« Il n'y a que toi, il n'y a toujours eu que toi. »

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 « Chapitre second ..

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Menthe
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MessageSujet: « Chapitre second ..   Dim 30 Déc - 20:11

« Chapitre second.
Une feuille tomba. À son départ, une autre apparut. »


« L’impossible est en nous, le don de resister,
Et meme celui de renaître .. »
Lorsque le jour se leva, se matin – là, lorsque le soleil transperça la mousse de ta Tanière, lorsqu’il te chatouilla le museau, lorsque cette charmante brise douce et caressante comme une plume lissa ton pelage, lorsque tu ouvris les yeux et découvris ce paysage qui avait l’air tout nouveau pour toi, et qui pourtant ne l’était pas, tu sus. Un faible sourire se peignit alors sur tes babines. L’air au dehors, était brûlant, tant il était glacé. Mais tu n’avais pas froid. Tout ce qui t’importais était ce soleil, qui s’élevait doucement dans le ciel, au milieu de ce ciel azuré et pourtant froid. Aujourd’hui, tu saisis pleinement toute l’importance de ce qui se déroulait sous tes yeux depuis quelques lunes. Tu n’avais plus mal, et pourtant, les larmes se précipitaient à tes yeux bleu violacé, avec telle force que tu devais te battre pour les retenir. Qu’avais – tu fait ? Que faisais – tu ? Que ferais – tu ? Aujourd’hui, dans le jour naissant, tu te préparais à faire ton deuil. Aujourd’hui, tu partais. Avec la promesse de laisser les vents te mener, ton esprit vagabonder, aussi libre que toi. Mais malgré tout le bonheur qu’un avenir proche peut laisser imaginer, à partir du moment où il faut se séparer de ce qu’on a toujours connu, se détacher de ses liens, se libérer, à partir du moment où il nécessite un nouveau départ, il est douloureux. Il est déchirant. Un adieu est toujours déchirant. Pourtant .. N’étais – ce pas ce que tu espérais depuis des lunes, ce dont du rêvais ? Alors pourquoi ? Pourquoi doutes – tu ? Tu as peur. Mais peur de quoi, Valse des Myosotis ? Le futur dont tu n’osais rêver tant il était incroyable s’étale maintenant sous tes yeux, à perte de vue. Et tu hésite. Tes chaînes sont sur le point de céder, rien ne dépend plus que de toi. Alors .. Alors cours, vole, élance toi. Tout t’appartient, à présent. Tes pas, ton souffle, tes désirs, ta vie. Va ..

Le jour se lève. Une brise fraîche mais douce pour la saison revigore les félins du Clan de la Rivière, ces félins – mêmes qui, désabusés et déchus, sont à l’aube d’une ère nouvelle. Oui, car à présent, il pourra venter, neiger, pleuvoir autant que les éléments le souhaiteront, rien ni personne ne les brisera plus jamais, comme l’eau qui vole en éclat contre les galets qui tapissent le fond du torrent. Aujourd’hui, ils se sentent forts. Puissants et unis, grandis.

Elle ouvre les yeux. Étendue bleu violacée, turquoise et marine, qui se mêlent, fusionnent. Ces yeux pétillent de fierté, tout en s’assombrissant de doute. Mais encore une fois, personne ne peux deviner ce qui se cache dans le crâne de la douce guérisseuse tourmentée qu’est Valse des Myosotis. Elle se lève, d’abord, s’ébroue pour chasser les résidus de mousse susceptibles de s’être accrochés dans sa fourrure pendant la nuit et s’étire. Longuement. Qui peut savoir qu’aujourd’hui, ce même jour où la Rivière renaît, cette jeune femelle lui fera ses adieux, déjà trop blessée pour son jeune âge ? Qui peut savoir pourquoi, qui peut savoir où elle va ? Personne, hélas. Sauf elle.

