« Il n'y a que toi, il n'y a toujours eu que toi. »

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 C'est un peu comme si tout s'effaçait ..

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MessageSujet: C'est un peu comme si tout s'effaçait ..    Lun 22 Avr - 12:08

« Ne t’inquiètes pas,
Je suis là maintenant,
Je ne t’abandonnerai jamais plus,
Tu n’es plus seule.
Je te le promets. »

Tes mots résonnent dans ma tête comme autant de larmes coupantes. Tu n’étais qu’une apprentie, j’étais perdue. Ombre parmi les ombres. Simple enveloppe charnelle dans laquelle soufflait le vide. J’avais tout perdu, alors je m’étais enfuie. M’égarant un peu plus à chaque foulée. Me griffant, me coupant, courant le plus vite possible. Combien de lunes ai-je erré ainsi ? Loin de mes terres, loin de chez moi, loin de ma famille, loin de ce que j’avais toujours connue. Orpheline, esseulée, bannie par ma propre personne. Besoin d’air, de m’échapper. J’étais si jeune, comment tout ceci est – il arrivé ? Comment les étoiles ont – elles pu décider d’un sort tel pour une si jeune âme ? Aussi loin que remontent mes souvenirs, je ne me souviens pas avoir cherché leur colère, leurs remontrances. Hasard ? Peut être. Sans doute. Je l’espère.

Les étoiles. Si ce sont elles qui m’ont poussée à prendre la fuite, telle une lâche, c’est aussi elles qui m’ont de nouveau guidée à la maison. Qui sait, peut être estimaient – elle que j’étais guérie, que mon apocalypse intérieure était terminée, que la guerre que j’avais menée sans relâche contre ma propre personne avait été remportée. Mais par laquelle de celle que j’avais été ? Lors de ma fuite, j’étais si faible, tellement en colère, tellement triste, tellement perdue .. Et comment suis – je revenue ? Encore plus perdue. La colère et la tristesse s’était légèrement effacées, mais pas assez pour que je puisse tout recommencer de zéro. Mes pas m’ont menée jusqu’à là où tout à toujours commencé. Là où j’avais rencontré ce bel apprenti à la robe de feu, mon premier amour. Là où j’avais perdu mon meilleur ami, semblable à un flocon de neige de par son pelage et sa douceur. Là où j’avais pris la décision de partir. Là où j’étais revenue. Là où je me réfugiais, là où je me réfugie toujours.

Et je revois ton regard, posé sur moi. Je me souviens de la douleur indescriptible qui envahissait tout mes muscles, sans aucune blessure apparente pourtant. Je me souviens de l’embrasement de mon cœur, qui s’était répandu dans tout mon corps, lancinant et brûlant le moindre pore. Je me souviens avoir voulu hurler, avoir eu l’impression d’être brulée vive. Je me souviens de mon silence, je me souviens d’avoir trébuché et roulé sur les cailloux, jusqu’à la rive, semblable à une marionnette désarticulée. Mais qu’étais – je ? Un fantôme, une ombre ! Rien de plus. Juste une maigre carcasse, clairsemée de juste ce qu’il faut de chair pour vivre et d’un pelage mité. Une coquille vidée par le temps, rongée par le remord, la honte. Une carapace où le vent s’infiltrait et soufflait, comme pour ranimer une flamme, qui n’était non pas celle de la vie, mais celle de la mort, celle qui me consumait intégralement encore un peu plus chaque jour.

J’avais murmuré une seule phrase. Et les larmes s’étaient mises à couler le long de mes joues. Je ne t’avais même pas perçue. Je n’en aurais pas été capable. Lentement, tu t’étais approchée. N’importe qui aurait pris peur, mais toi tu étais restée, tu m’avais demandé ce qui se passait. Tu étais restée à mes côtés, oui. Lorsque mes mots avaient tranché l’air, non parce qu’ils étaient prononcés d’un ton coupant, simplement parce qu’ils étaient horrible, j’ai vu tes yeux s’agrandir d’effroi. Mais tu n’as pas bougé. Oui, n’importe qui aurait pris peur. Moi-même, je me serais fait peur. Mais ton courage est sans limite, et tu n’as pas lâché prise. Tu m’as fait une promesse, tu m’as aidée, relevée. Tu m’as tendu la patte alors que je me croyais au fond du gouffre. Tout n’allait pas mieux après, mais au moins, tu étais là. Représentant ma seule chance pour moi, ma seule aide, ma seule amie.



Si le soleil avait été présent, il brillerait bien haut. Mais tout n’est que ténèbres. Depuis si longtemps .. Le fracas des chûtes d’eau se brisant contre les galets en contrebas est encore plus impressionnant sous ce climat apocalyptique. Mais elle n’en a jamais eu peur. Et comme à son habitude, comme si elle était un élément du paysage, elle se tient là, droite, la tête haute, la queue sagement enroulée autour de ses pattes, et regarde l’eau se précipiter en contrebas, projetant des gerbes d’éclaboussures glacées. Sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi, ses pas l’ont guidée jusqu’ici. Ce n’est même pas une surprise pour elle, tant elle est habituée à arriver à cet endroit précis, et à s’y installer sur la même ritournelle, à chaque fois qu’elle s’égare dans ses pensées, dans sa transe.

Regardant le torrent sans le voir, l’écoutant surtout rugir à ses oreilles, elle s’est déconnectée. Comment vous décrire le besoin qu’elle ressentait de faire ça, de se livrer corps et âme à ses pensées ? Aussi souvent qu’elle le pouvait, elle s’abandonnait à elle-même, et alors qu’elle s’emprisonnait avec elle-même, elle se sentait vivre, renaître. Elle se sentait libérée. Ce lieu représente tellement de choses pour elle. Elle ne peut pas s’en défaire, elle lui voue une partie totale de sa vie, comme possédée par cet endroit. Il est magique, à ses yeux, la prend toute entière. Ici, elle se sent bien, elle se sent elle, même si c’est ici qu’ont eu lieu sans doute ses plus grandes souffrances, ses plus grands sacrifices. Et, en ce moment même, ses pensées tournaient et se retournaient à l’adresse d’une seule et même personne. Souffle de Givre. A l’époque où elle avait refait ses pas sur cette terre qui était la sienne et qu’elle avait fui, et où Nuage de Givre l’avait recueillie. Comme une reine pour son petit égaré, comme une amie, alors qu’elle s’était détournée d’eux sans raison, les abandonnant pour soulager son égo.

