend pas même. Il baigne dans le soleil printanier sans se soucier d’autre chose que de son prochain couplet. Il espère qu’on lui laissera encore un peu de temps avant qu’on vienne l’en déloger. Juste un peu plus de temps.

«Et le chaton blanc n'ose
S'aventurer dans le verger,
Se sentant soudain étranger
A cette blancheur où se posent,
Comme pour le narguer,
Des oiseaux effrontés.»


Hors-Jeu:
 

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MessageSujet: Re: Les oiseaux effrontés |LIBRE|   Dim 11 Oct - 0:47

Les oiseaux effrontés. feat. Petit Oiseau & Présage des Rats
«I can't win»
 


« Qu'est-ce qui ressemble à un mâle mais qui n'en est pas un ? »
« Présage des Rats bien-sûr ! »


Des paupières blafardes se soulèvent d'un coup, dévoilant deux yeux immenses, d'un jaune pâle comme la mort. Deux oreilles démesurées s'agitent sur un front plissé. Il bâille à s'en décrocher la mâchoire, ses crocs cassés par endroit, décolorés par les plantes, s'entrechoquent tandis que sa gueule triangulaire se referme dans un claquement sourd. Il fronce le nez et tout son museau se froisse atrocement, on voit chaque muscle, chaque bout de peau s'encastrer dans les autres, tant de mécanismes cachés en principe, apparents chez lui, il est un livre d'anatomie ouvert. Il se lève doucement comme pour ne pas briser son corps si fragile, entame une toilette patiente, laissant sa langue courir sur un duvet râpeux, encore chaud mais désagréable au possible, par endroit seule l'épiderme nue l'accueille et il frissonne. Il évite soigneusement l'endroit qui faisait de lui un mâle à part entière, il refuse encore cette nouvelle particularité, il a l'impression d'être un de ces domestiques asexués et rondouillards. Il était guérisseur mais cela ne l'empêchait pas de regarder certaines reines avec envie, bien-sûr ses assauts étaient toujours repoussés, qui voudrait d'un serpent pour amant ? Mais à présent leur vue le laissait indifférent et cela lui coûtait plus qu'il n'aurait su dire. Il lève la tête, écœuré de trop réfléchir.


Petit à petit la tanière s'illumine, les doux rayon d'un soleil bienvenu viennent teinter le sol d'un camaïeu d'or qu'il observe un moment avant de jeter un coup d’œil du côté de sa novice. Novice qu'il ne connaît presque pas, son absence a duré si longtemps qu'il n'a pas vraiment eu l'occasion de faire sa connaissance. A son arrivée elle était là, dans sa tanière à lui, sur son nid à lui. Bientôt il avait chassé la jeune arrogante jusqu'à ce qu'on lui dise qu'ils étaient désormais liés comme il avait pu l'être à son propre mentor. Il avait râlé, comme toujours. Son regard étrange se pose sur elle sans réelle douceur, il n'a aucun sentiment à son égard, elle est plus un fardeau qu'autre chose et ne facilite pas sa situation, se réintégrer est difficile dans un Clan qui a peur de vous, et surtout dans un Clan où tout le monde ne croit pas à votre histoire. Même ceux qui le défendent s'y prennent mal, il a entendu un « il ne s'est pas castré tout seul quand même ! » un jour, a craché silencieusement et s'est détourné pour se remettre au travail. La réserve est dans un triste état, presque vide, tout a séché, certaines préparations sont réduites en poussière, des poussières grisâtres mais toujours odorantes au possible, l'air vicié lui déplaît lui qui est presque maniaque. Alors une bonne fois pour toutes, convaincu qu'il ne pourra plus rien sauvé alors qu'il comptait y penser, il s'empresse de tout pousser au dehors, comptant sur un novice malchanceux pour s'occuper de tout cela, lui n'a pas que ça à faire, le devoir l'attend.


Il sort dans l'air frais, frissonne de nouveau. Maudit sa condition comme chaque jour, c'est presque un rituel. Il croise le regard curieux de quelques guerriers. L'un d'eux s'approche, hésitant et puis Présage des Rats perd patience, l'apostrophe sans plus de cérémonie, fatigué de cette comédie. Il est laid, il mord, il se plaint, mais il ne mange encore personne.


