« Aujourd’hui sera mon dernier jour d’errance,

la fin de ma chute. » Valse des Étoiles
 
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 First Step. [FOU]

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Présage des Rats
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MessageSujet: First Step. [FOU]   Sam 20 Juin - 0:00

First Step.
feat. Nuage du Nord & Songe de Brume
«I want to run
I want to hide
I want to tear down the walls
That hold me inside »

 

Ma nouvelle tanière ne me plaît absolument pas. Il y fait plus froid que dans la pouponnière, l'odeur du lait en est absente et surtout elle est presque vide. Certes je n'ai plus à supporter ma mère, Couleuvre d'Eau, mais je sais que je la retrouverais un jour dans la tanière des guerriers, à moins qu'elle n'engendre une autre portée, et j'en viens à espérer que ce sera le cas. Je suis fatigué de ses regards lourds de reproches et des faux sourires qu'elle m'adresse en public, pourtant personne n'est aveugle, notre relation est à peine cordiale. Le camp de la Rivière se remet lentement, le retour a été joyeux mais difficile, je crois que nous sommes encore un peu secoués par l'attitude du Clan du Vent à notre égard. Moi je ne rêve que de retourner sur les terres que j'ai mieux connu, j'ai l'impression d'être un explorateur jeté dans un monde étrange et dangereux, finalement je n'ai aucun goût pour l'aventure, je veux simplement rentrer chez moi, ou du moins dans ce qui me semblait être chez moi. Comment peut-on me demander de considérer cet endroit comme mes racines alors qu'il n'a pas fait écho à mes premiers pleurs, mes premiers cris ? Certes j'étais encore très jeune mais il me semble que j'abandonne tout un pan de ma vie derrière moi, je rêve parfois d'un chaton blanc, il est au bout d'un chemin sombre, derrière lui se trouve une lande balayée par le vents, mais fertile, accueillante, devant lui se trouve son double plus âgé et une rivière de sang. Je me réveille toujours en sursaut lorsque j'échoue à rattraper le petit qui s'est mis à courir.


Je me redresse, ma couche est trempée de sueur, je m'ébroue avec un soupir pour me débarrasser de la mousse qui souille mon pelage immaculé. J'ai déjà entendu les autres m'appeler le fantôme, ou le pâlot, voire le spectre, mais jamais à portée d'oreille, ma taille les impressionne peut-être bien que je n'ai aucune connaissance en ce qui concerne le combat. J'espère que ça ira vite, je ne veux pas rester un enfant toute ma vie, j'ai encore l'impression d'en être un, j'ai encore l'impression d'être prisonnier alors que les bois me tendent les bras, m'appellent, je n'ai qu'à faire quelques pas et j'y serais, pourtant une petite voix en moi, celle de la prudence, me pousse à obéir aux ordres. Alors je reste ici, j'écoute le chant de la rivière en essayant de me convaincre qu'il est désormais mon hymne et ma raison de vivre, que je devrais mourir pour protéger ces lieux s'il le faut. Dans mon crâne résonne seulement le Vent. Le vent est vivant, il hurle, murmure, caresse, vous fait vaciller, il fait anime le silence. La rivière ne connaît qu'une seule chanson, et elle détruit tout sur son passage. Certains de mes camarades sont encore traumatisés, je le vois dans leurs yeux, leurs regards inquiets, la façon dont ils se figent au moindre bruit suspect, à croire qu'ils vont se mettre à courir vers une colline, un arbre, alors j'ai du mal à comprendre comment ils peuvent aimer ces eaux qui leur ont tout pris. Trop de noms manquent à l'appel, des noms qui me sont étrangers.


Je fais ma toilette rapidement, ne prend pas la peine de vérifier qui est encore dans la tanière et me lance au dehors, comme pour échapper aux griffes de quelque invisible ennemi. La fraîcheur du matin me surprend et j'hésite à aller plus loin. Il est encore très tôt, le soleil projette quelques rayons sur la noirceur du ciel, effaçant peu à peu les étoiles, mais je sais qu'elles seront toujours là à m'observer. Je me demande si mon père est là-bas, le vrai comme le faux, je me demande s'il m'aime de nouveau. Je secoue la tête, ce sont des pensées d'enfant, il n'y a plus de place pour elles dans ma nouvelle vie. Je dois être fort, quoiqu'il se passe, notre chef nous l'a demandé, le code me l'ordonne. Je m'étire longuement sous les yeux amusés d'un guerrier qui passe par là. « On est matinal à ce que je vois ! »
Je hoche la tête doucement, je n'ai pas envie de lui parler, en fait je n'ai qu'une hâte, finir mon entraînement et me replonger dans les bras de la nuit, lui chuchoter mes secrets et mes craintes puisqu'elle est la seule oreille assez patiente. Pourtant bientôt une autre personne devra être proche de moi. J'appréhende. Le chasseur s'éloigne, un air étrange plaqué sur le visage, il a l'air de dire « ah ces jeunes.. ». Je décide d'aller réveiller mon mentor, il est temps.
Songe de Brume est très belle, mais pas réputée pour sa patience et encore moins pour sa gentillesse, en fait elle n'a pas vraiment de réputation dans la mesure où elle ne laisse personne la connaître assez pour se faire une idée. Elle aurait dû venir me chercher elle-même, mais je la soupçonne de ne pas être enchantée de m'avoir sur le dos, il n'y a qu'à voir la tête qu'elle faisait à la cérémonie, je l'ai sentie distante, j'espère m'être fait des idées. Mais après tout qui voudrait du jeune blasé que je suis comme apprenti ? Je peux la comprendre, mais plus vite nous aurons commencé, plus vite nous pourrons nous séparer. Je traverse le camp qui se reconstruit lentement, la plupart des débris charriés par la rivière ont été dégagés, je ne peux m'empêcher de me remémorer le camp du Vent, sa disposition, son organisation, une patrouille le quittant au petit matin... Si les matins sont identiques, si le ciel reste le même, le reste est très différent et la mélancolie menace de m'envahir. Mais déjà j'entre dans la tanière des guerriers, j'évite les dormeurs, cherche Songe de Brume des yeux et la trouve. Je ne sais pas si elle dormait et n'en ai cure. Je me racle la gorge, incapable de la toucher, je n'ose pas. Mon regard spectral braqué sur elle je me lance.


« Men..Songe de Brume ? »


Personne n'appelle son mentor « mentor », je ne suis qu'un idiot, si seulement on m'avait assigné un guerrier, un mâle, dépourvu de beaux yeux !


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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Lun 22 Juin - 17:36

First StepSONGE DE BRUME
Réveille-toi. Un monde t’attend. Dira-t-on. Dira-t-on toujours, pour mieux se convaincre du bien-fondé de l’entreprise du réveil qui s’accompagne nécessairement du lever. Une phrase toute faite, prononcée avec un sourire souvent vide, une formule destinée à adopter un comportement, qui ne laisse aucun choix à son destinataire. Entre dans le moule. Suit l’ordre du jour. L’ordre du jour stipule de se lever et d’obéir, encore et toujours, à l’ordre établi. Je n’ai jamais osé le remettre en question, pas hier, ni même demain. Pas hier lorsqu’on m’a imposé un apprenti, sans même me prévenir, sans même me consulter, me confiant une jeune vie alors que moi-même… moi-même l’ignorance m’étreint. Pas demain alors que je poursuivrai mon devoir comme toujours, dédiant chaque minute à ce Clan où j’erre telle une étrangère pourtant, cherchant encore quelque chose qui m’échappe, sans en connaître la nature exacte, affamée de quelque chose sans nom, de quelqu’un sans visage. Mais aujourd’hui, aujourd’hui je refuse cet ordre qu’on me susurre à l’oreille, frêle effort de ma conscience de répondre aux attentes. Aujourd’hui je refuse de porter ce regard sur ce jeune chat qui, nécessairement, me ramènera à ma première journée en tant qu’apprentie, à mon premier entraînement, à mon mentor. Autant de moments que je ne souhaite pas revivre. Je reste donc obstinément couchée, m’abandonnant au sommeil résigné dans lequel je préfère baigner plutôt de d’affronter ce jeune chat.