Comment vous expliquer ce qu’elle ressent ? Elle se sent libre, elle se sent heureuse, joyeuse et pétillante, car enfin son calvaire prend fin, enfin elle peut suivre sa vie dans le destin qu’elle – même souhaite se tracer. Mais elle se sent sale, traîtresse d’ainsi abandonner le Clan à qui elle doit tout. Jamais elle n’aurait pensé que ce serait si difficile de quitter les siens. Au fond, sans doute y était – elle attachée. Qui ne le serait pas ? Elle jeta un œil attendri sur ce chaton de trois lunes qui jouait avec ses frères et sœurs dans la poussière, qu’elle avait vu naître. Sur cette guerrière accomplie avec qui elle avait partagé la Pouponnière. Sur cet ancien qu’elle avait vu à son apogée de vie de guerrier. Sur cette femelle à la longue et soyeuse robe grise aux yeux si profonds, qu’elle avait recueillie complètement perdue, seule, et désespérée. Cette même femelle qui se tenait au centre du Camp, la queue sagement enroulée autour des pattes, droite, à l’apparence si confiante, si sage. Oh .. Son Clan lui manquerait tellement. Enfin, son regard se posa sur une petite femelle rousse, Patte Mortelle. Elle l’abandonnait ici, seule, rejetée. Elle se mordit vivement la langue. Égoïste. susurra une voix dans sa tête. Elle la chassa d’un mouvement de museau. Au fond d’elle, elle savait que Patte Mortelle serait une merveilleuse guérisseuse, bien meilleure qu’elle. Elle était déjà merveilleuse. Un faible sourire se peignit sur son visage.

Doucement, elle se retourne, et va chercher deux petits ballots de feuilles soigneusement préparées, au goût acre et amer. Pour le voyage. Elle cherche des yeux Fraîcheur de Menthe et Patte Mortelle, et traverse le camp pour leur donner. Elle observe, avec un sourire amusé leurs grimaces de dégoût. Ça y est, c’est la fin. Ton dernier discours dans cette Assemblée, tes derniers mots ici. Choisis les bien, Valse des Myosotis. Car c’est cette image de toi qu’ils garderont dans leurs esprits. C’est de cette façon qu’ils se souviendront de toi. Comme une admirable guérisseuse, ou comme une lâche ? Personne ne peut le savoir. Mais tâche de partir dignement, la tête haute, malgré l’acte que tu t’apprête à faire.

D’un saut assuré, elle arrive sur le Promontoire. Pas besoin de réclamer l’attention du Clan, ni même de les appeler. Ils sont déjà tous là, silencieux, prêt à l’écouter. Attentifs, confiants. Dans le soleil levant, les taches rousses qui courent sur son pelage semblent prendre feu, lui donnant une allure divine, ainsi parée.

« Chats du Clan de la Rivière, comme le veut la tradition, Fraîcheur de Menthe se rendra aujourd’hui à la Pierre de Lune afin d’exaucer le souhait du Clan des Étoiles. Mais elle ne sera pas seule ; je l’accompagnerais, avec Patte Mortelle. Chats du Clan de la Rivière, jusqu’à notre retour, le Clan est sous votre entière responsabilités. Tâchez de faire honneur à cette confiance, et agissez en frères, unis. Tous ensembles. À l’image nouvelle de notre Clan ! »

Elle descend, l’attitude sereine. Une boule naît au creux de son ventre. Elle a peur. D’un geste de la queue, elle invite ses deux amies à la suivre, et toutes les trois, elles quittent le Camp, sous les bon voyage !, à bientôt ! et les le Clan est entre de bonnes pattes.

Une froide bourrasque ébouriffe son pelage tricolore. Elle lève la truffe. Le temps à changé. L’air est glacé, le vent souffle, et les nuages s’amoncèlent, au loin. Ce sont des messagers d’orages, noirs et couturés de flashs de lumière. La tempête n’est pas loin. Elle jette un regard aux deux femelles, et la mine sombre, déclare d’une voix assez forte pour couvrir un nouvel excès du Mistral :

« Nous allons devoir nous dépêcher. Vous voyez ces nuages, au loin ? Nous n’y échapperons pas. Alors autant les endurer le moins possibles. »

Elle accélère instinctivement le pas, tout comme les deux femelles qui l’accompagne. Elle pressent la chose. Ce n’est pas qu’une vulgaire tempête. Quelque chose se trame, et elle ne parvient pas à savoir quoi. Elle agite les oreilles. Le ciel est couvert, au dessus d’elles, mais reste clair, comparé à ce qui avance à grand pas, droit devant. Le périple s’annonce long et difficile. Leur territoire est traversé sans encombre.