« Oui ? J'ai pas toute la journée. »


L'autre sursaute comme s'il s'apercevait seulement de sa présence. Finalement il lui explique qu'il a mal au ventre, alors le guérisseur désigne le tas de déchets près de lui d'un geste agacé.


« Au cas où tu ne l'aurais pas vu ma réserve se fait... précieuse. Aussi je te demanderai d'attendre que je revienne, je pars ce matin ».


L'un des guerriers chuchote quelque chose du genre « tu crois qu'il reviendra cette fois ? ». Mais le Rat ne s'en soucie pas et préfère les narguer en allant choisir une pièce de roi sur le tas de gibier qu'ils viennent à peine d'approvisionner. Ensuite, après s'être largement rempli la panse, on peut presque voir son estomac gonflé, il met de côté les ossements de ce qui était une grive en pleine santé et, sans rien dire à son apprentie qui dort toujours, sort du camp.


Il guette distraitement le chant des oiseaux mais c'est un autre genre de volatile qui lui répond. Il reconnaît la voix du gosse sans trop de mal. Il n'y a pas plus pur et le petit ne le sait pas mais il arrive au guérisseur d'observer les portées. Il n'aime pas les chatons, parce qu'ils sont cruels et bien trop joueurs, bien trop naïfs. Mais celui-ci est un peu différent. Pourtant il s'en méfie quand même, gamin à sa façon, en tant qu'adulte un chaton ne devrait pas l'inquiéter pourtant ils lui semblent tous fourbes et menteurs. Il cherche l'origine de la jolie chanson qui rappelle un peu trop l'hiver, saison que lui et sa peau haïssent au plus haut point. Il avance lentement, parce que ses membres sont encore engourdis et parce qu'il n'est pas pressé, la journée ne fait que commencer et faire attendre un peu plus longtemps le guerrier peureux de tout à l'heure lui fait plaisir au fond. Il se sent puissant lorsqu'ils viennent le voir, incapables de discerner une plante d'une autre, disant amen à tout ce qu'il peut leur raconter. Quoiqu'il en soit il donne toujours ce qu'il faut, dans la quantité acceptable, jamais plus, jamais moins. Il n'aime pas les geignards pourtant et il sait que Petit Oiseau, qui cherche à côtoyer le ciel de plus près vu son perchoir, en est un, le plus grand geignard que le monde ait porté. Du moins c'est la situation dans laquelle le gosse se complaît. Il sourit de son sourire tordu en le voyant, petite tâche blanche lumineuse, perdue dans une forêt de feuilles nouvelles. Il l'apostrophe lui aussi, une voix rocailleuse, pas très grave mais entrecoupée, parce qu'il parle peu et que son organe ne doit pas être aussi mignonnet que celui du rossignol là-haut.


« Tu vas effrayer les oiseaux. Ils ne sont pas si effrontés à ce qu'il paraît»


Peut-être va-t-il tomber de peur, peut-être va-t-il gémir.
Il est fier de son double jeu de mot, il sourit de nouveau, exhibant ses crocs fêlés avec plaisir, laissant le soleil réchauffer sa peau tâchée avant de reprendre la route. Il n'ira pas chercher d'herbe à chat en tout cas, il enverra Nuage Dansant, un jour, et peut-être reviendra-t-elle.


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MessageSujet: Re: Les oiseaux effrontés |LIBRE|   Mar 13 Oct - 17:52

Les oiseaux effrontésPETIT OISEAU
De son bonheur, rien ne semblerait susceptible de l’en décrocher. Il possède encore cette naïveté infantile qui rend toute notion du temps et des événements futurs un flou insaisissable, une caractéristique qui l’ancre dans l’instant présent. Un instant présent fort en doucereuses émotions qui ne connaissent pas encore le doute. Il fait jouer ses griffes minuscules contre l’écorce comme par jeu, un instant distrait de son poème musical en s’imaginant une proie là où seule une feuille d’un vert éclatant se tient et lui livre combat. Petit Oiseau ne se soucie guère de son opposant, sous l’effet de son imagination fertile, il s’agit de sa première souris qu’il est parvenu à attraper sans trop de mal, en faisant le héros d’un Clan qui déjà le méprise, et plus encore celui d’une sœur, d’un père et de frères dont il cherche constamment l’estime et l’approbation. Il se surprend à rêvasser au regard ambré de son géniteur, une étincelle de fierté brillant dans son regard, son torse gonflé d’orgueil paternel… Un rêve qui prend brusquement fin alors que le chaton remarque enfin une présence, plusieurs longueurs de queue en contre-bas, venu troubler la quiétude de ses instants solitaires. Sans se méfier, le petit se penche vers l’avant pour observer le nouveau venu, dont la voix grave l’atteint aussitôt et le force à reculer contre la branche, jusqu’au tronc où il se blottit de terreur et d’angoisse.