Nuage du Nord, voilà comment il se nomme. Je n’ai rien contre lui, rien de très précis ou concret. Je ne connais rien de lui. Je refuse de jeter quelque regard que ce soit à la progéniture du Clan, ne porte attention à eux véritablement que lorsqu’ils deviennent guerriers et encore. Je voue une indifférence totale à mes semblables, probablement car il m’est trop difficile à présent de les affronter ou de les côtoyer un peu trop longtemps. Le pire est encore de m’en laisser approcher, leurs questions me transperçant comme autant d’accusations. Surtout que je n’ai aucune raison à leur fournir. Qui es-tu Songe de Brume? Une illusion. Un mensonge. Un spectre. Un flocon dans une tempête de neige. Pourquoi t’enfermes-tu dans ton propre monde? Pour éviter de souffrir. Pourquoi dédaignes-tu tant les autres? Les autres me dédaignent alors je leur réserve le même traitement. Ne devrais-tu pas changer? Tenter de t’ouvrir aux autres? Je n’en vois nullement l’utilité. Pourtant, j’en ai l’occasion. Mais demain. S’il vous plaît, laissez-moi une seule journée pour me rétablir de cette décision spontanée, une seule. Puis… moi qui croyais que ma sœur serait si fière de moi de réussir à décrocher mon premier apprenti avant elle, qui espérais voir son regard s’animer, un sourire illuminer son beau visage… Non, Grâce d’Hiver a dormi de l’autre côté de la tanière sans m’adresser la moindre attention. J’imagine que je devrais en avoir l’habitude à présent.

Ce matin, ma décision est donc prise, je ne bougerai pas un seul instant de ma couche. Cette immobilité représente une forme de rébellion envers ce système auquel je me pliais pourtant avec docilité auparavant. Ma décision me satisfait pleinement et je soupire en laissant ma tête se poser contre le sol douillet de la tanière. Or mon nez saisit un effluve, inconnu, ce qui me pousse à porter attention plutôt de m’abandonner à un repos hautain. À mesure que des pattes se fraient un chemin à ma hauteur, j’en reconnais progressivement l’auteur. Nuage du Nord. Sans aucun doute. Je peux sentir son hésitation, son appréhension. Son appel retentit dans la tanière. Combien j’aimerais l’ignorer, combien j’aimerais lui dire de retourner de là où il vient, de prendre son mal en patience, que je serai celle qui décide des moments où il m’adressera la parole et de ceux où il se murera dans un silence docile. Combien j’aimerais le renvoyer de là où il vient pour son impertinence. Mais sitôt j’ouvre un œil, discernant sa silhouette dans la pénombre. Ses prunelles d’un bleu saisissant me transpercent. Par défaut, peut-être, je me laisse me relever, lourde, sans aucun enthousiasme. Je l’observe en silence, assise contre mes pattes arrière, en tâchant de m’imaginer l’allure des lunes à venir.

Mes prunelles luisent d’un grand vide, comme s’il ne se trouvait plus rien en moi. Je peux percevoir mon reflet dans son propre regard. Je me parais terne, jolie mais grise, différente, comme éteinte. Je me détache de la contemplation pour simplement passer à sa hauteur, sans le toucher ou lui adresser la moindre parole, me dirigeant vers la sortie. J’attrape les restes d’une grive que quelqu’un a laissé, mange en silence avant de m’éloigner du campement. S’il souhaite apprendre, qu’il me suive.

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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Dim 28 Juin - 0:22

First Step.
feat. Nuage du Nord & Songe de Brume
«Doesn't matter how hard I try»

 

Elle me regarde comme si je n'existais pas, comme si une mouche venait de se poser sur elle et qu'elle n'avait ni l'envie, ni la force de la chasser. Je me sens soudain très vide moi aussi, et je pense avec effroi aux six longues lunes qui m'attendent, à tous les silences gênés qui s'installeront entre nous, aux longues heures de traque, de combat passif... tout à coup je pense à retourner à ma tanière, à m'y terrer comme l'enfant que je suis encore, je ne suis peut être pas prêt, elle non plus d'ailleurs. Pourquoi est-elle donc si vide ? Que lui est-il arrivé ? Elle me fait penser aux spectres des histoires que les reines racontent aux petits pour les effrayer ou les faire obéir, une coquille vide de sens et de passion voilà ce qu'elle m'évoque. Pourtant elle se lève lourdement et me dépasse pour aller sur la place du camp. Je reste immobile quelques secondes, le temps de réaliser que je ne rêve pas, que Songe de Brume est bien mon mentor, puis soupire et me lance à sa suite, presque avec l'espoir qu'un maigre repas l'aidera à reprendre ses esprits. Pourtant lorsqu'elle finit sa grive, piochée avec un manque d'entrain accablant, elle n'a pas l'air plus enjoué. Au fond elle me facilite la tâche, elle a de très beaux yeux mais son regard est gâché par une moue absente, la gêne disparaît peu à peu, du moins quand je n'ai pas l'audace, ou la bêtise, de la regarder en face. Je grignote distraitement un moineau déjà entamé, songeant que bientôt c'est moi qui ramènerais des proies au camp, bientôt les autres pourront dévorer à loisir et se plaindre de la maigreur de leur repas. Les anciens, enfin le peu qu'il reste, sont toujours les premiers à râler, et j'avoue avoir un peu de mal à rester agréable avec eux. Je n'imagine même pas aller accomplir des corvées auprès d'eux, la vieillesse m'effraie en quelque sorte, les corps et les esprits se décharnent... Je suis trop jeune pour seulement y penser, je suis encore invincible et empli de la confiance qui fait défaut à ceux qui manquent de temps.