Les yeux perdus dans le vide, elle voit de l’extérieur la scène se dérouler à nouveau. Elle entend encore la promesse de la jeune apprentie. Elle voit jusqu’à la lueur d’espoir perdu qui tente timidement de percer le vide de son regard d’absinthe.

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MessageSujet: Re: C'est un peu comme si tout s'effaçait ..    Mer 24 Avr - 18:01

Certains sentiments sont plus forts que d’autres. Certains effleurent simplement l’esprit, comme un voile de soie. D’autres enserrent le cœur dans une étreinte affolée. La plupart des êtres conscients, affirment pouvoir contrôler leurs sentiments, réfréner certaines pulsions. Seulement, peut-on décider en son âme et conscience de fermer son cœur et son esprit aux sensations que nous accorde la vie ? Est-il physiquement possible de bloquer tout sentiment, aussi fort soit-il, sans aucune conséquence ? Même les plus puissants de tous : l’amour et la haine ? Car après tout, pour décider de les bloquer, il faut accepter de les ressentir. L’amour est un sentiment étrange. Il ne suit aucune logique, ne s’arrête à aucune frontière et peut traverser les âges comme la lune traverse le ciel. L’amour se veut protecteur et destructeur, possessif et altruiste ; prônant la folie tant que la raison. L’amour est un constant paradoxe qui emprisonne et libère l’âme. Considérant cela, comment définir la haine ? Comme l’exacte opposé de l’amour ? Qu’est ce que l’exact opposé d’un paradoxe sinon son image ? Il se dit que la frontière entre l’amour et la haine est quasiment inexistante. Et si elle était réellement, totalement inexistante… et si, tout n’était qu’une question de point de vue ? Faisant de l’Amour, le sentiment le plus dangereux et influent qui soit.

Souffle de Givre fut pendant longtemps dominée par les sentiments. Son enfance ne fut pas des plus calmes ; commençant tragiquement par la mort de toute sa famille dans une crue de la Rivière. Un chaton qui aimait sa mère et ses frères, les voyant par la suite, tourbillonnants dans l’eau noire menaçante, reste totalement impuissant lorsque l’amour se mue en haine. Mais que vaut la haine d’un chaton ? Avec les yeux à peine ouverts, la haine est trop compliquée à exprimer et à ressentir. Alors la conscience la rejette vers l’inconscient, laissant seulement son ombre de tristesse dominer l'esprit. Nommée apprentie de justesse avant l’arrivée de la Meute, elle assista impuissante à la domination de son Clan.

Impuissance, regret, colère… tellement de sentiments négatifs envahissent son esprit et son cœur, mais elle ressent à la fois de l’amour pour les siens, gardant espoir pour des jours meilleurs. Elle repousse une nouvelle fois ces sentiments, les reniant vers son inconscient tempétueux. Jeune et téméraire, elle n’a peur de rien. Intrépide elle traverse les territoires seule, explorant les recoins cachés et courant dans les sous bois. Près de la cascade elle s’arrête. Une silhouette, quasiment fantomatique s’avance, le regard magnifique mais semblant aussi vide que le bleu du ciel et aussi terne que des nuages grisâtres. Intriguée, jeune, elle parle à celle qui lui demeurait inconnue. Son cœur se serre tant son âme ne semble être rattaché qu’à un fil. Elle ressent… elle ressent de l’empathie, de l’amour pour cette inconnue qui lui avait donné un léger aperçu de son âme. Guerrière blessée, l’Apprentie la soutien de ses paroles qui brulent encore dans son esprit aujourd’hui. Qui était-elle pour faire une telle promesse ? Jeune et empressée, elle avait prononcé des mots qui scellaient un pacte de liens puissants, et jamais il ne devait être brisé. Car ses mots furent ce qui aida la Guerrière grise à se relever, ils furent la base de son combat pour la vie.

« Nuage de Givre, que tu étais jeune … tu ne pouvais mesurer l’impact de ses paroles sur le futur… et même si tu l’avais su, ne les aurais tu pas prononcé tout de même ? Évidemment. Ton désir d’amour, de donner et de recevoir était tel… tu n’aimais personne comme tu aimais celle qui était il y a quelques instants une inconnue. Tu lui avais donné ton cœur pour qu’elle se relève ; et le prenne en otage. Hélas c’était sans prévoir les actions de la Meute. Esprit Ensanglanté hantait tes jours et tes nuits. Tu te surprenais à l’admirer, comme un modèle de puissance. Tu le détestais... mais ne l'aimais-tu pas ? Ce fut lui même qui choisi ton nom de Guerrière et te donna un Apprenti. Souffle de Givre, constant souvenir de son époque. Tentée, faible, l’entraînement commençait à n’être qu’une réplique de la Meute, tu étais devenue comme eux. Ce fut une nuit d’angoisse, où l’une de ces crises nocturnes horribles mettait à l’épreuve ton esprit que tout se relâcha. »