Car sous lui, un chat à l’allure grotesque se tient, lui adressant un sourire sournois et lugubre qui tire au garçonnet un frisson d’horreur. Ce visage émincé, plissé de doutes scrupuleux, ce long corps dénudé aux taches horripilantes, et ces yeux démesurés le scrutant… Présage des Rats a de nombreuses fois habité les cauchemars de ce chaton, et de se retrouver confronté à lui sans la présence rassurante de ses sœurs ou de sa mère le plonge dans une panique difficile à conjuguer. Le petit se terre contre l’écorce dans un gémissement facilement repérable pour le guérisseur. Contrairement à bon nombre des chats de la tribu, Petit Oiseau ignore tout de l’absence de cet étrange mâle, ou même des sévices perpétrés à ses génitaux, une blessure dont l’origine laisse lieu à autant de rumeurs infondées et cruelles. Ce qui l’effraie chez ce gaillard se résume à son aspect physique et son attitude de façon générale, ainsi que ce qui émane de son imagination toujours aussi lucrative. Petit Oiseau s’imagine à tort que cet étrange spécimen pourrait lui causer du tort. Pourtant, ils partagent de nombreuses caractéristiques qui auraient pu les rapprocher dans un certain sens. Exclus, jugés, ils auraient pu trouver chez l’autre une force dans leur différence.

«Les… les oi… seaux ils ont pas… pas peur de moi… J’suis tou-out petit…»

Contre sa branche, le petit se demande encore une fois si son comportement dérange son aîné, s’il devrait descendre et s’excuser, si ses agissements ont causé préjudice à d’autres. Trop gentil pour considérer la situation inverse, pour s’imaginer en droit d’obtenir quelques instants de candeur et de jeunesse avant que les responsabilités ne le happent pour faire de lui une machine de guerre huilée, un guerrier de l’Ombre obéissant protégeant un Clan reclus contre lui-même dont la paranoïa frise l’hérésie.

«Je peux arrêter de chanter si ça t’importune.»

Avec déception, ses oreilles se plaquent contre son minuscule crâne et il observe le guérisseur sans grand dégoût, mais d’un œil teinté de méfiance et de crainte, autant de sentiments qu’il ne parviendra pas de sitôt à réprimer. Un jour, en prenant l’assurance nécessaire, il sera probablement en mesure de passer outre les apparences et réserver à ce sorcier la même gentillesse qu’il témoigne à tous les autres.

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MessageSujet: Re: Les oiseaux effrontés |LIBRE|   Dim 18 Oct - 0:45

Les oiseaux effrontés. feat. Petit Oiseau & Présage des Rats
«Big Boys don't Cry. They don't Ask Why.»
 

« C'est un rat tout court, tu m'étonne qu'ils l'aient pas bouffé, même eux en ont pas voulu »




Le gosse a un mouvement de recul. Prévisible, à mourir d'ennui. La boule de poils blanche se tasse contre l'écorce pâlotte de l'arbre et c'est à peine si le guérisseur peut encore la voir. Il l’imagine pourtant très bien trembler, se demander quoi faire, s'il doit appeler au secours, si son cher papa arrogant va débarquer. Présage des Rats ne porte pas Poésie des Ours dans son cœur, mais il ne l'apprécie pas moins que n'importe qui d'autre. En fait rare sont ceux qui méritent son respect, inexistants ceux qui méritent son amitié. Sait-il encore seulement ce que cela veut dire ? D'ailleurs un mot lui échappe en cet instant et son front se plisse un peu plus, son sourire ne l'a pas quitté mais il est distant, à mille lieues de là, perdu dans les tréfonds de sa mémoire, il cherche une définition. Le chaton, avec ses oreilles minuscules plaquées contre son crâne tout aussi minuscule, réceptacle d'un cerveau ramolli par la peur, oui ce chaton … il est presque mignon.