Et elle s'éloigne, sans un mot, sans un geste pour moi, vers la forêt et l'aventure qui n'en sera pas une. Le chaton en moi se meurt, agonise même jusqu'à disparaître, tous ses rêves partent en fumée. Voilà une vie bien morose qui commence, je me prend à espérer participer à beaucoup de patrouilles pour ne pas rester seul avec elle et ses iris bleus. Je la suis hors du camp, et le monde me saute au visage. Je suis déjà sorti quelques fois, mais j'avoue que mon nouveau nom donne une autre consistance à tout ce que je vois. Au loin le ciel se colore peu à peu, et la froideur ambiante cède la place à une douceur bienvenue, le soleil se lève lentement, comme las d'un voyage trop bien connu. Mais je porte bien vite le regard sur des contrées plus accessibles, j'écoute le grondement de la rivière à quelques mètres, le chant du vent qui balance de hautes herbes, celui des oiseaux aussi. Tout me semble beau pour une fois, harmonieux, il y a pourtant une ombre au tableau, voire plusieurs. Les choses ne peuvent jamais être simples, je le sais depuis toujours, mais c'est surtout parce que les autres aiment vous compliquer la tâche, enfin je crois. Ma mentor est la première ombre mais elle n'est rien comparée au manteau d'obscurité qui enveloppe mon esprit. La senteur de la bruyère me manque, le vent dans la lande, la poussière dans mon pelage. Et soudain j'ai envie de bouger, de me dépenser, d'oublier rien qu'un moment et surtout de faire passer cette journée au plus vite. Je n'aurais pas dû me réveiller si tôt. Qui est assez idiot pour aller chercher son propre mentor plutôt que de se la couler douce ? Mes frères se seraient moqués de moi, mais ils ne sont plus, et je m'en veux lorsque je ne ressens rien à cette idée.


Je m'arrête brusquement derrière elle, le camp est déjà loin et nous progressons rapidement, trop rapidement. Je me campe sur mes grandes pattes, dans peu de temps je la dominerai, je pourrais la regarder de haut moi aussi. Deux cristaux glacés se posent sur elle avec amertume. Alors j'agrippe mon audace avec la peur au ventre et lance :


« Où allons nous ? Tu vas trop vite, je pensais que les mentors étaient censés faire découvrir le territoire à leurs apprentis. Du moins c'est ce que j'ai vu au Vent »


Je regrette d'être si hésitant, d'avoir peur de ses réactions, des règles et d'une hiérarchie imposée, c'est à croire que je suis formaté pour cela... Obéir et mourir. Mais j'ai osé le dire, j'ai osé évoqué cette famille fantôme qui m'a sûrement déjà oublié, ces reines aimantes à qui on m'a arraché. Presque comme si je cherchais à connaître son avis, sur tout ça. Couleuvre d'Eau rirait je le sais. Je la scrute, en me demandant si elle va seulement daigner se retourner, si elle m'a seulement entendu, peut-être qu'elle s'en moque, moi je veux des réponses, et si elle ne m'en donne pas je jure qu'elle rentrera au camp seule ce soir. Je ne la laisserai pas gâcher mon avenir.


[Pardon c'est court, mpotte si tu galère à répondre]



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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Mar 30 Juin - 4:30

First StepSONGE DE BRUME
Je refuse. Je refuse de le connaître, de le regarder, de l’éduquer. De le considérer comme à ma charge, sous ma responsabilité. Je marche dans l’espoir qu’il me perde des yeux, qu’il ne s’égare dans ces sous-bois qu’il ne connaît nullement. Comment pourrait-il? Il n’est pas d’ici. Je me souviens encore de la naissance de sa portée. Perle d’Or, cette guerrière du Clan du Vent, tenait absolument à rester tout près de l’entrée de la pouponnière afin d’offrir son soutien à la mère et aider au besoin. Je me souviens de l’étincelle dans ses prunelles alors que nous avons visité les petits pour la première fois. Je me rappelle très bien son museau effleurant une boule de poils, la blanche. Combien elle m’a paru sereine. Aimante. Une véritable mère dans l’âme. Je me souviens m’être demandée si moi aussi je serais mère un jour avant de rejeter cette idée. Non, je ne serais jamais comme la belle chatte rousse. Ouverte, heureuse, un port d’ancrage, une source de réconfort. Jamais on ne me regarderait avec la même affection, la même dévotion, que Morsure du Froid envers elle. Jamais je ne serais comme elle. Malgré la douleur, la rage même que je ressens à penser à elle en cette matinée surnaturelle, elle me manque. Un secret qui me pèse telle une tonne de briques. J’accélère encore plus en chassant le souvenir de ce petit tout blanc qui a grandi bien trop vite. Qui à présent doit être mon apprenti.

Il n’est pas le seul. À avoir mûrit bien trop rapidement, à vivre dans la désillusion d’un temps perdu. Je me demande si sa terre natale lui manque. Il a presque la carrure d’un véritable chat du Vent, grand, maigre. Se sent-il chez soi ici? Sur ce territoire qui berça mon enfance et mes jours heureux, qui abrita mes rires et mes rêves jusqu’à ce qu’ils s’envolent en fumée? Nuage du Nord. Ce nom sonne si faux à mes oreilles. Synonyme d’une époque de changement abrupte, violent même, qui brisa tout ce que je fus. Mon enfance, je n’en ferai jamais le deuil. À présent, on me demande de détruire tout ce qui reste encore à ce jeune novice de la sienne. C’est cruel, et pesant. Si au moins ma sœur était fière, alors j’aurais bien une raison de nous condamner tous les deux au malheur le plus probable. Mes émotions sont telles en moi que lorsque le jeunot reprend la parole, me rappelant sa présence, je me retourne brutalement vers lui. Dans mes prunelles éteintes, une colère, une rage, une souffrance sans nom s’y lisent.

«Qu’est-ce que tu en sais? Tu n’en sais rien, pas plus que moi. Alors tais-toi.»

Ma voix siffle, claque dans l’air glacé de cette matinée. Dans les ombres matinales qui portent contre mon pelage leurs reliefs grisâtres, on ne perçoit plus que mes prunelles si semblables aux siennes, d’un bleu givré qui vient le défier dans un silence pétillant de tension. Celle en moi. Je me redresse car je réalise qu’il a raison. J’ignore comment faire, j’ignore comment me convaincre même d’accéder à cette demande explicite de la part de notre meneuse, de me plier à sa volonté de former ce jeune mâle qui doit placer bien des espoirs en moi.

«Écoute-moi bien. Je n’ai jamais voulu être mentor. Pas une seule seconde. Je ne veux pas de toi dans ma vie mais je suis coincée. Coincée, prisonnière de cette décision. Alors ne me fais pas la morale. Je suis à peine plus âgée que toi, comment peux-tu t’attendre à mieux? Je n’ai jamais fait tout ceci.»

Mon regard s’abaisse contre mes pattes. Je n’aime pas avouer mes faiblesses mais cette fois, je n’ai guère eu le choix. Et je sais… je sais que mes mots le blesseront, peut-être à jamais. Lui aussi se sent-il indésirable? Incompris? S’endort-il contre lui-même en espérant ressentir un jour la chaleur d’un autre être vivant près de lui lors des nuits les obscures?

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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Ven 3 Juil - 1:09

First Step.
feat. Nuage du Nord & Songe de Brume
«Stuck on the puzzle»

 

Je n'ai pas de mal à la suivre, j'ai le sentiment qu'elle se retient de me semer. Elle se retourne et je peux sentir toute sa haine, toute son amertume, pendant une seconde elle me rappelle ma mère, son regard déçu qui se pose sur moi lorsqu'elle se rend compte que j'existe, et la seconde d'après c'est moi que je vois, et mon manque de foi en ce monde. Toute ma vie je n'ai été qu'un poids elle ne veut pas de moi mais je ne veux pas d'elle non plus, je veux m'enfuir, rejoindre le Vent s'il le faut, retrouver ces êtres qui ont tous été si doux avec moi parce qu'ils savaient que cela n'engageait à rien, ils profitaient de l'instant présent, pensant certainement : ce petit sera bientôt parti, je n'ai aucun engagement envers lui, un jour je devrais peut être le tuer. Mais qu'y-a-t-il de plus beau que le bonheur éphémère ? La rivière a changé le bonheur en nostalgie. Je réalise au moment où elle en parle que c'est vrai, elle est à peine plus âgée que moi, je comprend qu'elle doute, qu'elle ne soit pas motivée et peut être même sa peur, même si je n'oserai jamais lui dire cela, mais elle doit me comprendre aussi. Ses mots me blessent, pas autant qu'elle l'imagine, je peux presque sentir sa fausse pitié, je suis habitué au rejet, bien plus qu'elle ne l'imagine.