Toute la haine gardée enfouie refit surface. Souffle de Givre fut tout simplement submergée. A deux doigts de la pure folie, elle s'enfuit. Aveuglée, impuissante face à la déferlante de haine, la Guerrière lâchait tout. Elle courut dans les bois pendant un jour entier, violant des territoires et ne prêtant nullement attention aux chemins du Tonnerre. Elle aurait pu mourir mille fois ce jour là. Mais elle continuait de courir jusqu’à ce que la brûlure dans ses poumons et dans ses muscles soit tellement intolérable qu’elle tomba inconsciente, au beau milieu d’un bois totalement inconnu. Elle ne rêva pas cette nuit là, mais quand elle se réveilla elle était redevenue elle même. La tornade de sentiment s’était apaisée. Pourquoi n’était-elle pas rentrée ? Parce qu’elle était écœurée d’avoir compris ce qu’elle était devenue. Influencée, embrigadée, elle n’était pas celle qu’elle voulait être. Elle voulait être cette Nuage de Givre au bord de la cascade. Elle ne voulait pas être manipulée par la Meute, peut importe ce que le Clan des Étoiles avait décidé pour le Clan. Elle savait qui elle devait être. Et pour cela, elle avait besoin de temps. Peu importait qu’elle soit considérée comme une pariât, un déserteur. Une traîtresse. Peu importait ... Son cœur lui faisait mal alors qu’elle imaginait les siens la détestant, la rejetant, l’insultant.

« Oui tu l’imaginait elle. Fraîcheur de Menthe. Tu lui avait tout donné et tout repris. Elle devait te maudire et te haïr autant qu’elle t’avait aimé. Tu n’es qu’une traîtresse. Un déserteur. Te souviens-tu ? Toutes les nuits tu pleurais et suffoquais. Mais toutes tes larmes ne pourront jamais racheter cette faute. Jamais ! Elle ne t’a nommé Lieutenant que parce qu’elle n’avait pas le choix, elle ne te fera jamais confiance, elle ne t’aime pas et ne t’aimera plus jamais. »

Souffle de Givre se réveilla en sursaut. Enfin. Elle avait réussi à se réveiller de ce terrible cauchemar. Elle avait la tête qui tournait. Cette voix qui lui avait parlé pendant son sommeil… c’était elle même … elle se rappelait d’avoir eu ses mêmes pensées, d’avoir plié sous le poids de la culpabilité, jusqu’à se demander si elle méritait de vivre. Elle se souvint avoir inconsciemment, essayé de mourir, plusieurs fois, en se mettant plus ou moins volontairement dans des situations dangereuses. Elle avait enfin comprit vouloir vivre alors qu’elle avait réellement frôlé la mort face à un renard. Enfin « face »… la chatte n’avait eu qu’à croiser le regard avide de meurtre de ce tueur pour se rappeler de ce à quoi elle tenait dans ce monde, ce qu’elle voulait réellement ; rentrer chez elle.

La Lieutenant se releva, encore embuée de sommeil. Il était encore tôt, la plupart des Guerriers dormaient encore à poings fermés. Elle observa avec dépit sa litière complètement détruite. Elle avait du beaucoup bouger cette nuit. Soupirant, elle sortit de la Tanière, remettant à plus tard le rafistolage de sa couche. L’air frais du matin gifla son visage, terminant d’éloigner les dernières bribes de souvenirs de ce rêve turbulent. Pas de pluie aujourd’hui. Pas pour l’instant. La queue basse, elle erra quelques temps dans le Camp, cherchant quelque chose à faire, une tâche à réaliser. Mais ce n'était pas son Camp, elle n'avait pas d'idée de ce qu'elle pouvait bien faire à présent, alors qu'elle devait être la seule du Camp à être éveillée. Petit à petit les chats du Vent et de la Rivière s’éveillaient et formaient des petits groupe mixtes pour les patrouilles. Elle était heureuse de voir les liens d'amitié qui se tissaient entre les deux Clans, espérant que cette alliance soit pour le meilleur, vu qu'ils avaient déjà affronté le pire. Après cette errance, instinctivement, ses pattes la menèrent hors du Camp du Vent, puis progressivement elle prenait la direction de son propre territoire. L'odeur du Vent lui chatouillait les narines alors qu'elle traversait la frontière officielle. Elle n'alla cependant pas vers le Camp de la Rivière mais vers la Cascade, en contrebas, là où l’eau était calme et lisse. Le son tonitruant de l'eau s'écrasant sur les rochers en contrebas grondait aux oreilles de la Lieutenant alors qu'elle arrivait au bord de l'eau. Le niveau était encore plus haut que d'habitude, la rive s’enfonçant progressivement dans l’eau trouble. Le regard fixe, Souffle de Givre pénétra dans l’eau jusqu’à mi-patte. Elle ferma les yeux. Elle n’avait pas ressenti la douceur de l’eau depuis la crue de la Rivière. Que c’était doux et rassurant. Les yeux fermés, elle laissa aller son esprit vagabonder dans les méandres de sa mémoire pendant un temps qui lui demeura inconnu; Ignorant tout de la silhouette familière au sommet de la cascade.

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MessageSujet: Re: C'est un peu comme si tout s'effaçait ..    Mer 24 Avr - 19:55

« Tu pardonneras,
Tu pardonneras l’orgueil, les coups bas,
Tu pardonneras même si tu n’oublies pas,
Plus amères sont les larmes qui ne coulent pas,
Le cœur serré tu pardonneras. »

La traîtrise est un acte lâche. Mais lorsqu’on n’en a pas le choix, qu’est – il ? Quoiqu’il en soit, l’abandon est une douleur sans égale, car il mêle tristesse, solitude, amertume et colère. Mais ce n’est pas que ça. Lorsque quelqu’un vous laisse seul, alors qu’il représente pour vous la seule source de lumière, celle qui vous a guidé jusqu’à la sortie de vos ténèbres, alors il détruit tout. La lumière s’éteint, le soleil s’en va, et tout repart de zéro.


Plongée dans ses pensées, dans ce monde désert peint en noir et blanc, elle ne l’aperçoit pas tout de suite. Fantôme d’ivoire, elle s’avance dans l’eau noire et tumultueuse, et l’Étoile l’observe. Jeu de son imagination, ou réalité ? Elle n’en sait rien. Elle ne cherche pas à comprendre. Tout ce qu’elle voit, tout ce qu’elle est capable de ressentir à cet instant, c’est un long frisson, qui la prend du bout du museau et court sur son échine, avec insistance. Elle ferme les yeux, blessée. La scène semble se reproduire. Le paysage est le même. Seules elles ont changé. L’une s’est relevée seule, l’autre vient seulement de revenir.