Le soigneur secoue la tête, perturbé par cet élan de gentillesse, quoiqu'il ne sait pas vraiment si cela pourrait être considéré comme gentil. Dire devant ses camarades que l'Oiseau est mignon serait peut-être pire que mieux pour sa, déjà misérable, réputation. Il l'agace, pas parce qu'il a peur, il a l'habitude et ce n'est pas le regard d'un chaton qui lui révélera quoique se soit. Mais il l'agace parce qu'il est comme lui a pu l'être, perdu, rêveur, naïf, innocent, faible. Et il a horreur d'être confronté de nouveau à cette image qu'il a gommé, frotté jusqu'au sang, jusqu'à la peau, jusqu'à ce qu'il ne reste rien, pas même sa masculinité, ce qui faisait de lui un être «classable ». Il ne reste rien d'autre que le savoir. Il n'est plus que deux choses : Guérisseur et fils de l'Ombre. A quand le néant total ? Il repense à l'ancien lieutenant, son regard blessé mais plein de rage, d'amertume. Et il est amer lui aussi, parce qu'il n'a pas le courage d'agir avec dignité comme lui a pu le faire. Il n'a pas le courage de leur hurler à tous qu'il se moque bien de ce qu'ils peuvent penser. Parce que c'est faux. Il s'en préoccupe bien plus qu'il ne le voudrait et cela lui coûte énormément. Le gosse se préoccupe-t-il de l'avis des autres ?


Présage des Rats laisse un silence s'installer, parce qu'il ne fait guère attention à la politesse et aux mondanités, il entend régner sur les conversations en imposant son propre rythme, sa propre inspiration. Lorsqu'on lui parle, quand on y est obligé, on est souvent mal à l'aise, il ne répond pas dans l'immédiat voire trop vite pour se contredire ensuite, mais il finit toujours par avoir le dernier mot, même s'il a tort. Il regarde ses pattes avec une attention presque malsaine. Le bout ressemble aux doigts des bipèdes, longs et nus, squelettiques, surmontés de griffes noirâtres, tout bonnement affreuses, plus des ongles sales que des armes. Puis soudain sa propre vue le dégoûte et il relève la tête, braquant ses yeux démesurés sur la tâche blanche qui attend toujours là-haut.


« Certes ils n'ont pas peur. Personne n'a peur de toi sauf toi-même. »


Un nouveau frisson, une nouvelle malédiction silencieuse adressée à un soleil trop faiblard au goût de son épiderme capricieux.


« Chante tant que tu veux Petit Oiseau, tant que l'envie te vient » souffle-t-il comme un serpent, comme s'il disait un secret au vent.


Oh s'il savait, il a peur de tout mais il n'imagine pas la moitié de ce qui pourrait lui arriver dans ce monde. S'il savait il retournerait se terrer dans le ventre chaud et rouge de sa mère, il s'y cramponnerait de ses griffes d'enfant, avec toute la maigre force dont il est capable. Soudain le Rat a envie de jouer un peu, comme pour se venger de tous les affronts qu'on a pu lui faire, et aussi par esprit de défi, il sera professeur en ce jour. Avec sa souplesse dérangeante il s'approche de l'arbre et commence son ascension, doucement d'abord puis impressionnant de rapidité. Il se rappelle du jour où il s'est enfui, quelques temps après la pièce aseptisée, sa course, l'arbre immense qui l'attendait comme les portes d'un paradis trop lointain. La liberté l'avait embrassé avec fougue lui faisant presque mal, l'empêchant de respirer. La réalité l'avait frappé en plein visage lorsqu'il s'était vu confronté à une belle solitaire et qu'il n'avait strictement rien éprouvé.


Bientôt il est en haut, sur une branche proche de celle du petit. Un rictus amusé se dessine sur son visage mais ses yeux jaunes n'expriment rien, vides comme ceux d'un poisson mort que les dingues de la rivière apprécient tant. Il tend la tête vers le chanteur.


« Et maintenant ? Tu voudrais descendre hein ? »


Il désigne de sa queue ridicule un passage de branches moins espacées sous eux, un dédale végétal, presque une échelle, parfait pour le petit grimpeur. La sortie de secours tant espérée. Pourtant le Rat se doute qu'il hésitera, il faut passer près de lui pour y arriver.