Les Quatre Chênes. Le tonnerre gronde. Il roule, Valse des Myosotis est nerveuse. La pression s’accumule dans l’air, la met mal à l’aise. Et elle ne parvient toujours pas à identifier ce qui se passe. Ce n’est pas un banal éclair, c’est bien plus grave, bien plus dangereux. Elle courbe l’échine pour se protéger du vent qui gonfle encore, ébouriffe son pelage pour échapper à ses griffes glacées. Elles ont encore pressé le pas. Les chênes, pourtant si majestueux d’habitude, grincent de façon inquiétante.

Une lourde goutte froide rebondit sur le museau de Valse des Myosotis. Il arrive. Un éclair fuse, juste devant elles, à quelques mètres. Les gouttes redoublent, toujours plus dures, glacées et sifflante. Elles griffent les femelles, les brûlent à chaque contact. La lande est déserte. L’après midi est là, mais la lumière est plutôt assimilée au début d’une nuit de tempête, tant le ciel est noir et bas. L’orage est sur elles. Et il leur reste encore tellement de chemin à faire. Elles doivent lutter contre le puissant Mistral qui souffle contre elles, comme pour les renvoyer chez elles, loin derrière. Enfin, après un combat acharné pour ne pas se laisser emporter par la tempête, elles arrivent, hors d’haleine à la ferme abandonnée. D’un signe de la queue, la jeune femelle invite ses compagnes à s’arrêter un moment.

« Arrêtons nous un peu .. Nous y sommes presque ! »

Le vent se déchaîne contre la vieille bâtisse qui grince, comme si elle allait s’écrouler. Des trombes d’eau ruissèlent contre les murs, le tonnerre résonne et rebondit contre les pierres, les éclairs illuminent, par intermittence, la vaste pièce où les trois chattes ont trouvé refuge. Valse des Myosotis entame une rapide toilette, dans l’espoir vain de se sécher et de se réchauffer un peu. Dehors la tempête semble s’être légèrement calmée. Les grondements sourds du tonnerre se sont tus, le vent a ralenti sa course folle, et les éclairs semblent avoir renoncé à leurs jeux de lumière.

Le temps n’existe plus, les repères ont été effacés. Le paysage est dévasté. Là, juste devant, s’enroule et se déroule le chemin du Tonnerre. Mais quelque chose à changé. Valse des Myosotis ferme les yeux, tend l’oreille, et ouvre légèrement la gueule. Hormis l’apparence des choses, l’inhabituel est présent. La puanteur est toujours bien là, mais, plus aucun bruit, si ce n’est celui des gouttes d’eau s’écrasant à terre. Elle invite les deux femelles à la suivre. Doucement, sur la pointe des pattes, elle traverse la haie qui les sépare de la route. Détrempée, empestant le bitume mouillé, mais silencieuse, et immobile. Aucun vrombissement de monstre ne perturbe le silence, pas même une vibration dans le sol. Sans plus se poser de questions, elles traversent rapidement. Le noir est quasi – total, à présent.

Elles se mettent à courir, ensemble, telles un seul et unique corps. Puis, les Hautes Pierres apparaissent enfin. Elles pénètrent silencieusement dans les profondeurs de la Grotte de la Vie, en aveugles contre les parois humides. Elle se souvient alors de la première fois qu’elle a pénétré ici, avec Feuille de Houx. Elle se souvient de la peur qu’elle a si fortement ressentie, de l’envie de faire demi-tour en courant, tant ces lieux anciens à l’air surchargés d’esprits défunts l’impressionnaient. Patte Mortelle ressent – elle cette peur ? Instinctivement, elle se rapprocha d’elle, dans un geste qu’elle se voulait apaisant, ou réconfortant. Pour lui apporter une présence, dans le doute où elle en aurait besoin.

Lorsqu’elles parvinrent à la salle faiblement éclairée, la guérisseuse fut prise d’un doute plus que soudain. Elle entendait toujours la pluie crépiter au dehors, et s’écouler par le trou percé dans la grotte. Son cœur s’emballa. Si les nuages ne se dispersaient pas rapidement, la lune ne pourrait pas éclairer la pierre, et elle ne pourrait pas accomplir sa demande de faveur envers le Clan des Étoiles. Tout comme Fraîcheur de Menthe ne pourrait pas recevoir son nom, ni ses neuf vies. Comme Patte Mortelle ne pourrait pas communiquer pour la première fois avec le Clan des Étoiles ..