Tu ne peux même plus la regarder dans les yeux. Es-ce parce que la douleur et la souffrance qu’elle t’a infligé t’en empêche ? Tu es trop fière pour l’admettre, et pourtant .. Elle te manque. Tu l’aimes jusqu’au dernier de tes muscles. Elle t’a déchirée, mais comment lui en vouloir ? Après tout, tu es partie, toi aussi, du jour au lendemain, sans penser aux conséquences. Tu en avais besoin, c’était vital. Alors pourquoi lui en vouloir ? L’amertume t’enserre la gorge, et pourtant, tu brûles du désir de la retrouver. Tu luttes contre toi-même. Tu te perds, tu t’égares, à nouveau. Tu veux t’en approcher, recommencer, mais tu as peur. Peur d’y laisser encore une fois tout ce que tu as reconstruit derrière elle.

Elle t’a laissée pour compte, derrière elle, sans avoir la moindre préoccupation pour toi. Du moins, c’est ce que tu crois depuis le début, blessée dans ton honneur, trahie par ta seule amie. Mais au fond, tu n’en sais rien. Quand elle est revenue, tu ne l’as pas accueillie. Tu es restée de marbre, sans te mêler aux autres, seule, recluse dans ton coin. Et pourtant. Tu as croisé son regard, et ton cœur s’est réchauffé, d’un coup. Mais tu n’as pas bougé, pas esquissé le moindre mouvement. Et tu as détourné la tête. A ton tour, tu as fui lâchement.


Dans cet univers où tout semble cendres, où même les arbres restent dénudés, comme ravagés par la mort, ses yeux s’allument. Deux absinthes, deux perles de couleur posées là, sur ce monde en pleurs. Elle observe la femelle en contrebas. Et le tiraillement reprend. Son cœur saigne, mais son cœur la réclame. Confrontée encore et toujours au même dilemme, elle aimerait que le temps s’arrête. Réécrire l’histoire. Sans bouger de son promontoire rocheux, elle baisse la tête. Elle aimerait tant courir jusqu’à elle, fourrer son museau dans sa fourrure de givre. Elle aimerait tant lui conter son abandon. Elle aimerait tant la blesser autant que le contraire. Mais c’était déjà fait. Depuis qu’elle l’avait nommée Lieutenant, elles se parlaient, certes, mais de manière polie, de connaissance à connaissance, sans chaleur particulière.

Si seulement elle savait à quel point tu lui manques. Si seulement tu arrivais à faire le vide, le tri. Si seulement tu parvenais à accepter. Tu lui as pardonné, depuis longtemps. Mais quand tu la regardes, tu ne peux oublier ce qui s’est passé. Tu restes prisonnière du passé, contre ta propre volonté ! Tu as encore mal. Le temps n’a pas suffit à tout refermé. Seul l’amour pourrait le faire. L’amour que tu te refuses à lui accorder, à lui prouver. Elle est la seule à pouvoir réparer cette blessure, et pourtant, tu ne veux pas la lui montrer. Tu as peur. Peur que cela se reproduise. Peur de souffrir encore. Mais pourquoi t’enfermer dans ta propre carapace alors que c’est ça qui te déchire encore plus ? Tu ne peux pas te résoudre à signer l’arrêt de ta souffrance, de vos souffrances, alors que tu n’as qu’à aller la voir. En la nommant Lieutenant, tu as reconnu que c’était du passé ! Mais tu t’acharnes. Tu lui as offert ta confiance, de nouveau, mais tu préfères faire comme si ce n’était qu’une formalité.

Ses griffes s’enfoncent dans le sol. Elle est perdue. Ne sais plus quoi penser, ni que faire.

La voir là, au même endroit qu’il y a des lunes te consume. Tu brûles, tu souffres de ce temps passé. Tu as mal, tu as peur. Tu l’aimes, et tu la détestes. Tu lui as pardonné, mais tu ne peux plus la regarder dans les yeux. Elle a ta confiance, sans avoir les clés de ton âme et de ton cœur. Un simple regard à l’absinthe de tes yeux suffit à ressentir tout ce que tu ne peux pas expliquer. Un simple regard, et on devine ta torture. Tes yeux .. La porte ouverte sur ton cœur. Ils ne savent pas mentir. Et ne le saurons sans doute jamais. Alors, devant elle, tu les baisses, tu les détourne. Pour ne pas qu’elle sache. Pourtant, tu sais que cette guerre devra cesser. Et que c’est à toi de le faire.

Enfin, elle descend, avec grand soin, le long de la cascade, jouant à la funambule, jusqu’à la rive. Et elle s’arrête. Elle se contente de la regarder, intimidée, alors qu’elle est l’aînée, celle qui doit accorder le pardon la première ..

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Souffle de Givre
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MessageSujet: Re: C'est un peu comme si tout s'effaçait ..    Mer 24 Avr - 21:55

Si par ma vie ou ma mort, je peux te protéger, je le ferai.
Perdue dans les reflets sombres de l’eau, Souffle de Givre observait son reflet entrecoupé par les rides du vent caressant la surface de l’eau. Désormais qu’elle savait qui elle voulait être, il ne lui restait plus qu’à atteindre ce but. Un événement allait bientôt chambouler sa vie, mais elle ne pourrait l’affronter seule. Elle savait que son Clan l’aimait, mais il lui manquait l’amour d’une personne pour que son être soit complet.