« Eh bien, descends donc je veux voir si tu fais cela aussi bien que tu chante »


Il s'amuse, il est cruel et pourtant au fond il fait cela pour l'aider. S'il ne surmonte pas sa peur il ne survivra pas. Présage des Rats attend, curieux, lèche l'une de ses cicatrices distraitement, incapable de rester immobile au dessus du vide.




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MessageSujet: Re: Les oiseaux effrontés |LIBRE|   Mar 20 Oct - 23:15

Les oiseaux effrontésPETIT OISEAU
Ces oiseaux effrontés, ceux de son récit lyrique, se sont-ils envolés? La cour boisée entourant le campement ne lui a jamais paru aussi silencieuse qu’en cet instant, ou peut-être s’est-il fait sourd à leur musique se mêlant aux cris d’un vent printanier. Il ne saurait le dire ou même articuler une pensée à peu près rationnelle dans son esprit encore jeune et inexpérimenté. Il comprend néanmoins avec une certaine perspicacité que l’aîné se plaît à le troubler, que l’intérêt soudain lui étant porté ne sert que les intérêts joueurs et légèrement cruels de ce chat dénudé. Petit Oiseau ne saurait en saisir les raisons, tout comme à chaque moment où le sort le désigne comme la victime de quelque raillerie blessante ou amusement collectif. Comprendre son propre comportement de façon à se diagnostiquer telle la victime qu’il est… Encore hors de sa portée, de son raisonnement naïf et de sa capacité cognitive à faire face aux problèmes. Il ne réagit que par l’instant, incapable d’y voir une autre issue que celle de la fuite, l’assouvissement devant cet être en toute possession de son autorité sur lui. Docile, il lui semble prêt à cesser ses chants innocents à la moindre remarque destinée à lui clouer le bec. Présage des Rats se plaît plutôt à lui rappeler sa propre insignifiance, une attaque qui replie le jeune chat contre lui-même. Sans comprendre encore la portée de telles paroles, accusatrices certes, mais aussi empreintes d’une vérité indéniable qu’il lui faudra un jour affronter.

Son petit cœur fragile s’est emballé dans une dérive inutile. De son perchoir, devant un membre de son propre Clan, il ne risque rien que quelques bousculades vocales qui ne nécessitent jamais une telle frayeur. Pourtant, il ne peut s’en empêcher, se terrant dans sa crainte en scrutant son interlocuteur. Il se demande pourquoi les autres chats l’appellent «guérisseur», pourquoi son pelage ras sent les plantes plutôt que la chair tendre des souris, pourquoi il dort en solitaire dans ses propres quartiers privés, fier comme un roi. Pourquoi les chats malades entrent chez lui pour en ressortir neufs, quelques jours ensuite. Tant de questionnements qui se bousculent sous son petit crâne et qui le distraient des dernières paroles du mâle âgé, l’autorisant à sa musique. Il sursaute néanmoins en entendant l’aîné attraper le tronc entre ses pattes d’apparence si frêle, puis grimper avec aisance jusqu’à sa hauteur perchée. En entendant le matou s’hisser à sa hauteur, le chaton se met à brailler, manquant de tomber en tentant de lui échapper. Il ne parvient pas à s’expliquer la venue de Présage des Rats à ses côtés et en conclue qu’il cherche à lui nuire, à lui faire du mal ou peut-être même le faire tomber. Il s’accroche désespérément à sa branche, le poil tout hérissé si bien qu’il ressemble à un amas de neige duveteuse perdu dans la verdure de ce feuillage naissant.