Je connais sa sœur, Grâce d'Hiver, et j'ai remarqué à quel point elles sont devenues moins proches au fil des lunes, je suis jeune mais pas idiot, et je me demande ce qui a pu se passer entre elles, en tout cas la guerrière n'était pas parmi ceux qui sont venus féliciter Songe de Brume pendant la cérémonie. Et soudain la colère dans sa voix s'estompe, et la voix elle-même disparaît et ne laisse que le silence, un silence qui me transperce comme la glace de ses prunelles. Elle regarde ses pattes comme si la réponse à une question inconnue se trouvaient entre elles. Est-elle perdue ou cherche-t-elle simplement à m'amadouer pour mieux éviter le sujet ? Je ne le saurais jamais, et je voudrais la réconforter, peut être aussi la toucher, je ne sais plus bien, elle me trouble.
Mais je n'esquisse pas un geste par honte, par peur d'un nouveau rejet et parce que je lui en veux terriblement, à elle comme au monde. Je me sens coupable mais je ne parviens par à être aimable. Je ne peux pas avoir pitié d'elle, parce qu'elle est égoïste, parce qu'elle n'est pas la seule à avoir souffert, personne n'est parfaitement heureux dans ces bois, elle devrait le savoir et avancer. Avancer, c'est devenu mon mantra, c'est ce que je me répète chaque jour, car si je n'ai pas vécu longtemps, si je n'ai pas connu de drame, la vie m'ennuie au possible et je me demande parfois si elle vaut la peine. Pourtant un instinct profond m'empêche de mourir de faim, de veiller toute la nuit, de laisser ma gorge s'assécher. Elle ne devrait pas laisser de si beaux yeux s'éteindre, elle gâche tout. Mon regard est dur et froid lorsque je tranche :


« Alors apprenons ensemble et finissons en, je soupire, plus vite nous apprendrons plus vite tu seras débarrassée de moi. Mais si tu ne veux pas m'aider je me débrouillerai seul. »


J'ai l'air presque déterminé, ça me change. Je n'y crois pas moi-même mais il s'agit d'un de ces jours où l'on ne se reconnaît pas, où l'on fait des choses un peu folles sans y réfléchir. Je la dépasse et m'écarte juste au moment où j'allais la bousculer, qu'elle me traite d'insolent, je m'en moque comme d'une guigne. Loin, derrière les arbres, peut être là où se trouve le clan du Tonnerre, le soleil s'empare triomphalement du ciel. Que j'aimerais être une étoile ou un Dieu, qu'on me regarde, qu'on m'aime ou qu'on me craigne, peu m'importe, je veux juste qu'on me voie, je suis las d'être un fantôme. Je veux être un guerrier, un chasseur. Je me détourne et progresse vers la rivière sans vérifier si elle me suit, peu importe, en fait j'aimerais qu'elle vienne, que nous reprenions tout à zéro, lui dire « Moi c'est Nuage du Nord et toi ? » et elle me sourirait.. mais je sais que cela n'arrivera pas, je peux seulement espérer qu'elle ira dans mon sens.


Les flots grondent tels un corps de cavalerie lancé au galop. Le cours d'eau est plus profond qu'au Vent, là-bas il n'y avait qu'un maigre ruisseau, ici la noyade guette. J'ai peur et je suis pourtant un fils de l'eau, je redresse les épaules, prends une respiration et me penche en quête de poissons. Je ne sais absolument pas comment m'y prendre, je me sens ridicule, et surtout je n'ose pas me retourner, que faire si elle n'est pas là ? J'ai besoin d'elle plus qu'elle ne le pense. Et peut-être qu'un jour elle aura besoin de moi.


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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Mar 7 Juil - 18:05

First StepSONGE DE BRUME
On ne me prévenu jamais. Probablement qu’il aurait fallu que je m’en doute, que j’attende ce moment et que je m’y prépare. Dans un univers où les contours du présent oscillent, comment s’ouvrir aux possibilités de demain? Je n’ai jamais su me projeter plus loin qu’une poignée de jours, alors compter mon temps en lunes ou en années me dépasse sous toutes ses formes. Je ne parviens qu’à m’approprier le passé, qui pourrait s’avérer une source intéressante d’informations et de support pour les mois à venir. Il est logique de penser qu’après avoir vécu moi-même une formation d’apprentie et ce, il y a si peu de temps, que les souvenirs concernant les méthodes de mon mentor m’apparaîtraient clairement. Or, toute mémoire concernant cet épisode de ma vie semble recouverte d’un manteau de brume, là où j’ai décidé consciemment de me départir de certaines images ou événements qui ont pourtant façonné mon existence. J’ai détesté cette période décrite souvent par un rite de passage, je déteste aussi ce que je suis devenue et je rejette aussi tout ce que fut ma relation avec mon mentor, pour qui je ne vouais que mépris, un mépris amplement partagé. Non, je ne conserve plus que des bribes de ce que fut mon propre apprentissage. Comment espérer devenir le mentor qu’espère ce jeune chat alors? Le mentor sur lequel le Clan de la Rivière pourrait compter?

Je continue de croire qu’il s’agit d’une grave erreur. D’un piège qui se referme contre moi. Qui put croire que je réussirais? Dans l’idée de quel courageux chat se forma l’idée de me désigner comme mentor? Je l’ignore toujours, mais encore, toute cette histoire me paraît absurde. Je ne saurai jamais compenser mes lacunes et mon inexpérience dans le domaine par une personnalité propice à l’apprentissage, surtout en sachant que je n’ai aucun intérêt autre que l’obéissance à former Nuage du Nord. Pourtant, je me sens coupable, alors qu’il s’éloigne de moi désespéré par mon attitude. Je ne peux pas continuer ainsi. Je n’ai plus le droit de le repousser et de provoquer son malaise par cette froideur et ce détachement. Il s’agit de lui ici et non de moi, et peu importe au final si je tâche de l’éloigner. Nos destinées ont été scellées sans retour possible. Je le laisse marcher aux devants, prenant une direction différente tout en suivant ses pas à distance. Je préfère le laisser réfléchir pour le moment, d’autant plus que plusieurs doutes persistent en moi. Je n’ai plus le choix à présent.

Nuage du Nord me semble décidé, presque confiant même dans cet acte de rébellion, mais aussi fragile. Je l’observe des buissons en surveillant ses moindres gestes. Il se penche au-dessus des flots en scrutant les allées et venues de quelques poissons qui filent entre les rochers. Probablement dans l’éventualité d’en capturer un. Or, qu’en sait-il? Il n’a même pas grandi sur ces terres, n’a jamais côtoyé le poisson. Même s’il tente de jouer les durs, le jeune apprenti a besoin de mon expertise. Je soupire avant de m’avancer à ses côtés, furtive, sans produire le moindre son. Je m’assois à ses côtés et scrute la rivière qui file sous nos pattes.