Un bruissement à peine perceptible derrière elle. Lentement, elle tourne la tête tout en se demandant qui pouvait bien demeurer encore sur les terres dévastées du Clan de la Rivière. Son regard s’accrocha à une fourrure grise et un regard d’espérance. Comme si elle ne connaissait pas la réponse. Bien sur que c’était toi. Pour quelle autre raison ses pattes l’auraient elle menées à cet endroit précis si ce n’était pour enfin établir un face à face, loin des devoirs du Clan. Était-ce l’œuvre des Étoiles ou bien le hasard des choses… elle n’en savait rien. Cependant c’était dans ce même endroit, où il y a des lunes elle avait fait une promesse, oui c’était dans ce même endroit au décor grisâtre et sombre où le dialogue allait devoir être rétabli. Où les cœurs allaient devoir saigner, les yeux pleurer et les liens autrefois brisés devraient refaire surface et affronter la réalité présente. Le passé devait rester le passé, un puits sans fond où l’on pioche des expériences et des idées, mais qui ne doit pas empêcher la vie présente. Toujours lentement, Souffle de Givre se retourne vers l’Étoile qui se tenait sur la rive. Celle ci représentant la limite, sinon la cassure entre elles deux. Elle cherche son regard mais celui ci semble fuir. Elle serre les dents en baissant légèrement la tête. Pourtant si elle était venue, c’est qu’elle aussi cherchait des réponses sur ses sentiments. Comment les ignorer ? Comment commencer ? Pourquoi était-ce si compliqué aujourd’hui alors que quelques jours plus tôt, elles affrontaient ensemble des épreuves effroyables. La souffrance et la mort les avaient rapprochées comme jamais, mais pourtant il restait cette frontière, cette barrière si haute qu’elle semblait infranchissable. Dessus était gravé en lettre de feu cette promesse de jadis, ancrée dans son âme et dans son cœur. Ne t’inquiètes pas, Je suis là maintenant, Je ne t’abandonnerai jamais plus, Tu n’es plus seule. Je te le promets.

Et pourtant elle avait courut, courut le plus loin possible vers le soleil couchant. Elle s’était cachée, honteuse, rongée de l’intérieur par ne culpabilité si forte que jamais ne guérirait complètement cette blessure si profonde. Malgré le temps et les âges, elle devrait porter ce fardeau pour toujours. Alors que faire ? A quoi bon ? La honte de vivre était-elle si forte ? Pourquoi être revenue alors, si ce n’est pour avoir cru pouvoir obtenir le pardon ?

Oui elle y croyait. Ce rêve, cet espoir animait ses jours et ses nuits. Mais les évènements s’étaient enchainés. Elle avait pensé trouver son Clan encore sous la domination de la Meute, mais une terrible maladie et la peur les avait éloignés. Rapidement les Étoiles nommèrent le nouveau leader du Clan. De sa glorieuse lignée, Étoile de Menthe pouvait se dresser fièrement comme leur meneuse. Souffle de Givre avait pensé que cet instant était le bon pour faire ses excuses. Pardonne moi je t’en supplie… je ne pourrai pas continuer à vivre comme cela. Mais aucune réponse ne lui parvint. Futiles efforts pour se faire pardonner quelque chose d’impardonnable. Et pourtant … quelque temps après elle fut nommée Lieutenant. Était-ce une preuve de confiance ? Une preuve d’amour et de pardon ? Ou seulement parce … que tu n’avais pas le choix ? Le devoir oblige, les deux chattes se voyaient et se parlaient souvent, mais Souffle de Givre n’eut jamais assez de courage pour aborder le sujet. Les yeux de menthe fuyait ceux de givre, et pourtant les deux se cherchaient. Un paradoxe de sentiments les gouvernait. La Guerrière blanche n’abandonnait cependant pas sa volonté de mise au point.

Un matin cependant, Étoile de Menthe vint la chercher dans sa Tanière pour un voyage vers un Clan ennemi, et un tourbillon de malheur commença. La tempête, la pluie, l’orage … la vision catastrophique du Camp de la Rivière englouti sous les flots et ces chats… ces chats qu’elle avait abandonné autrefois, qui tentaient de survivre. Comment prouver son allégeance si ce n’était en cet instant ? Comment prouver à tous qu’elle était Lieutenant du Clan de la Rivière et que jamais plus elle n’abandonnerait les siens si ce n’était en cet instant ? Tumulte de pleurs de cris et de désespoir, le Clan de la Rivière se battit pour survivre et il s’unit dans le malheur. Souffle de Givre alla presque jusqu’à se sacrifier pour les siens. Avant de sombrer dans l’inconscience, alors qu’elle croyait mourir, elle se rappela de son seul regret. De n’avoir pas pu dire clairement à Étoile de Menthe combien elle était désolée et combien elle l’aimait. Elle voulait lui dire comment elle était celle qui l’avait maintenu en vie, pendant son exil et bien après. En étant celle qui incarnait sa raison de vivre et pourtant elle était également celle qui lui faisait tant désirer la mort.

Mais à présent, en ce jour, elle ne pouvait plus compter que sur elle. Non elle ne pouvait plus se morfondre sur son sort. Car sa propre mort n’entrainerait pas seulement la sienne. Elle ne pouvait se permettre de rester dans le passer pour toujours. Il lui fallait avancer et prendre les devants de la vie. La vie d’un être n’est pas seulement la sienne. La vie reste des rencontres et des liens tissés au jour le jour. Le lien qu’elle avait avec Étoile de Menthe était fort et puissant. Et pourtant elles étaient là, se regardant depuis un bon moment déjà. Aucune n’esquissant le moindre geste et le silence régnait. Il semblait même que la forêt s’était tue, intriguée par tant d’intensité entre les deux êtres. Elle ne savait décrypter les émotions qui passaient sur le visage d’Étoile de Menthe, elle ne savait ce qu’elle pensait ni ce qu’elle voulait faire. Elle s’était elle même approchée, mais elle était restée silencieuse, comme hésitante. Alors Souffle de Givre avança. Elle marcha lentement hors de l’eau, prenant garde à ne pas réveiller la douleur se sa blessure au flanc, qui la faisait encore souffir. Elle passa la limite de la rive, allant rejoindre Étoile de Menthe sur la terre ferme, s’arrêtant en face d’elle. Pendant quelques instants elle voulut forcer son regard dans le sien, mais elle n’y parvint pas. Elle déglutie. Que dire ? Que faire ? Elle avait rêvé de ce moment mais à présent elle semblait impuissante.