Ainsi, le plus vieux, animé d’un désir d’aider le jeunot à vaincre ses peurs (dont il fait bien sûr partie), lui impose un dilemme. Rester auprès de chat aux allures grotesques et s’exposer potentiellement à sa méchanceté, ou risquer une descente sécuritaire mais qui lui retirerait son privilège, celui de grimper, de se trouver en altitude. Sauf que plutôt d’emprunter l’un ou l’autre des chemins proposés, le petit se terre plutôt contre sa branche, se couvrant le museau de ses pattes, en pleurant à chaudes larmes. Un spectacle aussi pathétique qu’attendrissant, un témoignage irritant et adorable de toute sa lâcheté alors qu’il supplie son bourreau de le laisser tranquille :

«S’il te plaît… laisse-moi tranquille… J’ai rien fait de mal je le jure, ne me fais pas de mal… Mamaaaaaaaaannnnnn…»

Eh bien sûr, pour terminer en beauté, le petit pleurniche le nom de sa mère en direction du campement, cherchant son assistance devant un danger inexistant. En tentant de reculer néanmoins, sa patte arrière glisse contre l’écorce et quelques instants il se sent planer alors que tout son corps dérape vers le précipice. À la dernière seconde, il parvient à se raccrocher à sa branche et à se hisser à moitié. Il est fort, coriace même, bien plus qu’il ne pourrait le croire, et parvient sans trop de mal à s’y pendre, mais impossible de remonter.

«À l’aide… À l’aide… Maman…»

Petit Oiseau pleure de plus belle, miaulant à se déchirer la gorge pour une aide imminente.

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MessageSujet: Re: Les oiseaux effrontés |LIBRE|   Ven 18 Déc - 16:36

Les oiseaux effrontés. feat. Petit Oiseau & Présage des Rats
«I wish I could Lie. And never could Fail.»
 

« Regarde le, son visage de marbre veiné de bleu, rien d'autre qu'une coquille sans âme, il ne ressent rien»

Des cris, des pleurs. Des tremblements, voilà ce qu'il récolte. Il a un don pour déclencher cela. Un genre de pouvoir sur les autres. Quand ils sont dans sa tanière, ils viennent, souffrants, exagérant souvent leur douleur, ils repartent soulagés ou plus endoloris encore, vaincus par des soins exigeants. Il ne les ménage pas, finit toujours par les soigner, mais cela à n'importe quel prix, même s'il doit utiliser les plantes les moins agréables. Un mal pour un bien dit-il toujours de son air renfrogné lorsqu'ils doutent de ses méthodes. Pourtant ils ne se doutent pas que malgré son apparence, malgré toute sa personne, malgré ses obsessions maladives et son obsession de pourrir leur existence, malgré cela il ne leur veut que du bien.
Ils sont, comme ce petit l'est, son Clan et son sang, bien qu'aucun d'eux ne se réclame d'une parenté avec le Rat, ils font partie d'une seule et même entité, ce groupe dont il voudrait pas ne peut pas se détacher parce qu'après tout il n'a jamais été courageux, après tout la solitude absolue ne le tente pas tellement. Qui torturer lorsqu'on est seul ? Il sait qu'il est un bon guérisseur, jamais il n'en a douté, et personne ne l'en fera douter. Pourtant.. pourtant... il se remémore parfois ces quelques morts, ceux qui étaient perdus avant même de venir le voir, ceux dont la vie s'échappait déjà par leur gueule entrouverte. Il a horreur du souffle de la mort. Il hurle, crie des ordres à des apprentis paniqués, souffre lui-même, s'arrache les griffes tant il courre pour aller renouveler ses stocks, sachant pourtant qu'il ne peut rien faire. Il se remémore sa colère, ses injonctions aux mourants, leur interdisant de le lâcher maintenant, pas après ce qu'il vient de faire pour eux, il se remémore quelques larmes versées sans que personne ne l'eût jamais su, celles qui ne coulent pas lors des cérémonies d'adieu, ces larmes absentes qui lui valent le surnom d'Insensible. Mais les étoiles, elles, savent, voient ses tremblements et sentent ses dents s'enfoncer dans sa chair lorsqu'il tâche de se retenir de céder à la tristesse.

Il veut crier sur cette petite boule de neige idiote, lui dire à quel point il devrait profiter de cette jeunesse qui lui fait défaut à lui, le Rat Décharné. Profiter de l'ascendance présumée de son père, profiter de cette fratrie prometteuse, profiter de n'avoir à craindre qu'un guérisseur nu. Mais il ne dit rien, se contente de son sourire insensé. Attend qu'il prenne une décision. Il imagine le carnage dans son petit crâne fragile, les choix qui s'entrechoquent comme des guerriers qui chargent, ceux qui meurent aussi vite qu'ils sont nés, ceux qui résistent et se battent, souvent les mauvais. Souvent ceux qui ne méritent pas de vivre, qui prennent la place de ceux qui sont tombés. Il frissonne, encore et encore, la patience lui manque, il va bouger. Mais le petit se décide, il fait le mauvais choix. Forcément. Il le déçoit, mais il ne s'attendait pas vraiment à une rébellion de sa part. Il pleure, appelle sa mère de toute la faiblesse de sa voix fluette et pourtant si claire. Le Rat aurait bien aimé avoir une telle voix, mais quelque part son timbre rocailleux et amusé, presque celui d'un corbeau, lui va bien. Un rat à la voix d'ange aurait été risible, plus risible qu'il ne l'est déjà en tout cas.