Elle entend le vent souffler, au dessus de sa tête, et soudain, ça y est. Un minuscule rayon de lune parvient à s’immiscer jusqu’à elles. L’effet est immédiat. Aussi rapidement qu’il effleure la surface de l’énorme rocher comblant le fond de la grotte, ce dernier s’illumine d’un aveuglant éclat. Elle ferme les yeux, tant la lumière est forte. Les ancêtres ont entendu ses doutes. Ils sont là, ils attendent. Puis elle rouvre lentement les yeux, en prenant bien soin de ne pas regarder la pierre. Elle se penche vers Patte Mortelle, juste à côté d’elle, et lui chuchote à l’oreille :

« Tu as sans doute entendu parler de la Pierre de Lune. C’est grâce à elle que tu pourras communiquer avec les ancêtres de nos Clans. Couche toi près d’elle, pose ton museau tout contre, et ferme les yeux .. »

Valse des Myosotis lance un regard à Fraîcheur de Menthe, qui s’est déjà lovée contre la roche. Son pelage perle est nimbé de l’éclat argenté que dégage la pierre, et lui donne ainsi l’air d’un membre du Clan des Étoiles en personne. La jeune guérisseuse observe Patte Mortelle se coucher, et l’imite bientôt. Ses yeux se ferment, et elle est transportée loin de tout, dans un lieu inconnu et lumineux, encerclé d’arbres. Au loin, une rivière chante doucement.

Une odeur familière se glisse soudainement dans ses narines. Elle ferme les yeux, histoire de se remémorer, et les rouvre lorsqu’une douce caresse lui effleure le bout du museau. Tout se déroule comme d’habitude ; Les yeux de la jeune chatte s’humectent de bonheur intense et de mélancolie. Sa voix tremble légèrement.

« Bonjour, Feuille de Houx. Je ne suis pas venue jusqu’ici seulement pour accompagner l’Élue jusqu’à toi, jusqu’à vous. Je suis venue pour te demander un service, une immense faveur .. À toi, et à personne d’autre. La chatte crème et scintillante laisse échapper un sourire doux et bienveillant. Feuille de Houx je .. Je m’en vais. Je pars, je quitte la forêt, je fuis loin d’ici. Ne me demande pas pourquoi, se serait trop, beaucoup trop long à expliquer. J’ai l’impression de les trahir, de vous trahir, de te trahir .. Mais je ne peux pas rester.
- Quelque soit ton choix, Valse des Myosotis, nous le respecterons. Tant qu’il ne t’es pas imposé, et que tu es sûre de ce que tu fais, il ne peut être que bon.
- Oh .. Merci. Donc, je suis venue ici, car, comme tu le sais, si je m’enfuis, le Clan se retrouve sans guérisseuse. Du moins .. Officielle. Car Patte Mortelle est une petite bourrée de talent qui deviendra, je le sens, une grande guérisseuse. Je lui ai déjà inculquée quelques bases, mais .. On ne peut pas tout apprendre de soi – même. Alors .. Je souhaitais te demander si tu voudrais bien être pour elle un aussi grand mentor que tu l’as été pour moi et veiller sur elle et sur ses pas ? C’est un peu ..
- Ne t’en fais pas. Je veillerais sur cette petite, que tu as choisie, comme j’ai veillé sur toi.
- Merci. Vraiment, je ne pourrais jamais assez te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi.
- A présent, file. Le jour ne va pas tarder à se lever. Au revoir .. »

La défunte guérisseuse s’éclipsa lentement, comme une volée de poussière argentée, et lorsqu’elle eut totalement disparu, Valse des Myosotis sortit de son sommeil. Elle se leva, et s’ébroua discrètement, histoire de chasser les traces de sommeil de son pelage et de ses membres engourdis. Elle constata avec soulagement que les deux autres n’étaient pas encore réveillées. Je n’aurais pas à leur infliger d’adieux ..

Son regard se posa sur Fraîcheur de Menthe. Elle ferait une grande cheffe. Puis il passa sur Patte Mortelle. Un pincement au cœur se fit sentir au creux de sa poitrine. Elle s’y était très fortement attachée. Et pourtant, elle l’abandonnait .. Entre de bonnes pattes. Une larme coula sur sa joue, tandis qu’elle reculait pour sortir de la salle. Son cœur se serra. Elle n’eut pas la force de murmurer un au revoir. Elle fit volte face et courut le plus vite qu’elle put dans le long couloir sinueux.