« Étoile de Menthe... Je suis enceinte. »

Elle déglutie de nouveau, consciente de l’impacte de cette nouvelle. Elle s’était rendue compte de sa nouvelle condition au Clan du Vent, peu après leur fuite. Elle avait sentit un mouvement dans son ventre, si faible et imperceptible que d’autres auraient pu l’ignorer. Mais elle, elle le savait. Ses pensées allèrent vers Solstice d’Hiver, le père de la portée. Son ami proche et amant de convenance mais c’est l’amour du Clan plus que l’amour de deux êtres qui engendrèrent ces petits. Ce fut une décision murement réfléchie, que Souffle de Givre ne regrettait pas. Pourtant, maintenant plus que jamais elle voulait repartir sur une base saine. Ces chatons signifiaient beaucoup de choses. Elle voulait les expliquer à Étoile de Menthe, mais elle n’arrivait plus à parler. Elle baissa la tête, tentant de refluer les émotions qui lui serraient la gorge.

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MessageSujet: Re: C'est un peu comme si tout s'effaçait ..    Jeu 25 Avr - 16:47

« I die everytime you walk away,
Don't leave me alone with me,
See, I'm afraid.
Don't let me down. »
Tu la regardes, tu observes le moindre des ses gestes, sans en esquisser un toi-même. Et puis, ton regard se perd dans la contemplation de l’eau. De là où se trouve ta si vieille amie, l’eau te léchait juste les pattes. Même la Rivière te chasse de chez toi ! Même elle te trahit, même elle t’abandonne et te rejette. Et pourtant, tu ne peux pas lui en vouloir. Celle qui subit ta colère pour cette horreur est bien vivante. Meneuse du Tonnerre, Clan du Tonnerre entier. C’est sur eux que retombe la faute. Depuis le début de ce cataclysme, de ces souffrances enchaînées les unes aux autres. Et pour la femelle qui se tient devant toi ? Ce n’est pas sa faute non plus. Vous n’avez jamais eu l’occasion de vous parlez à cœurs ouverts depuis cet évènement, mais quelque chose en toi te supplie de croire que ce n’est pas de sa faute. Pourquoi ? Parce que tu l’aimes trop pour l’imaginer coupable ? Et enfin .. Enfin elle se tourne vers toi, et tu vois le bleu de ses yeux, comme cela fait si longtemps que tu l’attends.

Elles se fixaient, immobiles, menthe contre givre. Dans leurs yeux, ô combien de sentiments mêlés. Intensité du moment était à son comble, et hormis le rugissement sourd de la cascade juste derrière elle, le monde entier retenait son souffle. Elles mêmes semblaient ne pas oser happer l’air. Le cœur de l’Étoile battait à tout rompre, tellement fort qu’elle s’avouait surprise de ne l’entendre cogner et résonner dans toute la forêt. Et puis, la femelle en face d’elle se mit à bouger, lentement. Regagna la terre ferme. La reine grise aux yeux d’absinthe eu un mouvement de recul qu’elle ne contrôla pas, comme ensorcelée par les pas de l’autre. Elle avait l’impression qu’elle pouvait s’envoler à n’importe quel moment, disparaître telle une hallucination, emportée par une brise, semblable à un mirage. L’autre s’avança encore et le profond vert doré des yeux qui la scrutaient se teintèrent d’une émotion sans pareille. Elle voulait aller à sa rencontre, mais avait peur. Une boule lui enserrait la gorge, le ventre, le cœur. Son museau vint à la brûler. Elle hésitait, restait immobile, désemparée, impuissante.

Depuis le temps qu’elle rêvait de cette scène, nuit après nuit, se réveillant avec l’amertume du regret sur la langue. Depuis le temps qu’elle attendait cet instant. Et elle était paralysée, sans vraiment savoir pourquoi. Elle eu brusquement une sensation de glace sur sa peau, et du réprimer un long frisson d’émotions. Elle tentait de lire dans les yeux de Souffle de Givre, de percevoir ses pensées, ses mots sur son visage, son attitude, mais n’y parvenait pas. Les yeux vides et en même temps bourrés de sentiments, elle attendait.

Je t’en prie, restes .. Ne t’en vas pas. Ne t’en vas plus. Pour rien au monde je ne pourrais de nouveau te perdre. Même si tu ne parles pas, je saurais au moins ce que tu ressens. Je le comprendrai. Mais ne pars pas .. Excuse-moi de ne pas parvenir à te dire ce que je ressens en ce moment même. Mais il y a tant à dire. Excuse-moi pour tout. Je ne sais même pas pourquoi je ne parviens à rien te dire, je ne sais même pas pourquoi je reste figée ainsi, alors que dans ma tête, dans mon cœur, dans mon corps c’est le feu, c’est la glace. Je ne sais pas ce qui m’arrive, je ne sais même pas pourquoi je suis venue ici. Pour te retrouver, peut être ? Pour retrouver tout ce qu’on a construit et détruit à cet endroit même. Tu me manques, je t’aime comme jamais je n’ai aimé personne, et pourtant, je ne parviens pas à te le dire.

Dans son crâne résonne les phrases qu’elle se doit de lui dire, de lui avouer. Son cœur réclame ses mots, son âme aussi. Mais elle n’y parvient pas. Alors elle se contente de la regarde, prunelle contre prunelle, dans l’espoir qu’elle comprenne. Le temps s’étirait, comme à l’infini, et enfin, Souffle de Givre prit la parole.