Et pourtant, même s'il n'a rien à craindre, sa couardise pathologique lui reprend les tripes. Il ne veut pas voir un contingent de guerriers arriver pour le juger, que fait-il là-haut avec le précieux gosse de Poésie des Ours ? Non pas qu'il craigne le fils d’Étoile de Mystère mais il n'a pas envie d'une confrontation. Et puis Jeu Macabre n'est plus là pour prendre sa défense, de toute façon il ne le faisait pas toujours, il n'a jamais vu un être aussi juste, parfois trop, parfois à s'en détruire lui-même, Jeu Macabre se serait laissé tué si cela avait été juste. Et le Rat commence à se demander ce qui l'a poussé à s'exiler plutôt que de déclencher un combat suicidaire pour mettre fin à son déshonneur. Peut-être disait-il la vérité ? Mais il n'en parlera pas, là n'est pas son rôle et les étoiles restent sombres.
Alors que faire si l'on venait à le découvrir ici, jouant avec Petit Oiseau comme avec une proie ?
Il mentirait évidemment, dirait qu'il venait aider le petit grimpeur, qui croirait cet enfant craintif ? Mais quoiqu'il en soit il veut garder cet épisode secret, peut-être même que dans un coin de sa tête il compte gagner sa confiance, expérimenter des choses sur lui. Mais alors qu'il va se moquer, rire de son attitude immature, si peu inadaptée à son physique de futur roc, le petit glisse. Présage des Rats serre les dents, ses vieux réflexes revenant à sa mémoire. Une course dans une maison, des couloirs sombres, des mains immenses. Lui-même chassé plus que lui en chasseur. Ses membres se crispent alors qu'il hésite. Le laisser tomber ?
Il regarde en bas, la hauteur le ferait sourire si l'autre n'était pas si petit, il n'a pas envie de l'héberger dans sa tanière pendant des mois, il n'a pas envie d'un petit infirme condamné à vivre à son service parce qu'il n'aura rien pu faire d'autre. Un peu comme lui. Il y a bien longtemps.

Le guérisseur, souple comme le serpent qu'il est, bondit sur la branche du gamin. En douceur, comme un courant d'air, amortissant au maximum le choc pour que ses pattes blanches restent bien cramponnées. Il se penche, l'horreur au ventre parce qu'il a horreur des contacts et surtout avec les chatons, comme chaque fois qu'il en soigne un, ses dents cassées viennent cueillir la fine peau de Petit Oiseau, au niveau de sa nuque. Il n'aurait qu'à forcer un peu pour la lui briser, cela le fait sourire alors qu'il essaie d'ignorer la douceur ignoble du pelage immaculé. Et puis, indifférent aux réactions du gosse, il se cramponne à une branche, puis deux, puis trois, finit par juger la hauteur moins respectable, saute. Il se réceptionne dans un souffle, lâche le petit aussitôt que ses pattes ont touché terre, entreprend une toilette expéditive mais frénétique là où le contact s'est opéré, le regard animé de dégoût. Il approche son museau démesuré de Petit Oiseau, ses yeux jaunes le dévisagent comme s'il ne l'avait jamais vu.