Et voilà. Le jour se lève à nouveau, mais aujourd’hui, un personnage s’est évadé du tableau. Dans l’aube naissante, elle court, court, court encore. Elle ne s’est pas retournée. Les regrets l’ont bien trop rongée. Les promesses de renaissances scintillent devant elle, mais ce n’est pas pour ça qu’elle court. Elle court simplement pour enfin se sentir exister. Elle s’est battue, elle a saigné, mais elle a vaincu. La tête basse, elle a affronté ses propres erreurs, la honte brillant dans ses larmes. A présent, elle est libre. Oui, elle a fuit. Mais .. N’est – ce pas un acte de bravoure, même désespéré ? Qui l’auraient osé ? Pas beaucoup. Oui, le jour se lève sur sa nouvelle vie. Et elle court toujours plus vers ce futur qu’elle a tant imaginé, dont elle a tant rêvé. Car après tout .. Quitte à vivre, autant le faire comme on le désire.


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Étoile Destinée
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MessageSujet: Re: « Chapitre second ..   Dim 17 Fév - 0:45

    PATTE MORTELLE

    « Starz in their eyes »



Ils avaient les yeux brillants.
Dans leurs iris, des milliers d'étoiles ; et dans le néant de leurs pupilles, toute la sagesse du monde.


Ce fut la première pensée de Patte Mortelle lorsqu'elle les vit. Ils se tenaient devant elle, majestueux, drapés de la toison céleste, illuminés de ses astres. Ils étaient de tous temps, de tous clans, représentant à eux-mêmes l'histoire de la forêt ; et il lui sembla qu'elle la connaissait à présent comme si elle avait vécu des siècles à leurs côtés.

« Bienvenue, Patte Mortelle. »

Un félin s'était avancé vers elle, la démarche légère, aérienne, le pelage agité d'une brise imaginaire. Il respirait la jeunesse ; ses yeux bleus brillaient d'une lueur d'espoir, sa robe grise lui faisait comme une parure d'argent. Elle le laissa s'approcher d'elle sans crainte, accordant naturellement toute sa confiance à ce fils des étoiles. Son doux parfum l'enivra un instant, et sa voix plus douce encore l'accompagna dans sa rêverie.

« Tu es ici dans la demeure du Clan des Étoiles, au seuil d'une nouvelle destinée. Valse des Myosotis t'a présentée à l'une d'entre nous comme son digne successeur, et nous sommes prêts à t'accueillir parmi nous. »

Il s'écarta d'elle mais son regard ne la quitta pas.

« De tout temps, les guérisseurs ont éclairé le chemin de leurs tribus grâce à leurs savoirs et leur compassion. Nous avons aidé nos frères face aux maladies, avons conseillé nos chefs au sujet de bien des périls, et combattu bien des dangers nous menaçants tous, à leurs côtés ... »

Il laissa sa phrase en suspens et Patte Mortelle se sentit tout à coup glacée par son regard hypnotique. Les dangers dont il parlait … sa famille en faisait partie ! La Meute, sa Meute, avait été le pire fléau qu'avaient connu les clans. Son propre père était à l'origine de bien des morts, elle sentait encore le poids des fantômes de ses victimes sur ses épaules. Pourquoi ne voyait-on que Tâche de Sang à travers elle ? Ne comprenaient-ils pas qu'elle était étrangère à tous ses agissements, et surtout qu'elle n'était pas à son image ? Elle eut envie de hurler mais sa voix tremblait alors qu'elle sentait les larmes lui monter aux yeux.

« Pourquoi ces reproches à demi dissimulées ? Je ne suis pas responsable des actes de mon père ! Je l'ai renié il y a des mois, j'ai renié ma famille et mes origines ! Je ne suis pas comme eux, je ne le serai jamais, vous m'entendez ? Je ne serai jamais celle qui blessa vos pairs, ni celle qui brûla vos noms et déshonora vos mémoires ! »

Sa voix se brisa dans sa gorge et elle se tut, tremblante. Son souffle était saccadé, elle chercha à reprendre sa respiration désespérément alors que son cœur tambourinait violemment dans sa poitrine. Elle faisait face au guérisseur argenté, les yeux larmoyants, prête à être châtiée. Elle ne connaissait pas les règles à respecter en leur présence, mais s'en prendre ainsi à une Étoile ne lui paraissait pas être une bonne chose … Mais le félin eut une réaction à laquelle elle ne s'attendait pas. Il sourit.
Le visage de la jeune femelle changea aussitôt d'expression, passant du désespoir à un étonnement non feint. Elle se sentit irrésistiblement adoucie par son sourire et s'apaisa immédiatement. Le guérisseur s'approcha d'elle à nouveau et vint poser délicatement le bout de son museau sur son front ; ce geste plein de tendresse la troubla profondément. Elle plongea un regard interrogatif dans ses pâles yeux bleus et se noya dans l'océan d'étoiles qui les peuplaient.