«Je t’apprendrai comment faire. Attraper le poisson, je veux dire. Ce sera difficile, et pénible. Les chats de la Rivière ne sont pas les meilleurs chasseurs pour rien. Ils ont su dompter la rivière et déceler ses secrets. Je te les transmettrai, Nuage du Nord, mais je te demanderai d’être patient.»

Je soupire un instant en suivant un poisson aux écailles argentées dansant sous les flots. J’ai toujours eu une sorte d’affection pour ces créatures aquatiques, toujours admiré leur grâce sous ces flots.

«Demain, je te proposerai une visite du territoire, mais différente que à quoi tu peux t’attendre. Plutôt de t’imposer une voie à suivre, je te laisserai découvrir toi-même ce territoire. Tu pourras t’attarder aux détails qui ont de l’importance pour toi, et te faire ta propre idée. Je te suivrai de loin et passerai te voir si tu es perdu. Je tiens vraiment à ce que tu fasses cette exploration par toi-même. Pour ce qui est d’aujourd’hui… Je te proposerai une démonstration de chasse, aimerais-tu ce que je te propose?»

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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Mer 15 Juil - 23:23

First Step.
feat. Nuage du Nord & Songe de Brume
«Fear won't go and feeling won't go.»

 

Je sens son regard brûlant dans mon dos, elle doit se moquer de moi , se dire que je ne suis qu'un imposteur, un enfant illégitime, né ailleurs. Les poissons dansent sous les flots, je suis les reflets argentés qui courent sur leurs innombrables écailles. Ces animaux me paraissent étrangers, je suis habitué aux lapins, aux bêtes de la lande, pas à ces choses mi-visqueuses mi-gracieuses que je n'ai pas la moindre envie de tuer. Ni de manger. Ils ont une odeur forte, leur chair est flasque et rappelle trop l'eau à mon goût. Les crocs d'un chat sont faits pour plonger dans le sang selon moi. Il faut avouer que l'eau m'effraie, surtout quand je repense aux jeux cruels de mes frères disparus, mais étrangement je ne peux en détacher les yeux, comme lorsqu'on cherche à toucher une flamme en sachant parfaitement que l'on va se brûler. Une attirance mêlée de crainte, à croire que la douleur fait plaisir. Serais-je un bon nageur comme eux tous ? Ou ne serais-je qu'un poids, tout comme aujourd'hui ? Songe de Brume n'est-elle qu'une prémonition ? Un avertissement que je devrais suivre, peut-être est-elle la rivière elle-même, le rejet incarné, peut-être vais-je me noyer dans la solitude.


Je sursaute presque lorsque ma mentor se glisse auprès de moi, je me décale sans le vouloir en sentant sa fourrure contre la mienne. Je réalise que malgré une certaine attirance ma colère m'empêche de me laisser embobiner par son charme, de toute façon je n'ai jamais beaucoup aimé les contacts physiques, je n'y suis pas habitué. Et lorsque l'on devient assez proche de moi pour en arriver là il me semble que l'on m'enrobe d'un tissu de mensonges ignobles, que l'on profite de quelque chose, et que toutes mes peurs seront révélées plus tard, en place publique. La paranoïa est un poison que j'ai depuis longtemps laissé s'infiltrer en moi, sans lutter.
J'ai l'impression qu'elle s'en veut mais je suis incapable de la pardonner totalement, son rejet m'a blessé, plus qu'elle ne le pense, ou que je ne le pense moi-même. Mais peu importe. Et puis elle reprend la parole.Je l'écoute avec attention, jouant à l'élève modèle, au moins une fois, pour lui faire croire qu'elle commence à devenir un bon mentor, que j'apprécie ses efforts. C'est faux, c'est justement son effort qui semble lui coûter que je ne supporte pas. Pourtant ce dont elle parle m'effraie et me plaît, étrangement j'ai hâte d'y être, malgré la bataille qui fait rage sous mon crâne. La patience ? Si je continue, et si je deviens guerrier un jour, mon nom sera Patience du Nord, cela sonnera féminin, ridicule même, mais cela m'ira bien.


Je me remet à regarder fixement les mouvements sous la surface, j'ai envie de plonger sus au poisson qui me nargue, comme pour tuer un autre ennemi, plus silencieux, plus caché.
Je me vois déjà dans les bois, longeant la rivière, humant l'air à chaque nouveau pas, revenir en arrière, me tromper, avancer, explorer un monde qui ne m'intéresse pas et qui pourtant devrait faire battre mon cœur plus vite. J'envie parfois ceux qui parlaient de ce camp comme d'une terre promise, enfin ils rentraient à la « maison », je me disais parfois qu'il s'agissait de chez moi aussi, mais en arrivant je me suis rendu compte que c'était faux. Je n'ai pas de chez moi, ni le Vent qui n'étaient que des ennemis plus calmes qu'à l'accoutumée, contraints par la pitié et la solidarité, la vision d'un avenir dans lequel ils pourraient avoir besoin de nous à leur tour. Ni la rivière, lieux inconnus, berceau d'une mère indifférente, pas même le mien. Je ris intérieurement à la pensée qu'elle pourrait faire cela pour me perdre, ou tout simplement pour rentrer au camp en douce tandis que je m'échinerais à découvrir le moindre recoin de cet endroit.


Je souris vaguement.


« Parfait dans ce cas. Nous avons tout notre temps n'est-ce pas ?, je désigne de la patte les écailleux qui se prélassent au fond, apprends moi à en ramener, je n'ai jamais goûté de poisson. »



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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Dim 19 Juil - 18:13

First StepSONGE DE BRUME
Si j’avais l’occasion plus souvent de mettre à profit le pouvoir de mon esprit, alors on découvrirait chez moi un fin sens de la stratégie. Analyser les situations extérieures et les jouer à mon avantage fait partie de mes talents, souvent mis à contribution pour éloigner les autres, une passion grandissante pour moi. J’ai la capacité que peu de chats possèdent, celle de savoir écouter et observer avant d’agir. Je n’ai jamais été animée d’impatience comme plusieurs autres, même que je sais parfaitement attendre le moment où frapper. Ce talent me servira, je crois, pendant ces longues lunes d’apprentissage aux côtés de Nuage du Nord. Pour guetter ses réactions, appréhender ses actions et le diriger par la suite autant que pour la planifier nos exercices ensemble en suivant une logique implacable, mon flair stratégique saura me guider. À l’instant, nous en constatons la pertinence alors que je propose un plan qui saura satisfaire, je crois, les deux partis impliqués. Or, les jeunes chats tels que lui sont des êtres fort imprévisibles, et malgré ma facilité à déchiffrer mes semblables, j’ai bien du mal à prévoir son jugement futur, auquel je décide consciemment de ne prêter que peu d’importance. Peu importe sa réaction au final, j’aurai toujours le fin mot de l’histoire, un des seuls avantages à être mentor. J’y prendrais probablement d’avantage de plaisir si on décelait chez moi la moindre parcelle de leadership. Or, je préfère être mené que son contraire. Encore une fois, il va falloir m’y faire.