« Tu ne voles pas aussi bien que tu chante. Tu es trop grand pour que l'on te porte encore, j'ai failli te lâcher. T'aurais dû descendre, et arrête de râler, ta mère sera pas toujours là pour t'aider, elle t'a mis au monde, c'est déjà beaucoup »






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MessageSujet: Re: Les oiseaux effrontés |LIBRE|   Mer 30 Déc - 1:07

Les oiseaux effrontésPETIT OISEAU
Maman. Ce mot pivot dans sa petite gueule juvénile, utilisé à outrance. Ce véritable pilier de toutes les relations sociales qui, au-delà de ses craintes naïves, représentent un défi de taille pour lui qui n’en a jamais pris l’habitude. Interagir avec les autres l’effraie tout autant que les ombres terrifiantes qui couvrent les nuits de murmures, que les grondements intenses des tempêtes de foudre, que la triste réputation inculquée des autres tribus que la sienne. Surtout envers un adulte devant lequel il ne possède aucun repère autres que quelques bribes hésitantes, à savoir que ce matou qui lui fait face représente une anomalie dans la majorité des chats qu’il côtoie quotidiennement, qu’il est vu par la plupart de ses collègues de Clan tel une nuisance… Mais Petit Oiseau sait aussi que ceux qui entrent malades de sa tanière en ressortent magiquement guéris. Sa mère à ses côtés, il serait parvenu à faire fi de ses craintes, à observer celle l’ayant élevé afin de calquer ses gestes aux siens, un apprentissage tout naturel. Pour le moment, ses connaissances ne sont que très limités. Il ne sait réagir à l’attitude provocatrice de l’aîné que par l’évidente fuite qu’il s’est efforcée d’emprunter jusqu’à présent. Bats-toi, montre des crocs, brandis tes griffes. Tue. On lui apprendra un jour ces mots, ces mots vidés de sens. Si seulement il vit assez longtemps pour les absorber, si seulement il parvient jusqu’à ce jour où il décidera de les écarter de par lui-même. Car le précipice, sous ses pattes minuscules l’appelle à lui dans un sifflement mortel, celui du vent s’empêtrant dans sa duveteuse fourrure.

Ses cris semblent avoir attiré la pitié de son geôlier. Dans un saut souple, ce dernier le cueille avec une résignation et un dégoût qui apparaissent presque pleinement pour la jeune créature pendue à sa gueule. Encore trop jeune pour comprendre pourquoi, il se contente de se laisse porter. Ce geste l’apaise malgré son auteur, il se sent bien ainsi emporté par le cou, comme on le faisait dans sa jeunesse encore en train de s’écouler et dont il n’a pas conscience. Il cesse de crier ou même de se débattre, sachant pertinemment que le guérisseur a décidé de lui venir en aide, contre toute attente. Voilà ce à quoi il a pris l’habitude, à l’aide adulte. Toujours en train de s’appuyer sur les autres, sa sœur aînée encore trop frivole pour vraiment prendre soin de son benjamin, sa mère, ses frères plus âgés et bien sûr ce père, ce père qu’il aime suivre telle une ombre malgré la terreur admirative qu’il lui inspire. Confiant, il cesse ainsi ses cris terrifiés pour adopter simplement de pathétiques gémissements qui ne cessent qu’une fois le sol sous ses pieds. Oiseau n’a jamais bien eu peur des hauteurs, il semble immunisé au vertige. Néanmoins il sait avoir frôlé la mort. Parfois, il vient naïvement croire qu’il pourrait s’envoler si jamais il venait à tomber. Il grimace donc aux réprimandes directives du chat adulte qui lui fait face. La colère vient agiter son petit cœur, tout comme la honte et l’incertitude. Il se raccroche désespérément à son enfance, à ces bribes de confort douillet qui entourent la vie des petits. Comment ose-t-il lui répéter ce qu’il se refuse de voir? Grandir? Jamais.

Ainsi il oscille, entre la honte de se faire gronder et la colère qui s’exprime bien malgré lui dans son petit cœur toujours aussi agité. Il s’est fait silencieux, à un point tel qu’on pourrait le croire boudeur là où il est simplement réfléchi. Il relève les yeux vers son interlocuteur, maigre, laid, ses dents cassés et son visage émacié, et il se dit que, malgré tout, il vient de le sauver. Qu’il ne doit pas être si méchant. Qu’il pourrait bien y avoir une place dans ce cœur immense dans sa poitrine pour l’aimer.

«Je suis désolé, monsieur. Un jour je vais voler, je vous le dis. Un jour je vais être haut dans le ciel et je ne tomberai plus jamais.»

Et il sourit. Il vient de frôler la mort, de rencontrer la violence presque innocente de Présage des Rats et pourtant, il sourit. De toute sa débordante naïveté.

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