« Il n'y a que toi, il n'y a toujours eu que toi. »

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 Remords Posthume. [OS]

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Jeu Macabre
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MessageSujet: Remords Posthume. [OS]   Dim 7 Juin - 17:55

Remords Posthume.
feat. Jeu Macabre et Nuage Légendaire
«Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse, Au fond d'un monument construit en marbre noir, Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse...» Baudelaire

 

Ce n'était qu'une enfant. La fille des flammes, la fougue de la jeunesse à l'état pur. Il se rappelait d'elle, au camp, elle voletait en tous sens comme un oiseau qui ouvre ses ailes pour la première fois. Un apprentissage brillant, un avenir brillant l'attendaient. Mais depuis toujours elle voulait défier la mort, se perdre dans une valse avec elle, découvrir ses limites. Son amour pour son frère l'avait impressionné, d'une part parce qu'il ne le comprenait pas, d'autre part parce qu'il l'avait un jour ressenti, ce sentiment, cet appel du sang, les veines qui battent à l'unisson quand les autres cœurs se refusent à vous, le sang d'un frère ne ment pas. Son pelage roux était trempé de sang, son flanc se souleva encore un moment alors que son souffle se dérobait et les bois s'étaient tus au fond de ses yeux. L'incendie prenait fin, mais Jeu Macabre ne trouvait pas de répit. Les flammes le léchaient toujours, cherchant à lui retirer le peu d'espoir qu'il avait pu entretenir. Il hurla, pour qu'elle se réveille, qu'elle le frappe de nouveau s'il le fallait, il s'agitait au dessus du corps sans vie, la mordait, la poussait, tirait sur la peau de son cou comme il l'aurait fait d'un chaton. Mais ce n'était plus qu'une poupée de chiffon. « Non tu peux pas, t'as pas le droit de faire ça ! Pas en plus ! Je pourrais jamais y retourner si tu meurs... j't'en supplie... ».


Il n'avait pas eu d'affection particulière pour Nuage Légendaire, mais il ne lui avait jamais voulu de mal. Pas plus qu'à son frère. Elle aurait dû devenir guerrière la veille au soir, les rumeurs allaient vite, même lorsqu'on est solitaire. Il aurait aimé voir cela, le renouveau du Clan de l'Ombre qui montait sur le promontoire, qui veillait à l'aube d'une nouvelle vie. Alors il s'était contenté d'imaginer, la vision de Sureau se superposant à la leur sans qu'il puisse s'en défaire. Il rêvait de pouvoir l'y accompagner, de laver la violence qui grandissait déjà en elle, qui se répandait comme de la mauvaise herbe. Nuage Légendaire, elle, vivait pour la vengeance depuis le jour de son bannissement. Il savait qu'elle le suivait en tous lieux, cherchant sa trace comme on traque une proie. Elle l'avait déjà repéré plusieurs fois sans jamais avoir le cran d'en finir. Jeu Macabre avait repris des forces et restait le guerrier impressionnant qu'il avait été, un amas de muscles déterminé à survivre. Elle aurait dû rentrer, accepter qu'on s'en soit pris à Nuage de l'Ours, continuer son apprentissage en paix. Mais sa fierté la guidait, il pouvait comprendre, la foi l'avait mené par le bout du nez pendant de nombreuses lunes, avant qu'il n'ouvre les yeux. Elle était jeune, elle finirait par lâcher prise.


Pourtant ce matin là, alors que le soleil allumait des reflets d'or dans le ruisseau auquel il s'abreuvait, elle était sortie de l'ombre. Il ne se retourna pas. « Je suis venue pour toi » dit-elle, la voix moins assurée qu'elle ne le pensait. « Je ne me battrais pas contre toi Nuage Légendaire ». Elle grogna, son pelage se hérissa lorsqu'elle vint lui faire face. « Je ne te laisse pas le choix traître, mon frère sera vengé, et la forêt débarrassée de la vermine ». « Alors tu as du travail devant toi, commence par ceux qui en valent la peine ». Elle n'écouta pas, elle n'avait jamais rien écouté, et se jeta sur lui avec toute la rage dont elle était capable. Jeu Macabre sentit ses vieux réflexes lui revenir comme un torrent, soudain ses membres se souvenaient, laisser aller les muscles comme on lâcherait la bride à un cheval insoumis. Il évita les coups, elle hurlait sa colère, incapable de le toucher. Et puis elle changea de tactique et ses coups se firent moins prévisibles. Elle avait un don pour le combat, il sentait tout son potentiel exploser sous ses griffes, mais jamais il ne serait son mentor. Et puis, voyant qu'elle l'acculait à un arbre, il prit la fuite, il refusait de la blesser, elle ne savait pas ce qu'elle risquait, ce n'était pas un jeu. Elle se lança à sa poursuite, le sang du lieutenant sur le museau, elle n'avait pas une égratignure et était convaincue que c'était parce qu'il était faible, mais en réalité il ne cherchait même pas à se battre. Elle le comprit lorsqu'elle le rattrapa et qu'elle lui asséna un cou sur la gorge, le faisant tomber sur le flanc. « Bats toi ! » rugit-elle, « Je ne veux pas gagner contre une loque ». Il la pria d'arrêter, ne voyait pas qu'ils s'approchaient dangereusement d'une pente. Nuage Légendaire, en nage, se jeta à sa gorge une dernière fois, et il la repoussa, trop fort. Il vit la surprise dans ses yeux lorsqu'elle glissa en arrière, entendit un petit cri de peur s'échapper de sa gorge avant qu'elle ne disparaisse. Il s'élança pour la rattraper mais ne mordit que le vide, Nuage Légendaire roulait déjà vers le bas. « Attention ! ». Mais c'était trop tard, elle heurta le rocher de plein fouet, les os brisés hurlèrent, le sol rougit.


Jeu Macabre courut comme jamais dans sa vie. Arriva en bas de la pente, auprès d'elle, elle s'étouffait avec le sang qui coulait dans sa gueule. « Traître.. » fut son dernier mot. Et comme au ruisseau le soleil embrasait sa fourrure rousse, sa jeunesse se figea dans cet instant, perdue à jamais, pour une cause ridicule. Il resta là longtemps, à la secouer, si épuisé qu'il n'avait pas une larme pour elle. Il devait la ramener, couverte de sang et de sa propre odeur, pour sa mère, pour son frère et l'Ombre, et il savait que jamais plus il ne pourrait revenir après cela.


Il faisait nuit lorsqu'il arriva devant le camp, tout était silencieux, et il n'y avait pas de sentinelle, il déposa la petite poupée à l'entrée, imaginant déjà celui qui la trouverait, les cris, les pleurs, la colère lorsque l'on prononcerait le nom de Jeu Macabre. Qu'il tentât seulement de rester pour expliquer que tout cela n'était qu'un accident, une méprise, on le tuerait à coup sûr. Alors il laissa la petite qui serait toujours un Nuage là, laissant au jour le soin de la révéler, à d'autres celui de la pleurer. Lui n'y parvenait pas.


Suis-je donc un fossoyeur, celui qui ramène les enfants morts chez eux ? Suis-je celui dont la mort ne veut pas mais qui l'appelle de ses vœux ? Suis-je le malheur pour que les autres soient heureux ? Alors je refuse, mais qui portera les couleurs de mon refus ? Qui lèvera les bannières pour moi ? 



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