La réponse du petit chat se fait attendre, mais comme transcrit plus tôt, je le laisse à ses réflexions pour contempler les miennes dans un silence semblable au sien, me plaisant à écouter la musique doucereuse de la rivière que je ne pus jamais détester franchement malgré les sévices qu’elle nous porta jadis, malgré tous ces frères et sœurs d’armes que nous avons perdu de sa main. Un soupir me prend, non pas de fatigue ou d’irritation, mais une sorte de relâchement soulagé de retrouver au moins un repère après que mon monde ne vola en éclat beaucoup trop souvent à mon goût. Finalement, Nuage du Nord accepte ma proposition comme je m’y attendais, désignant les poissons argentés se faufilant entre les rochers. Il veut que je lui montre comment en attraper? N’a-t-il donc rien écouté de ce que j’ai pu dire à l’instant? Attraper un premier poisson demande du temps et de longues heures d’étude attentive. Ce petit me semble un peu trop pressé, mais j’accède tout de même à sa demande, me levant mollement avant de m’étirer de tout mon long. Je laisse porter mon instinct qui me juche en face du soleil, là où mon ombre ne se mouillera pas contre les flots de la rivière, là où elle traînera à ma suite sans vendre mon positionnement. Je décide de ne rien dire, rien ne vaut une véritable démonstration. Je lui avais promis dans tous les cas.

Alors que je me place contre le rocher, je subis alors une transformation qui vient trancher superbement avec l’être taciturne, effacé, que je suis habituellement. La guerrière qui se dresse contre son monticule de roc a quelque chose de farouche, d’inaccessible et de sauvage, de profondément concentré. Tendue tel un arc, j’attends mon heure pendant des minutes qui paraîtront des heures probablement à mon jeune novice qui, j’espère, n’osera pas troubler mon focus rivé contre une proie que j’ai repérée et choisie. Patiente, j’attends. L’instant parfait, le moment où mes griffes tireront cet être de son eau salvatrice. Et lorsque celui se présente, je frappe. Aussi vive qu’une vipère, expulsant le poisson contre le rocher avant de le rattraper entre mes pattes cruelles de prédateur et de lui assener le coup de grâce. J’attrape le corps de ma victime avant de rejoindre Nuage du Nord et de remettre à ses pieds ma proie vaincue.

«Goûte. Appelons ça ton baptême de feu, tu verras que c’est bien plus goûteux que n’importe quel lapin de la lande.»

Alors que je pousse l’être écailleux vers lui, je me pourlèche les babines en ronronnant de façon presque imperceptible.

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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Mar 28 Juil - 0:11

First Step.
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«Don't listen to what people say . Watch what they do.»

 



Songe de Brume ne dit rien. Elle se métamorphose dans le plus profond des silences. Elle me rappelle cette chrysalide que j'ai un jour pu observer. C'était il y a longtemps, nous vivions encore sur les terres du vent, et j'avais pu assister à la naissance d'un de ses enfants. J'étais sorti du camp assez tôt, sans rien dire à personne, ils étaient tous trop occupés à veiller mes chers frères, le froid les avait pris. Le froid m'avait sauvé. Et l'hiver donnait parfois d'étranges spectacles, de petits miracles réservés à quelques chanceux privilégiés. Sur le moment je n'aurais su dire si le privilégié c'était moi ou la petite créature épargnée par le destin. Cela prit du temps et irrita mes nerfs, je n'avais, déjà à l'époque, aucune patience, mais soudain la chrysalide se déchira dans un doux bruit. Lentement, et avec une délicatesse infinie, un insecte recroquevillé sur lui-même s'évertuait à briser sa prison de jeunesse. La prudence m'empêcha de l'aider, malgré l'envie croissante et voir à quoi ressemblait le reste de son corps. C'était la première fois que je voyais une telle chose, cela me paraissait magique. Et puis la bête poisseuse et noirâtre déplia d'un coup deux ailes immenses, un camaïeu de jaune et de bleu, ensuite deux autres ailes, plus petites, encore plus fines, si fines qu'elles laissaient passer les rayons du soleil. Et l'envol vint avec la bise, l'être frêle que j'avais vu naître allait mourir quelques heures plus tard, le temps d'assurer sa descendance, mais cela j'étais trop jeune pour le savoir. Et comment aurais-je pu deviner que c'est le Clan du Vent tout entier qui allait m'échapper à l'instar du papillon. Mon miracle d'hiver ne durerait pas.


La réalité me heurte presque lorsque mon souvenir se dérobe à moi. C'est comme rouvrir les yeux après une longue nuit, quand le soleil est déjà haut, on se demande où l'on est pendant quelques secondes, est-ce un rêve ? Et on réalise que le rêve est fini, qu'il faut se réveiller, qu'il faut affronter l'ennui quotidien, le vide de la routine. Je chasse cette nouvelle idée, j'en ai peur. Alors je me concentre sur Songe de Brume. Oui mon mentor est comme cette chrysalide merveilleuse, triste et sans intérêt de prime abord, ensuite magnifique, fascinant. Rien à voir avec son physique parfait de nageuse émérite, rien à voir non plus avec ses yeux clairs. Je ne vois que ses muscles qui se tendent, son expression changer, le calme plat se transformer en une vie bouillonnante, prête à bondir d'une seconde à l'autre. La renaissance d'une guerrière. J'espère simplement que sa vie sera plus longue que celle du papillon. Son nom lui va à ravir, elle frappe sans prévenir, comme un matin brumeux, je le constate lorsqu'elle expulse sa proie hors de l'eau, après une attente interminable pendant laquelle je n'ose esquisser le moindre geste, je redoute trop le courroux de cette inconnue qui a pris la place de ma mentor. Je reçois quelques gouttes d'eau et m'ébroue avec horreur, je suis encore loin d'être un fils de la rivière. Pourtant elle n'en dépose pas moins le pauvre poisson devant moi. Je le toise avec un dégoût non dissimulé, peu soucieux de vexer Songe de Brume, ou devrais-je dire Humeur Brumeuse, elle change si vite ! Finalement j'opte pour ce surnom, mentalement bien sûr, il me plaît. Tous les apprentis trouvent un surnom à leur maître non ?

«Je suis sûr que les lapins ont bien meilleur goût » je clame comme si j'avais la science infuse.

Le génie que je suis se penche pourtant, je suis si grand que le sol me paraît éloigné. Bientôt je dépasserais bien des guerriers et cela n'est pas pour me déplaire. Je plonge les crocs dans le corps froid et flasque, me redresse, mâche un instant en arborant d'avance un air écœuré. Pourtant ma langue refuse de me confirmer que c'est mauvais. C'est même plutôt bon et je dois avoir l'air surpris. Alors je tâche de conserver ce masque pour qu'elle ne se moque pas de moi. Je lui indique le poisson en me maudissant déjà :

« Le reste est au chasseur »

J'aimerais plus que tout le dévorer tout entier, c'est différent du lapin mais cela rappelle l'eau, une fraîcheur incroyable, et la chair est bien plus tendre, le sang bien moins chargé. Mais si je veux conserver un semblant de dignité je dois jouer mon rôle jusqu'au bout, je ne lui donnerais pas le plaisir d'avoir raison. Sans lui prêter plus d'attention je reviens à l'endroit où elle se tenait un peu plus tôt et guette les poissons qui, après une seconde de panique, sont déjà de retour. J'essaie de me rappeler le moindre de ses gestes mais je dois oublier quelque chose. Mes muscles se tendent, ma patte frappe la surface comme un fouet mais ma queue me trahit et l'équilibre me quitte, un coup de vent me fauche, aidé par une pierre trop glissante et sans savoir comment je me retrouve dans l'eau. Au début je panique, pas parce que les poissons se sont enfuis, mais parce que je déteste l'eau, je déteste être mouillé, je déteste ce liquide qui semble vouloir obstruer le moindre de mes pores. Je suffoque avant de me rendre compte, définitivement honteux, que la rivière n'est pas si profonde à cet endroit et que ma taille me permet largement de dominer les flots. Je crache contre moi-même, le pelage plaqué contre le crâne, prêt à recevoir les rires d'Humeur Brumeuse. Je paie mon arrogance et mon empressement. Je fixe un point au loin, en me demandant si le Vent est par là, si je suis fait pour la rivière.
Je dois être un papillon.