« Nous savons tout cela, lui souffla-t-il, tout comme nous savons que tu seras une guérisseuse à la hauteur de ton rang, car nous veillons sur toi depuis ta naissance. Tu es née comme nos descendants sous le signe des étoiles, bien que l'on t'ait élevée loin de notre lumière et dans l'ignorance de notre existence.
- J'y crois à présent. »

Son sourire la fit chavirer.

Cinq félins s'avancèrent alors vers eux, cinq félins à l'identique allure noble et pourtant tout à fait différents les uns des autres. Ils incarnaient à eux seuls les cinq clans, portant encore en leurs cœurs le vent, la rivière, la lune, l'ombre et le tonnerre. Ils étaient sans âge, étoiles immortelles dans un ciel d'encre. Et parmi eux, une silhouette étrangement familière, reconnaissable entre toutes. Elle avait la même carrure qu'elle, la même origine, et dans ses veines coulait le même sang. Feuille de Houx.

« Je suis heureuse de te rencontrer enfin, petite sœur. Valse des Myosotis m'a parlé de toi … elle m'a demandé de veiller sur toi, et je le ferai. Je t'enseignerai tout ce que je sais.
- Nous t'enseignerons la foi.
- Nous t'enseignerons la sagesse.
- Nous t'enseignerons le courage.
- Nous t'enseignerons le respect. » répétèrent les autres soigneurs défunts, en écho à ses paroles.

A ses mots ils disparurent, ne laissant que les deux sœurs et le guérisseur d'argent sur la grande plaine céleste. Patte Mortelle se sentait profondément apaisée par les deux félins, comme si elle les connaissait depuis toujours. Elle avait la conviction que cette place était la sienne, qu'elle suivrait leurs traces jusqu'au bout. A leurs côtés.

« Le temps est compté, Patte Mortelle. Bien des épreuves vous attendent, toi et l'ensemble de ton clan … Mais tu ne seras pas seule. Fraîcheur de Menthe saura guider les siens dans la tempête, fais-lui confiance. Veille sur elle. Les Étoiles vous confient la Rivière ; n'oublie pas que nous ne vous avons jamais abandonnés.
- Je ne l'oublierai pas, Feuille de Houx, je t'en fais la promesse. Je saurai entendre ta voix même dans le plus grand des orages.
- Alors écoute la voix du vent. »

Elle lui adressa un dernier sourire avant de s'en aller à son tour. L'endroit sembla alors terriblement désert pour la jeune chatte. Elle se tourna vers le seul félin étoilé encore présent, sans doute le plus brillant de tous, qui l'observait en silence. Son regard bienveillant l'enveloppa sans un geste et elle dut résister à l'envie de venir se blottir contre sa fourrure argentée. Au lieu de cela elle voulut entendre sa voix à nouveau :

« Tu vas partir aussi n'est-ce pas ?
- Je ne disparaîtrai que lorsque tu te réveilleras, lui assura-t-il.
- Suis-je seulement obligée de m'éveiller un jour ? »

Son léger rire lui réchauffa le cœur.

« Il le faut. Tu dois servir ton clan au mieux, et il aura besoin de toi ; il aura besoin de tous ses membres, crois-moi. Ne te préoccupe pas du passé, car aujourd'hui tout change. Aujourd'hui tu n'es plus fille de sang, tu es enfant de la rivière. Et pour sceller cet instant, nous te donnons le nom de Naïade. »

Naïade … Elle se répéta ce nom, dans un souffle, encore et encore, s'enchantant de sa signification, s'émerveillant de son chant. Alors un sourire naquit sur ses lèvres, un sourire sincère. Peut-être était-ce cela, le bonheur : la perspective de lendemains dorés. Elle avait un but à présent, un but et un destin. Ce fut emplie d'espoirs et de rêves nouveaux qu'elle leva les yeux vers celui qui venait de lui donner un nom. Comme s'il lisait dans ses pensées, celui-ci lui assura :

« Nous nous reverrons, ne t'inquiète pas. Maintenant va, Naïade, retourne près des tiens.
- J'attendrai que tu peuples à nouveau mes songes. »

Et ce fut sur cette parole qu'elle se réveilla.