« Étoile de Menthe... Je suis enceinte. »

Ces mots résonnèrent dans son crâne avec force. Elle ne put retenir un sourire. Elle avait toujours rêvé d’avoir des chatons. Mais hélas, sur les quatre qu’elle n’avait jamais eus, tous étaient partis. Mais elle était tellement heureuse pour son amie, tellement .. Excitée. Mais encore une fois, tout ce qui se déroulait en son fort intérieur ne parvenait à s’échapper. Mis à part ce sourire radieux et timide, elle restait immobile. Une étincelle sembla s’allumer dans ses yeux, alors qu’elle murmura d’une voix rendue rauque par les émotions accumulées durant ces longues minutes ;

« Félicitations. »

Cependant, elle ne pouvait s’enlever de la tête que ce n’était pas tout ce qu’elle avait à lui dire. Ce sujet commun leur pesait à toutes les deux sur le cœur, et elle le savait. Mais à présent que la discussion était lancée, elle ne pouvait se résoudre à enchaîner sur ceci. Par soucis de paraître sans doute égoïste ? Elle ne savait pas. La voix toujours rauque et brisée, elle ajouta à voix basse, comme pour elle-même, comme si elle espérait que le courant couvrirait ses mots ;

« Si tu savais à quel point tu m’a manqué, Souffle de Givre .. Si tu savais à quel point j’ai souffert de ta disparition .. »

Et alors, blessée par elle-même, incapable de soutenir son regard, elle baissa les yeux, baissa la tête, essayant de retenir les larmes qui lui brûlaient les yeux, qui lui brouillaient la vue.

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MessageSujet: Re: C'est un peu comme si tout s'effaçait ..    Lun 15 Juil - 0:11


Is it meaningless to ask for forgiveness ?
Never.
I am so sorry.




Le vent balaya le rivage, laissant le souffle d’air ébouriffer la fourrure de la Lieutenant. Elle venait d’annoncer sa mise bas prochaine… l’émotion avait fait trembler sa voix et ses paroles résonnèrent dans le vide. Étoile de Menthe ne répondit pas tout de suite, elle restait le regard fixe, avec néanmoins un léger sourire sur son visage. Malgré qu’elle considère sa Chef comme sa plus proche amie, elle ne connaissait pas toute sa vie, ni tous les démons qui la hantaient.
Elle n’avait jamais vu son amie avec des petits, et maintenant qu’elle avait été désignée par le Clan des Etoiles … Souffle de Givre hésitait. Le silence se faisait long à présent, elle ne savait pas si elle devait le briser en se confondant en excuses et explications, ou si elle devait attendre. Mais elles avaient attendu si longtemps avant de se parler… enfin elles allaient pouvoir libérer leur cœur pour le meilleur. Alors que la future Reine ouvrait la bouche pour rompre ce pesant silence, la farouche chatte grise parla enfin.

« Félicitations. »

C’était bref et concis. Mais cela avait au moins le mérite d’être une réponse, une parole, un début de dialogue. Souffle de Givre n’arrivait pas à décrypter toutes les émotions qui se nuançaient dans sa voix. Alors, elle referma la bouche, observant son amie en face d’elle. Elle avait parlé. La Lieutenant savait que maintenant elle allait continuer, c’était à elle de poursuivre l’échange. Etoile de Menthe se doutait probablement qu’en lui annonçant la venue de chatons, elle ne faisait qu’ouvrir la parole et que, ce qui leur plombait le cœur allait devoir être abordé tôt ou tard.
La Guerrière blanche restait immobile sous les assauts du vent. Le spectre de son passé était au dessus d’elle comme une épée de damocles… bientôt elle allait devoir révéler les moments difficiles qu’elle avait traversé, il était certain que ce n’était qu’une question de temps.
La libération vint d’un murmure, d’une voix basse… pas hésitante mais presque timide.

« Si tu savais à quel point tu m’a manqué, Souffle de Givre .. Si tu savais à quel point j’ai souffert de ta disparition .. »

Enfin… Souffle de Givre eut instantanément une larme qui coula le long de sa joue. Comment avait-elle pu être aussi égoïste ? Elle continuait de se dire qu’elle n’avait pas eu le choix … mais peut être que si elle s’était confiée sur ses pulsions à Etoile de Menthe, elle n’aurait pas eu à fuir. Mais le passé est le passé. Maintenant elle ne peut plus faire d’hypothèses et se construire un mensonge grâce à des « et si ? ». Elle secoua la tête, prête pour affronter la réalité.
Elle regarda son amie et se décomposa lorsqu’elle vit l’ombre des larmes obstruer son regard vert intense juste avant que celui ci fut caché. Ce fut alors qu’elle se précipita. Au diable son calme, au diable sa conscience, elle ne pouvait plus supporter d’être si méticuleuse. En deux bonds elle fut auprès de sa Chef, juste devant elle. Cette dernière ayant baissé le regard, Souffle de Givre baissa sa tête et la posa contre la sienne. Ses oreilles frôlèrent les siennes dans un frisson. Crâne contre crâne, Souffle de Givre inspira à fond.

« Je n’arrête pas de me rappeler les raisons de mon départ, de cette décision si murement réfléchie…  je regrette de ne pas te l’avoir dit. »

Elle fit une pause mais repris presque aussitôt.

« Tu m’aurais peut être comprise… mais tu m’aurai peut être rejetée et j’aurai du fuir avec le souvenir de toi me haïssant pour ma faiblesse. En partant comme je l’ai fait, j’étais certaine du souvenir que j’emportais avec moi et je n’avais que cela pour survivre.  Dans mes heures les plus noires, c’est toi seule qui m’a relevée. »

Elle s’arrêta, grimaçant sous le souvenir tumultueux et douloureux de ces heures sombres où la mort avait un particulièrement bel attrait. Son cœur battait la chamade et elle se recula. Ses griffes se plantèrent dans le sol lorsqu’elle demanda son ultime sentence.