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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Mer 29 Juil - 18:44

First StepSONGE DE BRUME
S’il existe bien un plaisir dont j’arrive toujours à me délecter, malgré la cendre dans ma gorge, cet engourdissement progressif de mon être, le poisson remporte la palme sans véritable compétition. Son goût me paraît raffiné, exquis, un véritable délice dont je me plais à déguster à chaque occasion. Son goût, oui, qui m’enracine d’autant plus dans ce territoire, qui me rappelle qui je fus à une certaine époque. Les souvenirs et les sensations se mêlent chez moi, comme indissociables. Quelques bribes familières d’instants oubliés par d’autres, secrets connus que par moi et qui font luire mes prunelles de l’instance d’un passé lointain qui bien sûr ne fait aucun sens pour cette jeune créature en perdition dans ce monde où il ne semble pas trouver sa place. Je n’ai guère l’ambition ou la prétention de changer Nuage du Nord d’un seul poisson, de l’ouvrir à son Clan, ses valeurs et coutumes d’une seule sortie, mais il s’agit d’un défi qui au long terme, m’intéresse à relever si seulement il s’agit d’une possibilité, au-delà de mon mandat habituel de mentor qui me motive grandement moins. L’histoire de ce jeune chat me fascine dans un sens, à savoir qu’il se jette dans un inconnu où je suis possiblement un des seuls repères auquel il arrivera à se raccrocher. Ainsi je guette sa réaction, d’abord un peu boudeuse. Sans même fournir un effort en ce sens, ce novice m’amuse. Il a au moins ce côté qui le rend parfaitement attachant. Mes moustaches frémissent alors qu’il plonge la gueule dans la proie dénichée à son intention.

Dans ses prunelles luit une étincelle de surprise, ni plus ni moins, devant la découverte non banale d’une saveur aussi différente. Une surprise agréable, sans l’ombre d’un doute, et j’en ronronnerais presque de plaisir si l’envie me prenait de me moquer de sa bêtise. Oh, il la réalisera bien seul, lorsque les événements auront forgé son caractère et qu’il aura su dénicher sa place fondamentale au sein de notre tribu. Je n’en doute pas un seul instant, et accepte son offrande en dégustant ma prise. Si ce repas représente en quelque sorte une entorse aux règlements entourant la conduite du parfait guerrier, cette fois je m’autorise pleinement à goûter ma prise, considérant ce poisson comme un symbole venant sceller cette relation naissante entre deux êtres qui, visiblement, préféreraient se trouver un autre chat pour compléter le duo. Au final, je reconnais l’absence de possibilité et décide consciemment de tenter, ne serait-ce qu’un peu, à devenir une mentor décente pour cet apprenti, en plus de lui ouvrir la voie vers l’héritage de son Clan. Je dévore donc le poisson en ronronnant de façon presque imperceptible, savourant les souvenirs qui explosent contre mon palais. Cette journée n’aura pas été si vaine au final.

D’autant plus qu’un éclaboussement en provenance de la rivière me tire de mes réflexions houleuses vers un passé déraciné. Je me redresse, cherche mon apprenti des yeux pour le trouver en pleine panique, dans une portion pourtant peu profonde de notre rivière. S’il ne court aucun danger, le jeune matou s’affole pourtant avant de cracher une frustration exagérée face à la situation. Le pauvre chaton grognon s’est retrouvé les quatre pattes dans l’eau. Cette fois, mon amusement me dépasse tout entière et un rire, véritable, cristallin, presque enfantin, éclate dans ma gorge. Tout d’abord un léger spasme, il atteint rapidement son paroxysme, m’offrant des crampes qui rendent ma respiration difficile. Je finis par me calmer après toute une minute d’hilarité.

«Oh allons, Nuage du Nord, ne fais pas cette tête!»

Je me glisse dans les flots à mon tour. L’eau est froide, mais mon épais pelage me protège contre ma morsure de la rivière. Cet été, l’eau me rafraîchira. Je me coucherai contre ses rives, la queue reposant contre sa surface, la brise secouant mes poils.

«Une baignade? Quelle bonne idée.»

Je lui adresse un sourire qui viendra trancher avec certainement avec la Songe de Brume vide qui l’a accompagnée à sa sortie du cap ce matin.

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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Mar 18 Aoû - 23:58

First Step.
feat. Nuage du Nord & Songe de Brume
«dreaming out loud.»

 


Alors si je ne peux pas le dire, si les mots refusent de sortir de leur prison de chair, si le vent me les dérobe lorsqu'ils y parviennent, j'écrirai, un poème, un hymne, n'importe quoi, simplement pour qu'elle sache. J'ai retrouvé mes ailes. Noyées, les flots les ont ramenées à la vie.




Je me retourne d'un coup, je dois avoir rêvé. Songe de Brume sait rire ? J'en reste plus bouche-bée que vexé, je ravale le peu de fierté qui me reste, je ne voudrais l'en empêcher pour rien au monde. Au début elle semble se retenir comme si elle n'avait pas rit depuis longtemps et qu'elle en avait perdu l'habitude, je me demande si elle a peur, peur de montrer qu'elle peut être heureuse, peur de laisser le bonheur raviver la flamme dans ses yeux si pâles. Je suis sûr, à la voir maintenant, qu'elle l'a été un jour. Que s'est-il passé ? Et a-t-elle vraiment envie de remonter la pente au fond ? Je n'en suis pas convaincu, mais je la comprend, après tout je suis le premier à me demander pourquoi je suis là, dans quel but et surtout je me dis souvent que ma présence, mon existence n'est pas utile, ni à ce monde ni à ceux qui y vivent. Pourtant, la chasseuse est utile, rien que parce qu'elle sait capturer ces ignobles et délicieux poissons. J'espère qu'elle saura m'apprendre, le plus vite possible de préférence, elle me trouble, avec elle je ne sais ni parler ni marcher, la preuve je fais trempette pendant que ses éclats de rire peignent l'air comme une promesse d'avenir. Elle redevient une enfant, qui s'essouffle tant elle rit, qui ne pense qu'à ma chute qui doit défiler encore et encore dans son esprit, qui se moque de ma fourrure plaquée contre mon crâne. Et soudain, la honte me fuit et je ne parviens pas à réprimer un sourire amusé. Elle n'a plus peur, je décide que si une chutes ou deux peuvent chasser ses idées noires alors je trébucherai plus souvent, je la préfère nettement ainsi, elle irradie la bonne humeur comme un soleil, une lumière éphémère mais bien plus brillante que les maigres espoirs que j'entretenais avant de quitter le camp.