La froideur de la pierre contre elle la fit frissonner, et ce brusque retour à la réalité la peina. Elle resta un moment couchée, plongée dans ses pensées, puis entreprit d'étirer ses membres endoloris. La lune n'était plus qu'un mince croissant lumineux dans le ciel d'encre, et son éclat parvenait à peine à éclairer la grotte. Il était néanmoins suffisant pour révéler la présence d'une femelle grise encore endormie. Naïade reconnut immédiatement Fraîcheur de Menthe mais … où était Valse des Myosotis ? La panique l'envahit alors qu'elle cherchait sa mentor du regard. Combien de temps était-elle restée dans son rêve ? Trop, sûrement. Et si la guérisseuse était partie durant son sommeil ? Cette pensée la heurta de plein fouet et la violence de la révélation la fit chanceler. Elle était partie … sans un mot, sans un adieu. La gorge de la reine se serra. Elle savait que son aînée avait un profond désir de liberté, et qu'elle sentait depuis longtemps le besoin de s'en aller ; mais la soudaineté de son départ laissait un vide béant dans son cœur. Elle avait été comme une mère pour elle …
Mue par un élan de tristesse, la jeune féline s'élança vers le couloir menant à la sortie de la grotte. Le noir l'encercla tout à coup. Paniquée, elle chercha son chemin dans le dédale souterrain, se raccrochant désespérément à l'odeur de la femelle tricolore qui flottait encore dans l'air, persuadée qu'elle la ramènerait à la surface. Les parois rocailleuses la blessaient, entaillaient sa peau, mais elle ignora sa souffrance ; elle continua à courir, refusant de perdre la trace de la guérisseuse, le souffle haletant, rendue fiévreuse par la peur. Mais lorsqu'enfin elle parvint à l'air libre, la nuit l'accueillit dans ses bras et la brise vint la rafraîchir. Malgré tout elle était seule ; aucune trace de la guérisseuse. Naïade ravala ses larmes. Elle avait fait son choix et était partie, il lui fallait accepter cela. Elle était partie …

« Je ne t'oublierai jamais, Valse des Myosotis. Jamais. Tu me manqueras, oh si tu savais ! Je te dois tout, souffla-t-elle, tout ce qu'il me reste aujourd'hui je te le dois. Tu m'as tant appris, tant donné. Et je serai digne de toi, tu verras. Je servirai notre clan aussi bien que tu l'as fait. La Rivière n'oubliera jamais ton nom. Oh je te le promets, Myosotis, je ... »

Ses dernières paroles moururent sur ses lèvres, comme noyées dans ses larmes. Ses dernières paroles d'adieu … Et ce creux grandissant dans sa poitrine qui les avalaient entièrement. Incapable d'un geste, elle ne pouvait que s remémorer avec douleur la conversation qu'elle avait eue avec sa mentor quelques jours auparavant, se rappelant chaque mot, chaque syllabe prononcés. Ces souvenirs la hantèrent. Le manque est une douleur que le temps seul parvient à soigner. Elle l'apprendrait un jour.

* * * *


Naïade resta de longues minutes assise à contempler l'horizon se colorer peu à peu des lumières du jour. Son regard scrutait le lointain, croyant suivre une ombre en mouvement qui s'éloignait. Des bribes de son rêve lui revenaient par intermittence alors que la réalité la rattrapait. Si le désir de s'enfuir à son tour à la recherche de Myosotis l'avait un instant charmée, elle l'oublia bien vite. Son devoir était de servir son clan en tant que guérisseuse, et elle serait à la hauteur de cette tâche, qui se révélait être son plus grand souhait. Et comme un écho à cette promesse muette, un bruit attira son attention à l'entrée de la grotte de vie. Elle tourna la tête et découvrit leur nouvelle meneuse sur le seuil. Emplie d'une détermination nouvelle, Naïade sentit son courage revenir. Accueillant la reine grise d'un sourire, elle renonça à lui expliquer la disparition de son aînée. Un souffle de vent fit onduler son pelage roux et elle huma le parfum de l'aventure. D'importants événements allaient se produire, elle en était persuadée …

« Prête ? »

Le Clan de la Rivière était à nouveau dans la danse.



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