« Puis-je te demander pardon ? Pourras-tu jamais me pardonner ? »

Elle voulait savoir… elle voulait savoir si elle allait pouvoir récupérer son amie de toujours. Elle savait que ça prendrait du temps, mais chaque jour qui passait lui meurtrissait un peu plus le cœur dans l’attente. Elle avait besoin d’elle… besoin de la véritable Étoile de Menthe, celle qui lui faisait réellement confiance pour qui elle tait vraiment et non pas car elle semblait la plus préposée au poste. Elle voulait mériter sa confiance et elle saurait la mériter et l’honorer. Mais pour l’instant, elle en était à la minute cruciale. Celle où elle saurait après coup si elle avait perdu son amitié à jamais, ou si il y avait une lueur d’espoir.

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Merci Nuage de Braise !!!
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MessageSujet: Re: C'est un peu comme si tout s'effaçait ..    Mer 17 Juil - 23:14


« If we’re only ever looking back,
We will drive ourselves insane,
As the friendship goes resentment grows.
We will walk our different ways.  »
Immobiles, la tête posée contre celle de l’autre, et le temps qui s’étire. Indéniablement, les secondes s’égrènent, les minutes prennent le relais,  et aucune d’elles ne bouge. Tu le sens ? Tu l’entends, ce cœur qui cogne à tes tempes, et le sien qui fait de même, dans un écho que vous seules parvenez à détecter ? Tu lèves les yeux, croises son regard. Iris de givre embué de larmes. Un étau t’enserres toute entière, et tu dois retenir le long sanglot qui obstrue ta gorge. C’est fini, maintenant. Tout est fini. Tu aimerais tellement pouvoir y croire. Le pas à été franchi. La valse peut commencer. Une longue et douloureuse danse. Après laquelle tout aura une chance de renaître. Les bourgeons naîtront sur vos branches neuves, enfantant eux-mêmes de belles feuilles vertes. Et là, ce sera la fin. La fin de l’hiver. De votre hiver.

« Je n’arrête pas de me rappeler les raisons de mon départ, de cette décision si murement réfléchie…  je regrette de ne pas te l’avoir dit.  Tu m’aurais peut être comprise… mais tu m’aurais peut être rejetée et j’aurai du fuir avec le souvenir de toi me haïssant pour ma faiblesse. En partant comme je l’ai fait, j’étais certaine du souvenir que j’emportais avec moi et je n’avais que cela pour survivre.  Dans mes heures les plus noires, c’est toi seule qui m’as relevée. Puis-je te demander pardon ? Pourras-tu jamais me pardonner ? »

L’Étoile eut un brusque geste de recul. Oubliant tout l’amour de ces mots, elle ne retint que les éclats coupants, qu’elle put presque sentir s’enfoncer lentement dans sa chair, dans son âme. Son regard délavé par les larmes s’assombrit, comme un nuage passe sur le soleil. Elle se sentit salie, un court instant, perdue, déroutée.

Mais comment aurais-tu pu lui en vouloir une seule seconde pour ce choix ? Ton cœur s’emballe. La disparition de ta mère, la maladie qui a emporté ton mentor mais également Lieutenant, la perte de ta portée, de ton compagnon .. Ce sentiment de vide, d’impuissance. Cette sensation de ne rien mériter d’autre que la mort, que la solitude. Ton propre exil. La sentence que tu t’es infligée, afin de te punir. Ces lunes où tu n’avais plus confiance en rien, encore moins en toi-même. Ces journées entières à errer, sans but, dans des contrées inconnues. Désespérément seule. Ombre parmi les ombres. Ton regard vide et desséché par les larmes. Ta fourrure mitée. Tes os visibles sous ta peau déchirée en lambeaux. Fantôme.

Ses beaux yeux absinthe se mouillent et brillent encore plus. Elle esquisse un faible sourire, et parvient à hoqueter d’une voix brisée par l’émotion. Une toute petite voix. Faible. Celle d’un chaton après un cauchemar. Celle d’une guerrière qui revit son cauchemar.

« Comment peux-tu croire une seule seconde que je t’aurais rejetée ? Aurais-tu déjà oublié ce qui m’est arrivé ? Aurais-tu déjà oublié la guerrière que tu as sauvée ? que dis-je, le monstre de souffrance .. Souffle de Givre .. Comment aurais-je pu te repousser pour ce que tu comptais faire ? »

Et sa voix s’envola. Dans un long soupir empli de douleur. Souvenir du passé qu’elle voulait à tout prix renier, et qui la rattrapait. Ses yeux se ferment, douloureusement, et les larmes roulent. Elle ne sait même pas pourquoi elle pleure, pourquoi elle a si mal. Sans doute trop de souvenirs. Trop d’émotions.

« Laisse moi te dire une chose ; jamais, au grand jamais, je ne me permettrais de te juger. Que ce soit pour ce que tu as fait, ou ce que tu feras. Tu m’as sauvé la vie, Souffle de Givre. Tu ne me connaissais qu’à peine ! Et pourtant .. Pourtant, tu t’es souvenue de moi. Et, là où beaucoup m’auraient abandonnée, cadavre rampant, cherchant un pardon qu’elle ne pouvait que s’accorder elle-même, tu n’as pas renoncé. Je te dois tout. Depuis mon retour, tu es la seule qui a cru en moi, sans jamais te départir de cette foi que je ne mérite pas. Tu es l’unique qui m’ait soutenue aussi sincèrement, sans jamais émettre de doute, sans jamais poser de questions. »

Et c’était tellement vrai .. Si tu es devenue celle que tu es maintenant, si forte, si fière, si brillante, c’est bien parce qu’elle a toujours été là pour te relever. Même dans son absence, tu te forçais à garder la tête haute. Malgré le manque. Malgré le mal qui te rongeais. Afin de ne pas salir l’image qu’elle t’avait laissée d’elle. Afin de lui faire honneur. Tout le temps. Toujours.

« Je ne t’ai jamais raconté mon histoire .. Elle est longue. Triste. Et pleine de démons, tu sais .. Et toi, tu es un peu la lumière au bout du tunnel. »

Le regard aimanté vers la cascade, les yeux flous, presque hantés où valsent de milliers de fantômes, elle attend. Attend que son amie lui accorde le droit de la lui raconter. Ou d’enchainer sur autre chose.


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