Ma surprise grandit encore lorsqu'elle s'aventure dans l'eau. Je me crispe un instant, un vieux souvenir, pas très agréable, vient me souffler à l'oreille que je devrais me méfier, pendant un instant j'ai l'impression que la cicatrice qui courre sur ma mâchoire brûle, mais ce n'est qu'un souvenir, rien de plus qu'un filet de fumée balayé par le vent. Ou par la rivière. Je commence à réaliser, avec un effroi qui accompagne toujours l'inconnu, mêlé d'un certain soulagement, que je suis ici chez moi, que le Vent a vu naître un chaton blanc et ses frères démons, que la Rivière l'a lavé de ses peines et que les démons se sont évaporés. Je suis là, je suis moi, Nuage du Nord, et je ne me définis que par cela, ni par un sang, ni par un Clan, je suis là, dressé contre les flots qui caressent mon pelage, et je suis avec Songe de Brume, qui ne me fera jamais de mal. Les battements de mon cœur, qui s'étaient affolés, se calment et je lâche la bride à ma respiration, jusque là retenue fébrilement. Je veux vivre ce moment par moi-même. Pour elle cela a l'air si simple, à croire qu'elle est à demi sirène, un pelage épais, des épaules faites pour endurer chaque vaguelette d'argent, elle se fond dans l'eau comme les guerriers du Tonnerre se fondent dans les bois, sans réfléchir, sans même y penser, je sens qu'elle aime cette sensation et pendant un instant je me demande si elle va me laisser ici et nager un peu plus loin. Je lui adresse un sourire presque béat alors que je viens de repérer un petit banc de poissons un peu plus loin.


Je ressors de l'eau sans un mot, et malgré l'envie terrible de m'ébrouer qui me tord l'estomac, le besoin presque irrépressible de l'impressionner prend le dessus. Je me moque de ma fourrure trempée et de l'air ridicule que je dois avoir. Mes muscles se tendent, se détendent en rythme, je ne contrôle plus ce qui s'apparente à une danse, une danse de mort, la plus belle à mes yeux. Mon cœur s'emballe de nouveau, je manque d'air, je me penche au dessus de l'eau, je n'éprouve aucune peur, si je tombe, je me relèverai non ? Et soudain un ballet d'écailles miroite sous mon museau. Je deviens serpent ou aigle, l'allonge est rapide, ma patte frappe la surface comme un fouet, pendant une seconde je crois l'avoir perdu, et pourtant mes griffes, comme des poignards, quittent leurs fourreaux diaphanes et s'enfoncent dans un corps froid et ferme. Il est à moi. Je le soulève et le jette derrière moi, le plus vite possible. La palpitations sous mon poitrail me donnent l'impression que je vais mourir de joie, je sais que c'était la chance doublée d'une adrénaline sans nom, je sais que je dois encore apprendre la technique et que je ne serais pas l'apprenti le plus doué de tous les temps, mais je l'ai eu et la victoire est la plus douce des ivresses. Je me tourne vers Songe de Brume une fois que j'ai achevé le malchanceux, je parviens à sourire bêtement malgré le poisson que je tiens entre les crocs et articule à grand peine un :


« Merchi... tu b..vois t'es pas chi nulle »


Ce n'est pas grand chose je sais, mais je n'ai jamais été doué pour exprimer ce que je ressens, j'espère juste qu'elle saura lire toute la reconnaissance qui fait luire mes yeux. Je crois que nous ne sommes que des enfants.




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MessageSujet: Re: First Step. [FOU]   Ven 21 Aoû - 21:41

First StepSONGE DE BRUME
Je mettrai un moment à revêtir ce chapeau de l’instructeur, du mentor. Je n’y ai pas l’habitude. J’ai encore la certitude de n’être qu’une enfant, insouciante, inculte, un bouton qui à l’aurore, a tenté de s’ouvrir mais dont les pétales, plutôt que s’étaler sous le soleil naissant, ont préféré l’obscurité candide de leur nid d’enfance. Je me demande encore ce que je pourrai apporter à ce jeune être, m’interrogeant plutôt au sujet de ce qu’il réussira à m’apporter. Entre le moment où j’ai quitté ma couche pour le rejoindre dans cet entraînement improvisé sans la moindre structure et celui-ci où j’ai bondit pour le rejoindre dans les eaux printanières de la rivière, un changement s’est opéré déjà et je me demande où il nous mènera tous les deux, si la paire qu’on a formé en nous jumelant tous les deux ne s’est pas faite sans hasard, qu’il fallait qu’il en soit ainsi. Alors soit. Si la volonté de nos ancêtres est de nous voir rassemblés, alors je leur obéirai, de bonne foi la majorité du temps si j’y arrive encore. Parfois je crains de l’avoir oublié. Comment vivre sans me combattre sans cesse, en laissant simplement le flot des événements m’emporter toute entière. Je scrute une nouvelle fois le ciel, incertaine malgré moi, angoissée à l’idée de ce défi qui se dessine devant moi. On m’a confié la vie d’une jeune personne, je n’ai pas droit à l’erreur. Pourtant je sais que j’en commettrai, encore et encore. J’imagine que moi aussi, je dois me laisser le temps d’apprendre.

Je laisse la rivière me bercer dans ses flots rassurants, cette vieille amie avec qui je m’étais éloignée suite à une querelle ancienne, aujourd’hui résolue mais jamais oubliée. Je lèche doucement la surface afin de me désaltérer, sa fraîcheur envahit mon palet, se déverse dans ma gorge. J’observe l’apprenti qui pendant quelques instants s’est crispé à ma présence mais qui se détend progressivement. Je n’ose plus l’interroger, je me contente de l’observer en réfléchissant à son cas, à l’avenir qui nous a lié tous les deux. Aux responsabilités qui m’attendent, aux qualités que je devrai développer afin de répondre à ses trop nombreuses attentes. La difficulté m’écrase pendant une poignée de secondes, alourdit le moindre de mes gestes et m’emporte dans le doute, cette vieille amie qui jamais ne me quitte entièrement. Je frissonne alors que mon épaisse me protège pourtant de la morsure glacée de l’eau. Je sursaute alors qu’un son familier me tire brutalement de mes pensées obscures, me force à relever la tête pour voir un poisson argenté danser dans un dernier souffle entre les crocs meurtriers de son prédateur. Nuage du Nord a tiré sa proie du lit de la rivière et la laisse mourir lentement entre ses dents impassibles, sous mon regard incrédule. J’ai mis des jours avant de toucher mon premier poisson. Des semaines à en attraper un.

«Nuage du Nord…»

Je ne trouve rien à dire. On ne m’a jamais félicité lors de mon apprentissage, ni même regardé avec la moindre admiration. Pourtant je ne peux pas m’en empêcher. Je suis fière de lui. Le sang de la Rivière coule dans ses veines, j’espère qu’il le sait à présent. Car moi j’en ai la certitude désormais.

«Un vrai fils de la Rivière. Je n’en ai jamais douté.»

J’enterre les restes du poisson que nous avons entamé avant d’emprunter le chemin du retour avec une démarche gracile. Le ciel s’est couvert et je crains une averse glacée. Il faut mieux rentrer pour se sécher avant que le froid ne s’abatte violemment sur nous, d’autant plus que mon apprenti n’a pas l’habitude. Mon apprenti. Oui, je devrai encore m’y faire.

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